Journal d’une confinée: à 90 ans, Lucille Tremblay «n’arrête jamais»

Quand tu vois le jour en plein coeur de la Grande Dépression, tu n’as pas trop le choix de devenir une battante. Lucille Tremblay est une battante. À 90 ans, seule dans sa grande maison de la rue Sunset à Bathurst, elle vit son confinement très bien.

Veuve depuis 15 ans, Lucille est toujours très autonome.

Elle conduit encore sa Honda CR-V 2003, déblaie la neige de son perron l’hiver, fait son ménage, cuisine, tricote, jardine et marche tous les jours.

Et avant la pandémie, elle se rendait régulièrement à la piscine pour faire des exercices dans l’eau.

Lucille est aussi une véritable pépinière d’anecdotes.

«Je n’arrête jamais. Les journées ne sont jamais assez longues pour terminer tout ce que je veux faire», affirme cette belle dame qui ne paraît aucunement son âge.

«Je fais même du pain et j’en donne. Je fais aussi de très bonnes soupes. Je m’occupe aussi de mes plants de tomates en attendant de pouvoir les planter dehors», confie-t-elle.

Lucille Tremblay avec son gâteau d’anniversaire soulignant ses 90 ans. – Gracieuseté: Esther Tremblay

Vous serez probablement surpris d’apprendre que Lucille a déjà joué au hockey. Même ses filles Esther et Brigitte l’ignoraient. Ça s’est passé en 1945, soit la même année que pris fin la Seconde Guerre mondiale. Elle avait alors 15 ans.

«Je jouais à la position de défenseur, se souvient-elle. J’ai tout de suite eu la piqûre. J’ai joué quelques parties. Maurice Richard était mon idole. J’aimais aussi son frère Henri.»

«Et puis, saviez-vous que j’ai eu la chance d’aller voir pour la première fois les Canadiens de Montréal en octobre dernier au Centre régional K-C.-Irving?», questionne celle qui raffole aussi de tennis.

«J’aurais tellement aimé pouvoir jouer au tennis quand j’étais plus jeune à Saint-Pacôme, où j’ai grandi. Malheureusement, comme nous étions une famille nombreuse de 14 enfants, mes parents n’avaient pas les moyens de nous payer une raquette et des balles. Mais j’en ai toujours écouté à la télévision», dit-elle.

«Roger Federer et Rafael Nadal sont aujourd’hui mes joueurs préférés. J’aime tellement ça que pendant les Internationaux d’Australie je me lève la nuit pour écouter des matchs», s’exclame Lucille en riant.

Bien que les dernières semaines ont apporté leur lot d’imprévues et d’inquiétudes, elle garde un très bon moral.

«Il faut rester positive dans la vie parce qu’elle nous réserve toujours des imprévues. Mon fils Roger est décédé en octobre dernier et ça m’a fait beaucoup de peine. C’est terrible de perdre son enfant. Roger était tellement un bon fils. Il était très doux. Mais c’est la vie. Il faut s’avoir s’adapter. Même si j’ai hâte que ça se termine, je vis très bien le confinement. Je suis certaine que nous allons finir par voir la lumière au bout du tunnel», souligne-t-elle.

Le secret de toute cette énergie qui l’habite? «L’amour de mes enfants, de mes huit petits-enfants et mon arrière-petit-fils», rétorque-t-elle.

«Le travail a aussi joué un rôle important. J’ai travaillé plusieurs années avec mon défunt mari Armand qui était agronome. Ça m’a permis de faire beaucoup d’amis. Et puis il y a également la prière. Je suis très croyante.»