Campbellton: la confusion règne à la frontière

Qui peut passer et qui ne le peut pas? Il y a encore beaucoup de confusion à la frontière interprovinciale entre la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick, au point où le conseil municipal de Pointe-à-la-Croix demande l’heure juste à Fredericton.

Les membres du conseil ont tenu une réunion de travail lundi soir. À l’ordre du jour, l’épineux dossier du mouvement transfrontalier depuis l’application par le Nouveau-Brunswick des mesures d’urgence et la fermeture des frontières.

En feuilletant l’Arrêt obligatoire et révisé de la COVID-19 – document destiné à clarifier les différentes formalités de l’application des mesures d’urgence en lien avec la pandémie –, on constate qu’une certaine latitude existe à la frontière pour les régions gaspésiennes limitrophes au Restigouche. À l’article 17 notamment, on peut lire qu’au point d’entrée de Campbellton, «les non-résidents seront autorisés à entrer pour obtenir des nécessités de la vie», donc des produits et services essentiels non disponibles dans leurs communautés.

Lors d’un récent point de presse, le premier ministre Higgs a d’ailleurs confirmé que la population gaspésienne située à proximité de la frontière pouvait se rendre au Nouveau-Brunswick afin de se procurer des biens essentiels.

Mais bien que cette autorisation existe sur papier, la réalité sur le terrain est tout autre. La frontière est  étanche, le contrôle plus strict.

«Il y a encore beaucoup de confusion, d’incohérence et d’incompréhension. Chaque fois qu’on arrive au point de contrôle, ce n’est jamais clair, jamais la même chose. Les agents en place semblent interpréter les règlements à leur guise. Ç’a créé énormément de frustration et de frictions au sein de notre population», indique le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold.

Citoyens refoulés à la frontière sans raison, sentiment d’intimidation, individus suivis dans leurs déplacements au Nouveau-Brunswick… Celui-ci confirme avoir eu vent de plusieurs cas où l’arrêt semble ne pas avoir été respecté ou a fait l’objet de zèle.

«Ce n’est pas un climat sain actuellement. Il y a beaucoup de grogne. Ce n’est vraiment pas plaisant», exprime-t-il.

Selon le maire, ce qui semble faire défaut, c’est l’interprétation des termes «nécessités de la vie» inclus dans l’arrêt néo-brunswickois.

«Pour certains, ça se limite à l’épicerie et la pharmacie. Mais c’est aussi selon moi se vêtir, pouvoir aller dans une quincaillerie. Ce que l’on recherche, c’est que ce qui est écrit dans l’arrêt soit respecté, parce que ce n’est pas le cas actuellement. On veut que le gros bon sens soit utilisé au point de contrôle, et que ça se fasse dans le respect également», dit-il.

Même s’il défend le droit de ses citoyens de se rendre magasiner au Nouveau-Brunswick, il encourage fortement l’achat local, dans la mesure du possible.

Souplesse

Selon le maire gaspésien, ses avocats ont le mandat de demander à la province voisine de faire respecter le règlement actuel. Il affirme que l’objectif n’est pas de demander un assouplissement des mesures actuelles, mais bien leur respect. Cela dit, le maire ne nie toutefois pas que des demandes plus larges pourraient éventuellement surgir et faire l’objet de discussions.

«Je ne veux pas entrer dans les détails à ce moment-ci, mais c’est certain qu’on aura certaines discussions qui pourraient déboucher sur d’autres demandes ou propositions pour notre secteur», dit-il.

Il précisant cependant ne pas vouloir d’un système laissez-passer similaire à celui négocié par la Première nation autochtone de Listuguj. Ce système, rappelons-le, permet à une quantité limitée de citoyens de franchir chaque jour la frontière afin de magasiner à Campbellton et à Atholville.

Avocats

Pour discuter avec le gouvernement du Nouveau-Brunswick, la municipalité de Pointe-à-la-Croix s’en remet à ses avocats. Pourquoi cet intermédiaire et ne pas parler directement de gouvernement à gouvernement?

«Nous avons déjà eu des discussions avec certains représentants de la province du Nouveau-Brunswick, mais c’est difficile et les choses n’avancent pas. On se sent accoté au mur et dans de telles circonstances, la voie légale est peut-être la meilleure option», croit M. Bujold.

Pour le moment, la démarche ne concerne que Pointe-à-la-Croix. Mais ce combat pourrait bien prendre une ampleur plus «régionale» alors que le mécontentement est également palpable dans le reste de cette portion de la Gaspésie qui considère le Restigouche comme son point de service, soit des Plateaux de Matapédia à Escuminac.

«J’espère que les autres maires (et les représentants de Listuguj) vont faire comme nous, qu’ils vont suivre notre démarche», indique M. Bujold.