Mort à Hillsborough: un rappel de la difficulté pour une femme de quitter son agresseur

L’homme accusé d’avoir tué Tina McAleer à Hillsborough, samedi, l’avait déjà agressée en janvier. Des expertes témoignent qu’il est souvent difficile pour les victimes de quitter leur agresseur.

Selon la GRC, Tina Tingley-McAleer et son agresseur Calvin Andrew Lewis vivaient toujours ensemble jusqu’au jour où le corps de Tina McAleer a été retrouvé le 2 mai.

Plusieurs détails entourant sa mort sont toujours inconnus puisque le drame est sous enquête par la GRC.

Les agressions répétées sont des histoires entendues fréquemment par les personnes qui viennent en aide aux victimes de violence conjugale.

Elles sont toutes d’accord sur un aspect du problème: il est rarement simple de quitter son agresseur.

Gina Collette, intervenante du Carrefour pour femmes de Moncton, explique que les périodes de violence conjugale sont souvent suivies d’une phase «lune de miel» où l’agresseur amadoue la victime.

Gina Collette explique qu’elle voit souvent des cas de récidive après une première agression.

Selon elle, le système judiciaire a ses limites pour traiter ce genre de problème.

«Je crois que ça prend une réforme dans le système. Les travailleurs sociaux et les membres de la GRC font leur travail, mais ça prend des politiques sociales pour qu’on soit plus en mesure d’aider les victimes.»

Venir en aide aux victimes est devenu beaucoup plus compliqué pendant la pandémie. Le nombre d’appels au Carrefour pour femmes a légèrement diminué, et la nature des appels a changé.

«On reçoit plus d’appels de femmes qui n’étaient pas en sécurité, et qui ne pouvaient pas nous parler ou nous demander de l’aide parce que leur agresseur était dans la maison.»

Jessica Duivenvoorden, intervenante auprès des victimes de violence conjugale au Centre des jeunes de Bathurst, explique que ceux et celles qui veulent quitter leur agresseur font souvent face à une série d’inconnus.

«Si elles partent, elles ne savent pas ce qui va leur arriver, elles ne savent pas si l’agresseur va perdre la tête et venir les chercher», dit-elle.

Les documents de la cour indiquent que Tina McAleer n’a pas coopéré avec les autorités pendant l’enquête. L’interdiction de contacter la victime imposée par le tribunal a aussi été annulée quelques jours plus tard, ce qui est souvent fait à la demande de la victime.

Kristal LeBlanc, directrice du Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour (CRCFB), explique cependant que plusieurs facteurs peuvent influencer ce genre de décision chez une victime.

«On n’est pas dans ses souliers, on n’a aucune idée pourquoi elle a pris certaines décisions. La manipulation et le contrôle peuvent être tellement intenses que ça peut être difficile pour la victime de comprendre son propre niveau de risque.»

Pour prévenir la récidive, elle explique que des ordonnances spéciales émises par un tribunal peuvent avoir plus d’impact qu’une simple interdiction de contacter la personne visée par la violence conjugale.

Un juge peut ainsi demander à la GRC d’enlever les armes d’une demeure à la demande de la victime, par exemple.

Elle explique que le CRCFB intervient auprès des victimes, mais aussi parfois auprès des abuseurs.

Certains agresseurs sont ainsi forcés à suivre un cours de gestion de la colère.

«Quand on a de la participation, on voit beaucoup de changement auprès des agresseurs», explique-t-elle.