Approvisionnement en médicaments: la pandémie empire une situation déjà difficile

L’approvisionnement en médicaments, qui donne des maux de tête aux pharmaciens néo-brunswickois depuis des années, est encore plus difficile depuis l’arrivée de la COVID-19.

Imaginez que vous passez une commande en ligne chez votre épicier après avoir planifié vos repas de la semaine. Mais lors de la livraison, vous avez une bien mauvaise surprise.

Vous réalisez en un coup d’oeil qu’il manque toutes sortes d’items. Il n’y a que six oeufs dans votre carton d’oeufs. Quant aux patates et aux bananes, elles brillent par leur absence.

Remplacez les aliments par des médicaments et vous vous retrouvez dans les souliers des pharmaciens. Comme Forrest Gump avec sa fameuse boîte de chocolats, ils ne savent pas ce sur quoi il vont tomber ces temps-ci.

«Dans les dernières semaines, on entend parler de pharmaciens qui passent des commandes et qui reçoivent juste de 40% à 60% de leur commande. Il y a plusieurs médicaments qu’ils ne reçoivent pas, d’autres qu’ils reçoivent en plus faibles quantités que d’habitude», explique le registraire de l’Ordre des pharmaciens du N.-B., Sam Lanctin.

Dennis Abud, propriétaire de deux pharmacies Jean Coutu à Dieppe, confirme qu’il fait face à ce défi, et ce, même s’il fait affaire avec trois distributeurs (ce qui n’est pas le cas de tous ses confrères et consoeurs).

«Par exemple, je commande douze bouteilles et j’ouvre ma caisse le lendemain et j’ai reçu deux bouteilles. Ils limitent ce qu’ils donnent à chaque pharmacie. Avant, ils nous disaient “on va juste avoir deux bouteilles”. On le savait. C’est un peu plate, mais maintenant, on ne sait pas ce qu’on va avoir du jour au lendemain quand on ouvre nos boîtes», dit-il.

Des défis de longue date au Canada

Cette situation ne date pas d’hier. Depuis plusieurs années, l’accès aux stocks est un sacré casse-tête au Nouveau-Brunswick dans le reste du pays. Les conséquences de la COVID-19 ont exacerbé un problème existant.

Le virus a notamment touché durement la Chine et ensuite l’Inde, deux pays où sont produits les ingrédients actifs de nombreux médicaments vendus au Canada.

«Cinquante à quatre-vingts pour cent de nos médicaments proviennent de la Chine et de l’Inde, des pays qui ont de grosses perturbations dans leur capacité de production. Ce n’est pas juste une question de production, c’est l’exportation. Tout est au ralenti», explique Sam Lanctin.

Comme on le sait, le nouveau coronavirus s’est propagé rapidement au cours des derniers mois. Lorsque la crise a frappé le Nouveau-Brunswick, de nombreuses personnes ont choisi de faire des provisions.

On a vu les consommateurs se ruer sur des paquets de papier de toilette, sur les légumes en conserve et sur les pâtes. Ils ont aussi pris d’assaut les pharmacies pour se préparer à toutes les éventualités.

Le registraire de l’Ordre des pharmaciens du N.-B., Sam Lanctin, estime que cela est tout à fait normal. Les gens veulent faire des réserves, juste au cas. Cela a cependant fait exploser la demande pour certains produits.

«Il y a des gens qui ont demandé d’avoir des provisions pour trois mois. Certains ont même demandé d’avoir des médicaments pour six mois et ils étaient prêts à les payer sans avoir un remboursement de leur assurance. Ils voulaient s’assurer de les avoir en main.»

Vie et mort de la limite de 30 jours 

Dès les premières semaines de la crise, à la mi-mars, l’Ordre des pharmaciens du N.-B. – l’entité qui régit l’accès à la profession dans la province –  a émis une directive à ses membres.

Cette directive limitait à 30 jours l’approvisionnement en médicaments, question de les aider à réduire les risques de pénurie et à répondre aux besoins de tous leurs clients.

Le hic, c’est que cela a forcé certaines personnes à payer des frais d’exécution d’ordonnance et des quotes-parts supplémentaires. Le gouvernement provincial a éventuellement décidé d’intervenir.

Le 23 avril, Blaine Higgs a annoncé l’abolition de la limite de 30 jours.

«Nous adoptons cette mesure pour veiller à ce que nos résidents vulnérables ne se retrouvent pas dans une situation où ils doivent choisir entre payer leurs médicaments, leur épicerie ou leur loyer», a-t-il expliqué par voie de communiqué.

Le gouvernement provincial a cependant décidé de créer un groupe de travail qui décidera quels médicaments risquent d’être en rupture de stock et imposera des limites d’approvisionnement ciblées.

Le registraire de l’Ordre des pharmaciens, Sam Lanctin, affirme que l’objectif de cette mesure avortée était d’éviter des pénuries généralisées, pas de pousser certaines personnes à devoir faire des choix déchirants.

Même si la limite n’est plus en vigueur, il invite tout de même les Néo-Brunswickois peuvent toujours choisir, lorsqu’ils en ont les moyens, de donner un coup de main aux pharmaciens en demandant des médicaments pour 30 jours à la fois.

«C’est une façon de faire leur part. On est conscients qu’il y a bien du monde pour qui ce n’est pas possible. C’est certainement apprécié pour aider à contrôler la situation.»

Les «pompes» contre l’asthme en grande demande 

Parmi les produits les plus difficiles à obtenir en ce moment au Nouveau-Brunswick, il y a les inhalateurs pour asthmatiques de marque Ventolin et Flovent. Il s’agit de «pompes» de plastique que l’on se met dans la bouche pour inspirer un médicament.

«Il y a beaucoup eu de demande parce que la COVID-19 entraîne certaines complications qui impliquent des difficultés respiratoires. C’est sûr que les gens qui souffrent d’asthme ou qui ont d’autres problèmes respiratoires voulaient s’assurer qu’ils aient les médicaments en main», explique Sam Lanctin, registraire de l’Ordre des pharmaciens.

Il raconte que certaines personnes qui n’utilisaient plus ces inhalateurs depuis plusieurs mois ou même des années ont décidé de s’en procurer, au cas où.

«On ne peut pas les blâmer. Je ferais la même chose. Mais c’est sûr que cela a causé des difficultés un peu partout au pays. Et ce n’est pas juste le Canada qui passe à travers ça. Il y a d’autres pays qui ont des pressions sur les chaînes d’approvisionnement.»

Le pharmacien Dennis Abud, de Dieppe, note pour sa part que c’est surtout l’accès aux inhalateurs de marque qui est difficile, voire impossible, en ce moment. Il n’y a pas de pénurie de pompes génériques.

«Le générique est disponible, mais il est en allocation. Donc si j’en commande 24, je vais en avoir 12. Mais le médicament brand name, on ne peut pas l’avoir. Il y a des gens qui préfèrent avoir des médicaments de marque. Ils vont être mal pris parce qu’ils ne pourront pas l’avoir.»