Red Pine: «Une bombe à retardement environnementale», selon le syndicat

Le conflit de travail est loin d’être réglé au site d’enfouissement Red Pine, à Allardville, et les syndiqués soulèvent maintenant de nouvelles inquiétudes.

Le lock-out qui concerne 23 travailleurs a été décrété par la Commission des services régionaux (CSR) Chaleur, il y a près de trois mois.

Les principaux points en litige demeurent à ce jour les absences syndicales et les congés de maladie.

Avec l’arrivée du printemps, la section 4193 du syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) se dit «alarmée».

«La terre dégèle, et le site d’enfouissement est maintenant une bombe à retardement environnementale», a dénoncé Serge Plourde, le président syndical dans un communiqué de presse.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, le technologue en environnement du site d’enfouissement, Yvon Richard, explique que la saison actuelle est cruciale quant au traitement et l’analyse des eaux accumulées au cours de l’hiver.

«Ce n’est pas n’importe qui qui peut faire ce travail-là. C’est quand même assez complexe et ça exige de l’expérience. Nous ne voudrions surtout pas envoyer de l’eau contaminée dans le ruisseau Red Pine, qui est un distributeur de la rivière Népisiguit», a-t-il relaté.

M. Richard travaille au site d’Allardville depuis plus de 11 ans.

Il s’interroge à savoir si les travailleurs de remplacement sauront accomplir ses tâches aussi bien que lui.

«Nous n’avons jamais eu de problème de déversement ou rien comme ça avant. Mais je me pose la question, s’il y a seulement quatre ou cinq employés qui font le travail de tout le monde: est-ce que les choses sont bien faites?»

Robert LeMoignan, le représentant syndical du SCFP, partage les mêmes préoccupations.

«Ce qu’on craint, advenant un mois de mai pluvieux, c’est un déversement et une contamination de la rivière», a-t-il résumé.

Aucun risque, selon la direction

De son côté, la partie patronale se fait beaucoup plus rassurante.

La porte-parole de la CSR Chaleur, Jocelyne Hachey, assure que le site d’enfouissement opère comme à l’habitude, et ce, conformément à son certificat d’agrément.

«Nous avons vingt puits d’observation dans lesquels nous collectons des échantillons d’eaux souterraines sur une période trimestrielle. Nous avons aussi l’aide d’une firme indépendante qui collecte ses propres échantillons pour assurer la transparence. Tous les résultats sont ensuite remis à la province (…) et ce sont des documents publics.»

Aucun risque de déversement. Aucun risque de contamination. La porte-parole maintient que tous les processus habituels continuent d’être effectués par des professionnels qualifiés.

«Je suis déçue que le syndicat utilise des tactiques de sensationnalisme pour sonner l’alarme et faire peur aux gens. On devrait plutôt se concentrer sur les deux articles au coeur de l’impasse et travailler ensemble pour arriver à une entente», a-t-elle témoigné.

Négociations

Les deux parties continuent de négocier par voie électronique en cette période de confinement.

Les discussions demeurent toutefois infructueuses.

«On n’est pas plus avancés qu’on l’était le 17 décembre 2019 (date du contrat expiré)», a fait savoir M. LeMoignan.

«L’employeur ne répond pas aux propositions du syndicat, disant qu’ils sont déraisonnables. Mais nous pensons que c’est lui qui l’est.»

La CSRC voudrait pouvoir demander une note du médecin à ses employés dès la première journée d’absence dans le cas ou un abus serait soupçonné.

Mme Hachey rapporte qu’au cours des dix dernières années, le taux d’absentéisme au site était de 33%, soit presque quatre fois plus élevé que la norme au sein de la fonction publique.

«Ce qu’on veut faire, lors d’absences répétitives, par exemple tous les vendredis, c’est s’asseoir avec l’employé et le questionner. Si l’absence est justifiée, c’est bien correct, mais sinon, nous voulons avoir l’option de demander un certificat médical pour la prochaine fois.»

Cette requête représente «un abus», selon M. LeMoignan.

Il ajoute également que le 33% ne reflète pas la situation entière.

«Je pense que l’employeur veut créer une fausse perception auprès de la population. Les chiffres qui sont présentés ne précisent pas la nature des absences. Est-ce qu’elles étaient approuvées par un médecin, motivées par un rendez-vous médical, une urgence familiale, un problème de santé mentale?»

Le représentant syndical note que cette demande n’a jamais été acceptée auparavant par une section de la SCFP.