Le Nouveau-Brunswick fait marche arrière sur le traitement expérimental de la COVID-19

Le Nouveau-Brunswick a suspendu son guide de traitement préconisant le recours à l’hydroxycloroquine pour certains patients testés positivement au nouveau coronavirus.

Au début du mois d’avril, les réseaux de santé de la province ont produit un guide de traitement à l’intention du corps médical. Commercialisée sous le nom de Plaquenil, la substance approuvé par Santé Canada mais son usage n’est pas homologué pour le traitement du nouveau coronavirus. Le Nouveau-Brunswick devenait la seule province canadienne à encadrer son utilisation pour un traitement précoce de la COVID-19.

L’initiative a finalement été mise sur la glace le 17 avril en raison du manque d’études tangibles, et de pressions exercées par Santé Canada pour y mettre un terme.

Selon le Dr Gabriel Girouard, microbiologiste-infectiologue au CHU Dr-Georges-L.-Dumont, environ une dizaine de patients en ont bénéficié.

«Les médecins pouvaient utiliser ce guide pour décider de prescrire l’hydroxchloroquine dans le cadre d’une approche de traitement précoce de cinq jours pour les patients plus à risque qui répondaient à certains critères. Il fournissait les dosages, les contre-indications, et rappelait la nécessité d’obtenir le consentement du patient», détaille-t-il.

«Nous avions alors des données très limitées, de mauvaise qualité, mais que nous avons jugé suffisantes pour nous permettre de faire ses recommandations en attendant de trouver mieux et d’obtenir les résultats des études en cours.»

L’hydroxychloroquine est prescrite depuis plusieurs décennies contre le paludisme mais aussi utilisée contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Les recherches s’accélèrent, partout sur la planète, pour tenter de déterminer si le médicament, commun et peu dispendieux, peut aider à traiter les symptômes de la COVID-19. Pas moins de neuf essais cliniques impliquant un traitement à l’hydroxychloroquine sont actuellement menés au Canada.

La chloroquine et de l’hydroxychloroquine ont soulevé des passions après des essais en France et leur approbation répétée par le président américain Donald Trump.

Santé Canada désapprouve l’usage de ces médicaments pour «prévenir ou traiter» la COVID-19 en dehors du cadre d’essais cliniques autorisés. À l’instar de la FDA américaine, l’agence canadienne souligne qu’ils peuvent entraîner de graves effets secondaires, notamment de graves troubles du rythme cardiaque.

Récemment, un essai clinique mené au Brésil a été stoppé en raison de l’apparition d’un effet secondaire important chez les patients qui recevaient une forte dose: une grave arythmie qui a mené à la mort de 16 personnes.

Ces éléments ont amené les autorités sanitaires néo-brunswckoise à retirer le guide de traitement de la plateforme accessible aux médecins, jusqu’à ce que des données concluantes soient disponibles. «Lorsque l’initiative a été relayée par les médias, il y a eu une pression très forte pour nous faire reculer», rapporte Dr Girouard.

Il assure que l’hydroxychloroquine est bien connue et peut être administrée de façon sécuritaire. Cependant, l’automédication doit absolument être évitée.

À l’heure actuelle, il n’existe pas de preuves scientifiques solides permettant de confirmer l’efficacité du remède pour traiter la COVID-19. La majorité des résultats publiés jusqu’à présent portent sur de petites séries de patients, non pas été révisées par des pairs et les protocoles choisis comportent plusieurs limites, note le médecin.

«Les problèmes de la plupart des études c’est qu’elles sont réalisées auprès d’une clientèle hospitalisée souvent très malade. Dans une phase avancée de la maladie, un antiviral a généralement peu d’effet car les dommages pulmonaires sont déjà avancés. Est-ce que le médicament donné tôt permet d’éviter les complications? C’est ça la question à laquelle il faut répondre.»

Est-ce qu’un médecin peut tout de même prescrire de l’hydroxychloroquine à son patient pour un usage non homologué?

«Oui c’est possible, ce n’est pas illégal, confirme le microbiologiste-infectiologue. Mais lorsque Santé Canada le déconseille et que l’OMS émet des réserves, cela place le médecin dans une position difficile. Ça fait tout de même partie de la pratique du médecin de prescrire des médicaments pour des usages non homologués, car la plupart des patients ne cadrent pas dans les critères des études.»

Chose certaine, le médicament n’est pas l’élément qui a permis d’améliorer la situation épidémiologique du Nouveau-Brunswick, assure Dr Girouard.

«Lorsque la courbe s’est aplatie, les gens ont fait un rapprochement. En réalité, ce sont les efforts de la santé publique pour retracer les contacts, la distanciation physique, le contrôle des frontières, la fermeture des écoles, la disponibilité des tests diagnostiques, l’interdiction des visites dans les milieux de soins qui ont participé au contrôle de la COVID-19.»