Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a fait développer une application pour surveiller la transmission de la COVID-19: SafeContact. Les citoyens devraient pouvoir l’installer gratuitement sur leur téléphone cellulaire dans quelques semaines.

L’entreprise Gray Wolf Analytics a doté ce logiciel de trois outils. Ses utilisateurs pourront enregistrer leurs déplacements par GPS, communiquer leurs symptômes et détecter par Bluetooth leurs rencontres avec des personnes infectées par le nouveau coronavirus.

«Nous sommes les seuls à entreprendre une démarche si complète», se félicite le PDG de la jeune pousse installée à Fredericton, Dhirendra Shukla.

Son entreprise surveille habituellement les activités illégales en ligne, comme le terrorisme et le trafic de drogues, grâce aux flux de cryptomonnaies. Elle a collaboré gratuitement avec le gouvernement et l’Université du Nouveau-Brunswick pour développer SafeContact.

«Notre intention n’est pas de gagner de l’argent, mais d’aider la société», promet M. Shukla.

La sécurité des données personnelles

Il précise que les citoyens séduits par l’application pourront refuser certaines de ses fonctionnalités et garder secrètes leurs données. Celles-ci seront enregistrées sur leur téléphone uniquement et rendues anonymes, selon l’entrepreneur.

Le premier ministre Blaine Higgs a par ailleurs souligné l’aspect facultatif du programme.

«Il faut réfléchir à la manière acceptable pour la population de contrôler la transmission du virus et de respecter les règles quant à la vie privée», a-t-il déclaré le 29 avril.

L’ombudsman du Nouveau-Brunswick, Charles Murray a confié être rassuré par les garanties qu’il a reçues à ce propos.

«Le diable se trouve toujours dans les détails, prévient-il toutefois. J’attends de voir le résultat final avant de me prononcer.»

Google et Apple doivent encore aussi accepter SafeContact dans leur catalogue d’applications.

«Nous sommes prêts depuis des semaines, mais nous sommes une petite entreprise alors ça en prendra quelques-unes de plus», détaille M. Shukla.

Les applications dans le monde

La Commission de l’éthique en science et en technologie du Québec (CEST) affirme que la majorité des pays cherche à concevoir des logiciels pour téléphones cellulaires afin de surveiller la transmission de la COVID-19.

Elle indique que la Chine, la Corée du Sud, Israël et Singapour ont déjà utilisé des technologies numériques et de géolocalisation dans cet objectif.

L’organisme précise que le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a développé une application comparable à SafeContact et que des chercheurs de l’Université d’Oxford en Angleterre promeuvent cette forme de surveillance.

«L’état d’urgence et les préjudices importants qu’entraînent les mesures de distanciation et les fermetures d’entreprises exigent que de multiples pistes de solution soient explorées», a déclaré la CEST sur son site internet.

Ses experts pointent néanmoins les défis d’une application comme SafeContact, notamment la fiabilité. Ils soulignent que ce type de logiciel permet à ses utilisateurs d’éviter des zones à haut-risque, ce qui pourrait conduire à l’exclusion de certains habitants.

Le défi de la fiabilité

«Il peut être considéré acceptable qu’une personne infectée subisse certains préjudices, notamment pour protéger les plus vulnérables et contenir la propagation du virus, au bénéfice de la santé de l’ensemble de la population. Il est cependant beaucoup plus problématique d’infliger des préjudices à une personne sur la base d’une évaluation erronée», ont-ils écrit.

Ils rappellent à ce propos la controverse entourant l’efficacité de la technologie Bluetooth.

«On lui reproche notamment d’être imprécise […] et conséquemment de sous-estimer ou de surestimer l’exposition au virus», assènent-ils.

Ils remarquent en outre l’absence de symptômes chez de nombreux porteurs du nouveau coronavirus.

Le nombre d’utilisateurs de SafeContact doit enfin être suffisamment élevé pour que l’application soit efficace. Or, le gouvernement provincial fait le pari de la bonne volonté.

«Nous pensons que la plupart des gens sont intéressés par leur santé ainsi que par celle de la société et qu’ils utiliseront donc notre application», avance M. Shukla.

Les membres du CEST craignent par ailleurs que des personnes vulnérables, comme les aînés, soient laissées pour compte à cause de leur moins bon accès à la technologie.

«Nous ne sommes pas prêts à lancer cette application», a déclaré M. Higgs le 29 avril.

Le gouvernement n’a pas répondu aux questions de l’Acadie Nouvelle à ce sujet depuis cette date. Peut-être s’en pose-t-il encore lui-même.

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