Vers un déficit record de 1,19 milliard $

Le gouffre financier vers lequel se dirige le gouvernement provincial se précise. La Banque Scotia projette que le Nouveau-Brunswick enregistrera un déficit budgétaire de 1,19 milliard pour l’année 2020-2021.

Dans un rapport publié lundi, l’institution financière analyse l’impact que la pandémie devrait avoir sur les finances publiques des provinces canadiennes. Le portrait n’a rien de réjouissant.

«La diminution des perspectives économiques et les nouvelles dépenses afin de mitiger l’impact de la COVID-19 vont pousser toutes les provinces canadiennes vers des déficits lors de l’année financière 2020-2021.»

Le Nouveau-Brunswick n’y échappe évidemment pas. Selon la Scotia, le surplus de 92 millions $ qui était projeté lors du dépôt du budget, à la mi-mars, devrait se transformer en déficit de 1,19 milliard $. Si cela se concrétise, il s’agira d’un nouveau record.

Le titre du budget le plus marqué à l’encre rouge est présentement détenu par le gouvernement progressiste-conservateur de Bernard Lord.

Ce dernier avait creusé un énorme trou de 895,7 millions $ en 1999-2000 en retirant les postes de péages sur la nouvelle autoroute à quatre voies entre Moncton et Fredericton.

Plus récemment, en 2009-2010 – dans la foulée de la crise financière mondiale – le gouvernement libéral de Shawn Graham avait enregistré un déficit budgétaire de 695,9 millions $.

Des conséquences sur plus d’une année

Dans son analyse, la Banque Scotia met en garde que les effets de la pandémie se feront sentir pendant plus d’une année un peu partout au pays.

«Même si nous avons limité notre analyse à l’année financière 2020-2021, compte tenu l’histoire fiscale des provinces, il est très clair que la pression financière exercée par la COVID-19 va aussi avoir un impact sur les années financières suivantes.»

L’institution note que les provinces ne se sont pas relevées immédiatement après la crise financière de 2008-2009.

Comme on le sait, le Nouveau-Brunswick a nagé dans l’encre rouge pendant plusieurs années. Le retour à l’équilibre budgétaire a eu lieu en 2018-2019.

Soutien fiscal: le Nouveau-Brunswick en dernière position

Selon l’analyse de la Banque Scotia, le Nouveau-Brunswick est la province canadienne ayant débloqué le moins d’argent (proportionnellement à la taille de son économie) pour mitiger l’impact économique de la pandémie.

Ces mesures sont pourtant «nécessaires dans l’environnement actuel», selon la Scotia.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Higgs a notamment mis en œuvre des mesures d’aide pour les travailleurs, les étudiants et les entrepreneurs affectés par la COVID-19.

Mais contrairement à d’autres provinces, il n’a pas annoncé d’investissements majeurs en infrastructures afin de stimuler l’économie.

Le Québec est le champion incontesté du soutien fiscal à l’échelle des provinces, avec de l’aide qui représente plus de 4% de son produit intérieur brut (PIB).

Le Nouveau-Brunswick est en toute dernière position, avec des mesures représentant moins d’un demi-pour cent de son PIB.

«J’essaie d’obtenir la meilleure valeur pour notre argent.»

Lors du point de presse sur la COVID-19, mercredi, Blaine Higgs a été invité à réagir à l’analyse de la Banque Scotia.

Il a dit qu’il ne l’avait pas lue, mais qu’il avait eu vent du fait qu’elle projette un déficit budgétaire de plus d’un milliard de dollars pour l’année en cours.

«Je n’ai pas vu les détails. Nous allons publier notre rapport trimestriel (sur les finances publiques) dans une couple de mois. Nous analysons de près nos revenus et nos dépenses», a dit le premier ministre.

L’Acadie Nouvelle lui a fait remarquer que le Nouveau-Brunswick est la province ayant le moins dépensé pour stimuler son économie. Nous lui avons demandé s’il compte investir dans les infrastructures.

«Nous ne voulons pas lancer de l’argent en espérant que cela génère des résultats. Nous voulons plutôt comprendre ce que nous pouvons faire pour fournir le maximum de bénéfices à notre province, pour fournir du travail aux gens, pour stimuler l’économie et pour aider les entreprises», a-t-il répondu.

Peu après le point de presse, l’opposition officielle a publié un communiqué à ce sujet. Le critique libéral en matière de finances, Roger Melanson, a demandé au gouvernement Higgs de s’empresser de délier les cordons de sa bourse.

«Je suis très inquiet. Si nous n’investissons pas aujourd’hui, cela va nous coûter beaucoup plus cher à long terme. D’autres provinces s’en remettront plus vite que le Nouveau-Brunswick, moins d’entreprises feront faillite dans d’autres provinces et les recettes reviendront plus vite dans ces provinces.» — Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau