500 personnes sur le pont J.C. Van Horne: «Ouvrez la frontière!»

Environ 500 personnes de la Gaspésie et du Restigouche se sont rencontrées à mi-chemin sur le pont interprovincial J.C. Van Horne lundi afin de réclamer du gouvernement de Blaine Higgs la réouverture de la frontière entre ces deux régions.

«Nous ne sommes qu’un», «Solidarité», «Ouvrez la frontière»…

Ce sont là quelques exemples de slogans scandés par les participants à la marche de solidarité organisée dans le but d’obtenir plus de souplesse de la part du gouvernement néo-brunswickois à sa frontière avec la Gaspésie.

Fredericton, rappelons-le, a fermé les ponts avec les provinces voisines à la fin mars, incluant les deux reliant le Restigouche et la région d’Avignon-Ouest en Gaspésie. Conséquence, les Gaspésiens ne peuvent traverser que pour des besoins jugés essentiels. Cette définition laissant place à beaucoup d’interprétation auprès des agents responsables postés aux points frontaliers, beaucoup de personnes sont refoulées chaque jour.

«C’est très inconsistant. Un jour on peut passer et l’autre non. Et tout cela commence à jouer sur le moral de tout le monde. En fait, les tensions sont palpables depuis un moment, surtout qu’on ne sait jamais sur quel pied danser lorsqu’on veut traverser la frontière. Chaque fois qu’on embarque sur le pont, on est nerveux», exprime Lisa Levesque.

Citoyenne de Pointe-à-la-Croix, elle est l’une des instigatrices derrière cette marche de solidarité. Son objectif est d’amener le gouvernement Higgs à élargir l’accès au Nouveau-Brunswick aux citoyens d’Avignon-Ouest.

«Les deux territoires (Avignon-Ouest et Restigouche) ont peut-être une frontière entre eux, mais on ne fait qu’un. On dépend beaucoup du Restigouche pour nos articles du quotidien et, en revanche, on participe beaucoup à son économie. Mais ce n’est pas qu’une question d’argent, on a tous de la famille d’un côté comme de l’autre de la frontière, des gens qu’on ne peut plus voir en raison de cette fermeture. On veut que ça change et on croit que la création d’une bulle qui engloberait Avignon-Ouest serait un compromis acceptable», relate-t-elle.

Concrètement, cette recommandation engloberait tout le territoire situé entre les Plateaux de Matapédia et Escuminac, soit un total de neuf villages représentant une population approximative de 5500 personnes.

«On pourrait demander des preuves de résidence, on est très à l’aise avec ça. On ne demande pas au Nouveau-Brunswick d’ouvrir toutes ses frontières à tout le monde. Mais nous, on croit être un cas à part qui mérite une exception», dit-elle.

La marche a été organisée à la dernière minute, sur un coup de tête. Malgré cette spontanéité, elle a réussi à monopoliser plus de 500 personnes, des deux côtés de la rivière Restigouche. Les marcheurs des deux provinces se sont rencontrés symboliquement – et sans encombre – au milieu du pont interprovincial.

Dans le lot, plusieurs personnes avaient choisi de porter le masque. Bien que le respect de la distanciation sociale ait été demandé par les organisateurs, cette exigence a toutefois été plus difficile à appliquer en raison de la taille de la foule.

Marie-Josette Roy était l’organisatrice côté Néo-Brunswickois. Celle-ci tenait à préciser que l’ouverture de la frontière avec Avignon-Ouest n’est pas que le simple souhait des citoyens québécois.

«On est très nombreux ici aussi à vouloir cela. Nous sommes une seule et même grande communauté depuis tellement d’années et là, d’un coup, on vient changer les règles. Mais tout le monde ou presque au Restigouche a de la famille et des êtres chers de l’autre côté de la rivière. On veut pouvoir y accéder», dit-elle.

«Plus que de simples voisins»

Pour le maire de Restigouche-Sud-Est, David Ferguson, plusieurs Restigouchois cherchent à avoir accès à son territoire en raison des nombreux chalets et terrains de camping saisonniers.

«Chez nous, nous avons un camping de 200 roulottes et 90% des usagers sont du Nouveau-Brunswick. C’est énorme et ça en dit beaucoup sur les liens qui lient les gens de notre grande région. On est plus que de simples voisins. L’action d’aujourd’hui est très forte et c’est très touchant de voir toute notre grande région travailler vers un même objectif», souligne-t-il.

Non loin de lui, un autre maire gaspésien, Pascal Bujold de Pointe-à-la-Croix. Celui-ci dénonce depuis plusieurs semaines la situation à la frontière et demande des ajustements.

«L’initiative d’aujourd’hui est très positive. Elle a le mérite d’envoyer un message clair et précis à Fredericton. C’est un beau geste d’unité de toute la population d’Avignon-Ouest et un très beau geste de solidarité de la part de nos compatriotes du Restigouche qui nous appuient dans notre démarche», note-t-il.

Après environ une heure, l’activité a pris fin et tous s’en sont allés de leur côté respectif de la rivière dans l’espoir que leur message sera entendu.

Julie Goudreau a pu enterrer son défunt mari

Pour plusieurs, le refus d’autoriser Julie Goudreau (de Pointe-à-la-Croix) à franchir la frontière pour enterrer son défunt mari à Campbellton a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. «C’était horrible. C’est en quelque sorte cet événement qui a déclenché cet élan de solidarité des deux côtés du pont, soit s’assurer que des choses comme ça ne se reproduisent plus», évoque Mme Roy.

Au lendemain de sa diffusion, les autorités néo-brunswickoises ont finalement autorisé Mme Goudreau et sa famille à procéder à l’enterrement. La cérémonie a eu lieu en privé dimanche après-midi.

Mme Goudreau était d’ailleurs présente lundi à la marche de solidarité, question de dénoncer la bureaucratie qui s’est installée à la frontière.

Même si l’histoire se termine bien dans son cas, il n’en reste pas moins qu’elle a déposé une plainte à l’endroit de l’agent qui lui a barré le chemin vendredi, date initiale de la mise en terre de son mari.

«Si on doit avoir un contrôle à la frontière, alors il faut que ce soit fait par des gens qui ont un certain discernement. Un petit groupe de personnes qui traverse pour enterrer quelqu’un, ce n’est pas des menaces à la santé publique du Nouveau-Brunswick», exprime-t-elle.