À la rescousse des clients échevelés

Fini, les coupes hippies, les têtes ébouriffées et les expérimentations capillaires à la maison… Les salons de coiffure et les barbiers reprennent enfin du service et ils sont débordés!

Cela faisait une éternité que le bruit des séchoirs et des ciseaux n’avait pas retenti dans l’antre du Handsome Devils Barber Shop, sur la rue Main à Moncton.
«Nous sommes tous très excités de reprendre le travail», confie l’apprenti barbier Shawn Chiasson derrière un masque aux motifs raffinés.

La réouverture est un soulagement pour les clients qui ne savaient plus trop comment entretenir leur pilosité décemment. Depuis vendredi, le téléphone du salon ne dérougit pas, rapporte le jeune employé.

«Nous avons déjà des réservations jusqu’à la fin juin, ça se remplit très très vite!»

L’équipe de sept barbiers a dû revoir en profondeur ses méthodes de travail: le poste de travail est nettoyé en profondeur entre chaque coupe et tous les outils sont stérilisés après utilisation. Cela force le salon à réduire le nombre de rendez-vous journaliers.

Le salon de barbier Handsome Devils Barber Shop est assailli par les demandes de rendez-vous depuis vendredi. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«La nouvelle routine nous prend beaucoup de temps, il faudrait travailler 14 heures par jour pour prendre le même nombre de clients qu’avant. C’est tout un défi et ça demande un nouveau skill de couper autour des oreilles avec le masque», s’amuse Shawn Chiasson.

D’autres services de beauté sont encore plus en demande. Sur la rue Champlain, le calendrier du salon de coiffure Bohème affiche presque complet jusqu’au mois de décembre!

«Ça fait trois mois que l’on reçoit des messages sans arrêt par téléphone, par courriel, via les réseaux sociaux», s’exclame la propriétaire d’un ton enjoué. Les gens veulent vraiment venir nous voir! Certains ont essayé de se couper ou de se teindre les cheveux eux-mêmes, c’est certain qu’il y aura des dégâts à rattraper!»

Annie Chiasson Mallet termine les derniers préparatifs avant la grande reprise. Il lui faut reprendre contact avec près de 1500 clients et peaufiner le nouveau protocole de travail.

La propriétaire du salon Bohème de Dieppe a fait le choix d’allonger les heures d’ouverture. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Elle prévoit que le nettoyage systématique des lieux rajoutera environ 15 minutes de plus entre chaque client.

«Il faut gérer les clients qui attendent dans leur véhicule, il faut gérer le nettoyage entre les rendez-vous, c’est beaucoup d’organisation. Auparavant on offrait des massages, du café et du thé. Il a fallu éliminer ces extras-là. Il va falloir faire du travail à la chaîne plutôt que d’offrir une expérience, mais si on va essayer de rendre le moment le plus zen possible.»

L’espace de travail de travail a été réaménagé pour assurer la distanciation. Tout le personnel ne pourra donc plus être à l’oeuvre en même temps, ce qui implique une modification des horaires. L’entreprise sera désormais ouverte de 9h à 21h, six jours par semaine.

Les onze coiffeuses du salon sont prêtes à redoubler d’efforts, assure Mme Chiasson Mallet.

«C’était la seule manière de permettre aux filles d’avoir un horaire à temps plein», dit-elle. «C’est une nouvelle manière de faire. Il faudra se contenter de coupes simples, on ne peut pas prendre le temps de faire des métamorphoses complètes.»

Un peu plus loin sur la rue, les mèches de cheveux tombent à nouveau sur le plancher du salon de beauté Mila. Ici, chaque client doit se laver les mains après avoir passé la porte et enfiler un masque. Impossible de s’asseoir dans l’espace d’attente.

À Dieppe, chaque client du salon de beauté Mila est tenu de porter un masque pendant la coupe. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Les nouvelles procédures sanitaires forcent les coiffeuses à réduire le nombre de coupes qu’elles peuvent réaliser en une journée.

La styliste en chef, Renée Hamilton Basque, est en tout cas enchantée de voir la vie reprendre son cours.

«On voit les clients nous arriver avec des grosses repousses», blague-t-elle. «Ça fait du bien, ça fait longtemps qu’on n’a pas vu le monde!»