Retour à la phase orange: frustration, mais compréhension de la part des élus

Alors que s’amorçait progressivement un retour à la vie normale, le Restigouche doit effectuer un pas en arrière. Une situation qui est loin de plaire aux élus de la région qui, malgré tout, appuient sans réserve les consignes de la médecin-hygiéniste en chef.

L’ambiance était loin d’être à la fête mercredi soir autour de la table (virtuelle) de la Commission de services régionaux du Restigouche. Quelques heures avant la rencontre mensuelle de l’organisation, où siègent les élus de cette région, la nouvelle du retour à la phase orange tombait. Un retour en arrière difficile à avaler après des semaines de sacrifices et alors que le reste de la province, elle, poursuit son déconfinement.

Le président du DSL de Glen Levit, Brad Mann, a été le premier à s’exprimer sur le sujet, et il n’a pas mâché ses mots.

«C’est disgracieux, totalement inacceptable dans le contexte actuel d’agir de la sorte. Celui-ci (le professionnel de la santé responsable de la contagion) devrait être mis à l’amende – et même voir sa licence de pratique être révoquée – pour ce manque flagrant de jugement. Il a mis ses patients et confrères à risque, on s’attend à plus de jugement de nos spécialistes en santé», mentionne-t-il, notant que les conséquences de ce geste pourraient être sans précédent pour la région.

Pour le maire de Balmoral et président du Forum des maires du Restigouche, Charles Bernard, ce retour en arrière est aussi triste que prévisible.

«Il doit y avoir une conscientisation communautaire qui se fait. Il faut que les gens réalisent la gravité de la situation et ça ne semble pas être le cas actuellement. Au village, nous avons dû intervenir jusqu’ici à deux reprises afin de rappeler à l’ordre des gens qui ne respectaient pas les limites pour les regroupements. Ça arrive ici, et aussi partout ailleurs dans la province j’en suis persuadé. Il y a une forme d’insouciance qui s’installe avec le déconfinement», ajoute-t-il, urgeant au passage les citoyens du Restigouche à se faire tester.

Pour Denis Savoie, maire d’Eel River Dundee et président de la Commission de services régionaux du Restigouche, la région avait réussi jusqu’ici à bien s’en tirer. Cet incident risque toutefois d’être un wake-up call douloureux non seulement pour le Restigouche, mais la province en entier. En somme, la COVID-19 n’est pas disparue et les risques sont toujours bien présents.

Comme ses confrères, celui-ci a partagé sa grande frustration face à cette éclosion, mais aussi ses inquiétudes, tant pour l’économie de la région que la pour la santé mentale de ses habitants.

«Il ne faut pas se compter d’histoire, que ce soit ici ou non, nous ne sommes qu’à un cas d’une catastrophe dans la province. Une seule personne insouciante, c’est tout ce que ça prend, et on en a la preuve. Cet incident démontre la vitesse à laquelle tout peut basculer, la fragilité de la situation. S’il fallait que notre hôpital devienne l’épicentre d’une éclosion majeure, ce serait catastrophique», estime-t-il.

Selon M. Savoie, ce qui ajoute à la gravité de cette éclosion c’est qu’elle est accompagnée de la fermeture de l’urgence et des interventions non urgentes à l’Hôpital régional de Campbellton, ce qui n’est pas sans conséquence pour la population plus vulnérable.

«Les prochains jours seront cruciaux», ajoute le maire.

Retour forcé à la maison pour les députés restigouchois

Cette nouvelle éclosion de la COVID-19 dans le Restigouche a des répercussions sur les deux députés provinciaux de cette région. Siégeant à Fredericton depuis le début de la semaine, Gilles LePage (Restigouche-Ouest) et Guy Arseneault (Campbellton-Dalhousie) ont été renvoyés à la maison par mesure de sécurité. À son arrivée, ceux-ci devront se faire tester.

«On nous a demandé de retourner dans nos circonscriptions en raison du risque potentiel d’avoir été contaminé par le virus au cours des derniers jours et du coup, le risque de contaminer le reste de nos confrères de l’Assemblée législative», a confié mercredi après-midi le député LePage, déjà en route pour son secteur.

Pour ce dernier, le retour à la phase orange est un mal nécessaire compte tenu du haut niveau de risque de propagation du virus puisqu’il implique un professionnel de la santé actif au cours des derniers jours à l’Hôpital de Campbellton.

«Pour moi, ce retour en arrière n’est pas excessif, c’est une question de sécurité et de santé publique. En ce moment, le risque que cette personne ait pu en contaminer d’autres – directement comme indirectement – est énorme. On se doit d’essayer de contenir la propagation. À la lumière des derniers développements, permettre des rassemblements de 50 personnes ici ce serait trop, alors s’il faut faire un pas en arrière, faisons-le», exprime le député, affichant néanmoins sa grande déception de voir sa région devenir le point chaud de la COVID-19 en province.

«Tout le monde recommençait à vivre relativement normalement, mais on se doutait bien que ce serait plus facile de gérer le confinement que le déconfinement. Cette éclosion arrive ici, mais elle aurait très bien pu arriver dans n’importe quelle autre région. Ça démontre à quel point nous devons demeurer vigilants», exprime-t-il.