Infirmières violentées: l’accusé raconte sa version des faits

Bruce Randolph «Randy» Van Horlick a témoigné jeudi de l’incident du 11 mars 2019, lors duquel il a blessé deux infirmières. Il maintient qu’il n’était alors pas conscient de ses actes.

Van Horlick a plaidé non coupable à deux accusations de voies de fait causant des lésions corporelles envers deux infirmières du CHU Dumont, Natasha Poirier et Teresa Thibeault.

Il a cependant admis jeudi, par l’entremise de son avocat, que la preuve est incontestable et qu’il a bel et bien roué de coups Natasha Poirier.

Il maintient toutefois qu’il n’était pas conscient de ses actes lors de l’agression. Il se souvient d’être entré dans le bureau de l’infirmière pour lui parler des soins de son épouse, une patiente de l’hôpital.

Il aurait alors perdu connaissance. Lorsqu’il s’est réveillé, il entendait un bruit fort et sentait que deux personnes tentaient de le mettre au sol.

Au début du procès en février, Natasha Poirier a décrit cette agression qui aurait duré plus d’une dizaine de minutes, lors de laquelle Van Horlick lui a asséné des coups au corps et à la tête et lui a arraché des cheveux, entre autres.

L’infirmière Teresa Thibeault aurait aussi été blessée lorsqu’elle a tenté de venir en aide à sa collègue.

Jeudi, Bruce Randolph Van Horlick a détaillé sa version des faits.

Son épouse Catherine Van Horlick a été admise au CHU Dumont en mars 2019. Elle souffrait de crises d’épilepsie et de lésions infectées. L’accusé attribue cet état de santé à un «système immunitaire détruit par un usage abusif d’antibiotiques».

Il explique que les crises d’épilepsie de Mme Van Horlick pouvaient être mortelles. Elles étaient déclenchées par des périodes de stress ou par des odeurs fortes.

Randy Van Horlick dit qu’il avait l’expérience de prendre soin de sa femme et il contestait l’avis des médecins et des infirmières. Il croit que son épouse recevait trop de médicaments en même temps et que cela empirait son état de santé.

Van Horlick témoigne qu’il était «très frustré» des soins prodigués par l’hôpital et du manque d’attention que les employés accordaient à sa femme.

Pendant son séjour au CHU Dumont, le bras de Mme Van Horlick s’est mis à enfler «comme un ballon» à cause d’une infection. Elle est opérée d’urgence.

Un employé de l’hôpital lui dit que sa femme était «à un ou deux jours de mourir» sans cette intervention chirurgicale.

La patiente est ensuite déplacée dans une autre section de l’hôpital pour récupérer après son opération. Elle a d’abord été placée dans une salle au fond d’un couloir, un endroit calme.

C’est alors qu’elle est victime d’une grave crise d’épilepsie.

Des infirmières veulent alors déplacer la femme dans une autre salle située plus près du bureau des infirmières afin de garder un oeil sur sa santé.

Van Horlick refuse, puis finit par accepter même s’il craint que l’endroit plus achalandé puisse aggraver le stress de son épouse et précipiter une autre crise.

Dans son nouveau lit d’hôpital, l’épouse de M. Van Horlick a peu de repos. Un patient dans une salle adjacente «crie constamment» et le va-et-vient dans le corridor la dérange.

«J’ai été stupide, j’ai fait confiance aux infirmières», dit l’accusé à la barre des témoins.

Sa femme est alors victime d’une deuxième crise d’épilepsie.

Van Horlick fait des demandes répétées pour que sa femme puisse retourner dans la première salle où elle se trouvait, mais sans succès. Quelques jours plus tard, il constate qu’un autre patient a pris la place de sa femme dans la salle plus calme.

Il décide finalement de s’adresser à l’infirmière gestionnaire Natasha Poirier, qui gère cette section de l’hôpital.

Il dit à Natasha Poirier que sa femme a un «problème majeur» et qu’elle doit y remédier «immédiatement.» Il estime qu’il a probablement levé le ton même s’il n’est «pas une personne colérique».

Selon l’accusé, l’infirmière lui répond simplement de quitter son bureau d’un ton sec. C’est alors que Van Horlick dit perdre connaissance et qu’il commet l’agression.

«Je ne sais pas, tout est devenu noir.»

Contre-interrogatoire

Lors du contre-interrogatoire mené par la procureure Marie-Andrée Mallet, Randy Van Horlick relate qu’il n’avait pas consommé d’alcool ni de drogues dans les jours précédent l’agression.

Il croit que des employés de l’hôpital étaient «en grande partie» responsables du mauvais état de santé de sa femme.

Il dit qu’il n’a jamais reçu de formation médicale, mais qu’il faisait plutôt de la recherche sur internet. Il croit ainsi avoir une meilleure compréhension des besoins médicaux de sa femme que les professionnels de la santé.

L’accusé fait valoir qu’il n’est pas un homme violent, qu’il n’a jamais frappé personne et qu’il n’avait aucune animosité particulière envers Natasha Poirier.

Il dit qu’il n’a jamais éprouvé de problèmes de santé mentale, mais qu’il a consulté un psychologue après l’agression du 11 mars 2019.

«Tout le monde me faisait croire que j’avais un problème de gestion de ma colère.»

D’autres incidents

D’après son témoignage, Randy Van Horlick n’en est pas à sa première altercation avec des professionnels de la santé.

Un incident se serait produit en 2016, lorsque l’épouse de l’accusé recevait les soins d’une infirmière de l’extra-mural dans sa demeure à Acadieville.

Il raconte que sa femme ressentait beaucoup de douleur. Elle aurait dit à son époux «sors-moi dehors et tire-moi dessus».

«Je n’ai qu’une seule balle et il y a d’autres gens qui veulent partir avec toi, alors je devrai tous vous tirer ensemble», lui a-t-il répondu en anglais.

Cet échange, que Van Horlick qualifie d’humour noir, aurait choqué l’infirmière de l’extra-mural, ce qui aurait mené à une confrontation à l’Hôpital Stella-Maris de Kent. Une employée de l’hôpital aurait intimé l’homme de signer une déclaration qui lui interdisait de répéter ce genre de choses.

Van Horlick a refusé et l’extra-mural a cessé de lui offrir ses services.

L’accusé affirme que sa femme était paniquée pendant cette confrontation et qu’elle tentait d’arracher un tube d’intraveineuse de son bras. Il a essayé de maîtriser sa femme et a ordonné aux infirmières de quitter la pièce.

«Je leur ai dit “sortez avant que je fasse quelque chose que je pourrais regretter”».

«Et votre attitude était menaçante, c’est bien ça?», réplique la procureure.

«Je l’espère, parce que j’étais sérieux.»

On lui a aussi interdit l’accès au CHU Dumont après l’agression du 11 mars 2019.

Par la suite, sa femme a été transférée à l’Hôpital de Moncton. Il pouvait la visiter, mais il devait être accompagné d’un garde de sécurité.

Mme Van Horlick a déjà été hospitalisée au CHU Dumont il y a plusieurs années en raison d’une infection. À cause d’un manque d’espace, on l’a alors placée dans une section de l’hôpital réservée aux nouvelles mères.

Cela a causé un désaccord avec une infirmière et Mme Van Horlick a été déplacée à l’unité de psychiatrie pendant que Randy Van Horlick tentait de trouver un médecin.

«J’étais fâché. Encore une fois, je n’ai jamais fait de mal à personne, mais croyez-moi, j’avais amplement de raisons de le faire», affirme l’accusé.

Catherine Van Horlick est décédée en décembre 2019.

Le Dr Julian Gojer, un psychologue expert des états de pensée dissociatifs, témoignera le 4 juin par vidéoconférence. Ce sera le dernier témoignage de ce procès. Les avocats livreront leurs arguments de clôture le même jour.