Shediac, une ville touristique en plein doute

Le soleil brille et les embouteillages sont de retour sur la rue principale de la capitale du homard. Pas de quoi rassurer les propriétaires d’entreprises dont la survie dépend de la venue de milliers de vacanciers sur la côte du Sud-Est.

Installé sur la terrasse de son restaurant, le Lobster Deck, Ben Landry se demande de quoi seront faites les prochaines semaines.

«Notre activité est saisonnière, on fait notre argent en deux mois d’été. Si les frontières n’ouvrent pas, c’est plus de la moitié des ventes qui s’en va», soupire-t-il.

Jusqu’à présent, la clientèle friande de fruits de mer est au rendez-vous et le chiffre d’affaires s’est maintenu.

«On voit que les gens veulent encourager l’achat local, mais je pense que ça va fesser d’ici la mi-juin quand tous les autres restaurants seront ouverts», anticipe Ben Landry.

L’entrepreneur sait bien que la tendance du tourisme local ne remplacera pas les dizaines de milliers de visiteurs venus de l’étranger ou des provinces voisines.

«Le pire, c’est d’être dans l’inconnu, dit-il. Est-ce que j’embauche? Est-ce que je change mes heures? On prend une semaine à la fois.»

Les temps sont plus tourmentés pour certains. Plus loin sur la rue Main, un panneau «Fermé» est toujours accroché à la porte de la boutique Les Fleurs Ma Passion. Habituellement, l’endroit voit passer les touristes à la recherche de cadeaux et autres souvenirs de vacances.

«Ce sont eux qui nous tiennent en vie, souffle la co-propriétaire du commerce, Thérèse Lévesque. Ça va faire pitié cet été. Je crois que ça être la fin pour beaucoup de petits commerces en ville.»

L’entreprise a pu maintenir une partie de ses revenus grâce à la vente de fleurs lors d’enterrements et de mariages. Pour autant, Mme Lévesque ne cache pas son inquiétude.

«On va essayer de se maintenir à flot, mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.»

Le ton est bien plus optimiste derrière le comptoir du Shediac Paddle Shack situé tout près de l’emblématique statue de la ville. Paulette LeBlanc a finalisé l’embauche de dix étudiants qui animeront bientôt des activités nautiques sur la rivière Scoudouc.

«Mes planches de paddle se vendent très bien pour l’instant! Les gens ont hâte de sortir, ils ont été trop longtemps enfermés», s’exclame-t-elle.

Paulette LeBlanc est consciente qu’ils seront moins nombreux cette année à venir louer ses embarcations. Elle refuse pourtant de baisser les bras.

«C’est certain que la fermeture aura un gros impact. Je dirais que 40% de ma clientèle vient du Québec, mais j’ai la chance de proposer des activités extérieures et je crois que c’est ce que le monde recherche tout suite.»

Sophie Belliveau, gérante du terrain de camping Ocean Surf, s’attend à une saison estivale très difficile cette année. Les habitués venus du Québec et des États-Unis ne regagneront pas leur emplacement.

«On espère que les Néo-Brunswickois profiteront de l’été pour redécouvrir leur province, souligne-t-elle. Mais c’est certain que le marché est limité, la population du Nouveau-Brunswick équivaut à celle de la ville de Québec, ce n’est pas comparable.»

Les pistes cyclables, les activités plein-air, la plage Parlee, la proximité des Rochers Hopewell, sont autant d’atouts sur lesquels la région peut se reposer, mentionne Sophie Belliveau.

Elle appelle tout de même le gouvernement provincial à proposer rapidement une aide ciblée pour l’industrie touristique.

«Le secteur va avoir besoin de soutien, c’est certain, lance-t-elle. La saison est très courte, si les clients ne sont pas de la partie, il y aura un manque à gagner pour se rendre à la prochaine saison.»

Au moment d’écrire ces lignes, rien ne permet d’affirmer que sa requête sera entendue à Fredericton.