Trois nouveaux cas de COVID-19 dans le Restigouche

Trois nouveaux cas de la COVID-19 ont été rapportés jeudi dans la zone 5 (Restigouche) par la Santé publique, portant à six le nombre de cas actifs déclarés dans cette région en l’espace d’une semaine.

Et selon toute vraisemblance, ce chiffre risque d’être revu à la hausse au cours des prochains jours en raison de la nature du foyer de contamination, l’Hôpital régional de Campbellton.

«L’éclosion dans la zone 5 est troublante pour tous, moi y compris. Et je m’attends à voir davantage de cas au cours des prochains jours, surtout qu’on inclut dans cette liste des travailleurs de la santé», a souligné la médecin-hygiéniste en chef, Jennifer Russell, appelant les citoyens du Restigouche à la plus grande vigilance et à se faire tester.

De ces nouveaux cas, on parle d’une personne âgée de moins de 19 ans, d’une âgée entre 10 et 49 ans, ainsi qu’une autre de plus de 90 ans. L’une de ces personnes serait un travailleur de la santé, un médecin selon plusieurs informations qui n’ont toutefois pas été confirmées par la Santé publique.

Ces nouveaux cas semblent avoir la même souche que les précédents: un médecin qui ne s’est pas auto-isolé à son retour d’un voyage à l’extérieur de la province.

Du coup, la Dre Russell a invité les gens de la province à éviter autant que possible la zone 5.

Dans les faits, elle invite ceux qui ont visité la région après le 15 mai à demeurer extrêmement vigilants en surveillant l’apparition de symptômes, voire même à se faire tester.

Cette éclosion dans le Restigouche n’est pas sans conséquence. Elle replonge cette région entière dans la phase précédente de déconfinement (Orange). Elle affecte également l’ensemble de la province en retardant d’au moins une semaine la seconde partie de la phase Jaune.

La grande question est maintenant de savoir combien de temps le Restigouche doit s’attendre à demeurer dans la zone Orange. Tout est possible croit la médecin-hygiéniste en chef, mais la patience semble la solution préconisée.

«Il faudra vraiment voir comment l’éclosion évoluera. Habituellement, on parle d’une période de 14 jours, ce qui nous donnera un bon portrait de la situation», mentionne-t-elle, laissant ainsi sous-entendre qu’il y a de fortes chances pour que le déconfinement stagne pour les deux prochaines semaines dans le Restigouche, sinon plus en fonction du nombre de nouveaux cas.

Savoir-vivre

La Dre Jennifer Russell a par ailleurs tenu à rappeler que tous les travailleurs de la santé qui quittent la province doivent s’isoler à leur retour, question de ne pas potentiellement propager le coronavirus. C’est visiblement ce que n’aurait pas fait le médecin soupçonné d’être à la base de l’éclosion.

Concernant ce cas spécifique, Mme Russell n’a pas voulu divulguer davantage de détails, question selon elle de trouver un juste milieu entre l’intérêt public et la vie privée.

«Vouloir blâmer quelqu’un, ce n’est pas un comportement productif», a-t-elle indiqué.

Ce point est valable selon elle pour le médecin (victime d’une campagne de dénigrement sur les médias sociaux), mais aussi pour la population du Restigouche que l’on pourrait être tenté de montrer du doigt pour avoir ralenti – bien malgré elle – le déconfinement de l’ensemble de la province.

Le premier ministre a pour sa part indiqué que les renseignements du professionnel de la santé fautif avaient été transmis à la GRC afin de déterminer si des accusations pourraient être portées.

Foyer de soins

En dépit de l’âge de certaines des personnes infectées par la COVID-19 au Restigouche et du haut risque de propagation dans la communauté, Mme Russell a voulu rassurer la population comme quoi, pour le moment, l’éclosion semblait avoir épargnéles foyers de soins de la région.

«Voir la maladie arriver dans un foyer de soins est l’une de nos craintes depuis le début de la pandémie, car il s’agit d’une population très vulnérable. À ce moment-ci, nous n’avons pas d’information indiquant qu’il y ait des foyers frappés par la COVID-19», a-t-elle noté.

La Gaspésie sur le qui-vive

Puisque plusieurs citoyens de Pointe-à-la-Croix (en Gaspésie) travaillent au Nouveau-Brunswick – dont un grand nombre directement dans le secteur de la santé –, la municipalité a pris la décision jeudi de fermer son bureau ainsi que toutes ses installations. Mais surtout, elle a exigé – et obtenu – de ses instances sanitaires régionales le déploiement sur son territoire d’une unité de dépistage.

«Nos citoyens pouvaient se rendre à Campbellton ou Maria afin de se faire tester, mais dans les deux cas, ça ne nous convenait pas. On ne veut pas envoyer nos gens au cœur du problème à Campbellton, ni les faire voyager dans le reste de la Gaspésie et risquer d’y propager le virus s’ils sont porteurs. La gravité de la situation actuelle exigeait d’avoir une unité pour tester notre population», exprime le maire de l’endroit, Pascal Bujold.

Entre-temps, celui-ci demande à ses citoyens de limiter encore davantage leurs déplacements vers Campbellton et ses environs.

Il faut dire que Pointe-à-la-Croix a été sous les projecteurs depuis quelques semaines, notamment en raison de ses demandes pour une plus grande flexibilité à la frontière avec le Nouveau-Brunswick, voire même la création d’une «bulle» avec le Restigouche. Ces demandes ont mené à une manifestation d’environ 500 personnes – autant néo-brunswickois que gaspésiens – sur le pont interprovincial reliant les deux communautés. Depuis deux jours toutefois, le discours a changé. L’ironie veut que plusieurs de ceux qui demandaient hier plus d’ouverture réclament aujourd’hui plus de rigueur à la frontière côté Québec.

Le maire de Pointe-à-la-Croix de son côté n’a pas encore entamé de démarche officielle auprès de ses instances gouvernementales pour accentuer les contrôles à la frontière. Toutefois, il admet s’être renseigné.

«Le concept de la bulle entre nos deux communautés, j’y étais favorable et je le suis toujours, mais ça demeure néanmoins conditionnel à ce que nos deux régions soient en santé. Jusqu’à tout récemment, ni une ni l’autre n’avait de cas, c’était donc logique de demander un rapprochement. Mais avec ce qui se passe à Campbellton, je crois qu’il faut maintenant prendre un peu de recul et être prudent, ne pas faire exprès pour que ça se propage ici et ailleurs», indique-t-il.