Éclosion de COVID-19: le médecin impliqué donne sa version des faits

Le Dr Jean-Robert Ngola, le médecin de Campbellton qui ne s’est pas isolé à la suite d’une visite personnelle au Québec et qui aurait causé une éclosion de la COVID-19 dans la zone 5 (Restigouche), a donné sa version des faits mardi matin à l’émission La matinale de Radio-Canada Acadie.

Il affirme avoir traversé la frontière pour aller chercher sa fille âgée de quatre ans, dont la mère, avec qui elle habitait, venait de partir pour l’Afrique pour assister à des funérailles.

«Je ne pouvais pas laisser ma fille seule. J’ai fait un aller-retour sans m’arrêter, en moins de 24 heures. Je ne suis pas un idiot», a-t-il dit.

«Je suis un travailleur essentiel. Donc, dès le lendemain, je suis retourné au travail. Je n’avais pas de symptômes, ma fille n’avait pas de symptômes.»

«Le 19 mai, j’ai vu un patient dans mon bureau qui n’était pas malade. Il était venu chercher une prescription. Nous n’avons pas eu de contact physique. Plus tard, la santé publique m’a appelé pour me dire que ce patient avait testé positif à la COVID-19. Là, j’ai tout arrêté.»

«Je suis allé me faire tester ce jour-là. Je ne suis pas rentré travaillé.»

Il a obtenu un résultat positif au test de dépistage. «J’étais surpris. Je n’avais aucun symptôme.»

A-t-il été contaminé par le virus au Québec ou par ce patient?, lui a demandé l’animatrice. «Comment le savoir?», a répondu le médecin, qui a été suspendu par le Réseau de santé Vitalité. «Le virus est partout. Combien de gens sont asymptomatiques?»

Sa fille, qui fréquentait une garderie pour travailleurs essentiels depuis son arrivée ici, a aussi été déclarée positive.

«Une heure après avoir avisé les autorités médicales de mon test positif, ma photo, mon nom et mon adresse se trouvaient dans tous les médias sociaux à travers le pays. Et les insultes racistes ont commencé. Pourtant, je suis un patient, j’ai droit à la confidentialité.»

«Je suis allé au Québec et j’ai oublié de m’isoler. Oui, j’ai peut-être commis une faute de jugement. Mais je suis un patient. Un patient n’a-t-il pas le droit d’être protégé?», a-t-il insisté.

La majorité des messages haineux et racistes qu’il a lus n’ont pas été publiés par des gens de la région, selon lui.

«J’ai le droit à la vie, comme tout le monde. Je ne suis pas un criminel. J’ai soigné des centaines de personnes de la région. Je ne suis pas un criminel», a-t-il répété, à plusieurs reprises.

Il y a 13 cas actifs dans la province actuellement, tous dans la zone 5. Cinq patients sont hospitalisés, et un d’entre eux se trouve à l’unité des soins intensifs.

Vitalité réagit

Interpellé à la suite de la sortie du Dr Ngola reliée à la COVID-19 dans la zone Restigouche, le Réseau de santé Vitalité a soutenu avoir pris connaissance des récentes déclarations publiques du médecin.

«Nous comprenons que la situation est difficile pour toutes les parties concernées et nous sympathisons avec les personnes qui sont touchées par cette affaire, soit directement ou indirectement», a souligné par voie de communiqué le PDG du réseau, Gilles Lanteigne.

Puisque les dossiers de ressources humaines des employés et des médecins sont de nature confidentielle, le PDG n’a pas voulu s’étendre davantage sur le sujet. Il a néanmoins tenu à lancer un appel au calme dans cette période difficile.

«Il est plus que jamais important de faire preuve de respect, de tolérance et de compassion les uns envers les autres.  C’est ainsi que nous traverserons cette crise et en ressortirons plus forts», a indiqué M. Lanteigne.