Des Néo-Brunswickoises misent sur la pandémie et se transforment en vendeuses

Il était une fois, ils étaient un, deux, puis trois. Aujourd’hui, ils sont des milliers à utiliser le marketing de réseau pour vendre et faire la promotion de leurs produits à travers le monde. Une enseignante en administration des affaires explique pourquoi ce modèle de vente gagne du terrain en cette période pandémique.

Le marketing de réseau (ou la commercialisation à paliers multiples, à ne pas confondre avec la vente pyramidale) est un modèle d’affaires légal, où les participants génèrent un revenu personnel en vendant des produits à des clients ou à d’autres conseillers de vente.

Selon l’Association nationale de ventes directes, plus de 200 sociétés canadiennes, dont Arbonne, Scentsy, Mary Kay, Avon et Pampered Chef, se basent sur ce type système.

En tout, il y aurait 1,2 million de conseillers de ventes et environ 14 millions de consommateurs à l’échelle nationale.

Une industrie qui prend de l’ampleur

Depuis le début du confinement, du moins au Nouveau-Brunswick, le marketing de réseau semble prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux.

«Les entreprises profitent de l’opportunité, non seulement pour vendre, mais pour aller recruter leurs équipes. C’est vraiment une opportunité en or pour eux», a indiqué Josée Turgeon-Roy, enseignante du programme de vente au CCNB de Dieppe.

Les Néo-Brunswickois ayant plus de temps libre et dans certains cas, de nouvelles insécurités financières, cette dernière n’est pas étonnée de voir un intérêt grandissant.

«Le marché du marketing de réseau a déjà commencé à prendre de l’ampleur dans les dernières années. C’est parce que les gens sont de plus en plus séduits par l’idée de devenir leur propre patron.»

Si la pandémie a eu un impact, c’est qu’elle a précipité cette croissance.

«Il y a plusieurs personnes qui veulent garder le contact avec leur réseau vu le confinement. Ce système est donc une façon virtuelle pour eux de brasser des choses et d’investir leurs temps.»

Dans l’industrie de la vente directe, les conseillers font souvent partie d’une équipe qui se réunit fréquemment.

«De façon hebdomadaire, peut-être même quotidienne, ils vont se rencontrer en ligne, avoir des discussions, se motiver, lancer des concours. Donc c’est un petit défi, mais aussi une façon de se faire de nouveaux amis.»

Encore selon l’Association de ventes directes, 82% des conseillères impliquées dans ces réseaux seraient des femmes, majoritairement âgées entre 18 à 54 ans.

La plupart d’entre elles sont en couple (74%) et ont suivi une formation postsecondaire (46%).

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Une aventure gratifiante

Amélie Frigault s’est jointe à la compagnie Arbonne en décembre 2019 après avoir découvert un amour pour les produits que lui a proposés une amie.

«Ma meilleure amie utilise les produits depuis très longtemps et j’ai toujours su comment elle les aimait, donc j’ai décidé de les essayer», a témoigné l’infirmière.

C’est surtout les valeurs de la compagnie et la façon dont elle formule ses produits qui ont accroché la jeune femme.

«Au début, lorsque je suis devenue conseillère, c’était surtout pour profiter des rabais, mais environ un mois plus tard, j’ai commencé à voir les bienfaits et j’ai donc voulu les partager avec mes amies.»

Même si l’infirmière n’a aucune expérience en vente, elle indique qu’elle se débrouille assez bien jusqu’à présent.

«Pour moi, je trouve ça simple de promouvoir ces produits-là, parce que je vois vraiment une différence en termes de qualité, donc c’est facile d’en parler aux autres.»

Comment gère-t-elle à la fois sa petite entreprise et un emploi à temps plein?

Elle avance qu’elle arrive souvent à marier les deux.

«C’est quand même un type de business qui se gère bien à temps partiel», a-t-elle expliqué. «Et même au travail, il y a beaucoup de mes collègues qui aiment profiter de ses produits.»

Comme 95% des conseillères en ventes directes au Canada, Mme Frigault affirme qu’elle recommanderait l’expérience.

«Ce sont des communautés qui peuvent être tellement gratifiantes, alors les intéressés devraient explorer ce qu’ils peuvent en tirer qu’il s’agisse d’un deuxième revenu ou un nouveau passe-temps.»

Des précautions à prendre

En salle de classe, au CCNB, Mme Turgeon-Roy, enseigne le marketing de réseau à ses étudiants.

«Je leur dis que oui, effectivement, ça peut être une opportunité d’affaires, surtout pour ceux qui ont la fibre entrepreneuriale, mais qui ne savent pas par où commencer.»

L’enseignante demande toutefois à ses étudiants de faire leurs recherches avant de s’associer à quelconque société.

«Il faut s’assurer qu’elle est bien bâtie, qu’elle a de l’expérience et une bonne crédibilité. Il faut aussi que le plan de rémunération soit clair. Est-ce que c’est facile à comprendre? Facile à te mettre des objectifs pour avancer? Si ce n’est pas clair, je conseille toujours de faire attention.»

Comme tout autre entrepreneur, Mme Turgeon-Roy note que les conseillers en ventes directes devraient toujours s’interroger sur le potentiel du produit ou du service qu’il propose.

«Une autre considération, c’est le coût initial pour s’inscrire. Il ne faut pas perdre sa chemise!», s’est-elle exclamée.

Avoir des objectifs clairs dès le début peut éviter de se lancer dans une aventure infructueuse, ou de se retrouver frustrés et déçus après quelques mois.

Cela dit, il est généralement peu coûteux de se bâtir une entreprise virtuelle de ce genre.

Enfin, l’enseignante a tenu à dénoncer le risque de perdre les pédales si le but unique est d’être reconnu.

«J’ai vu des femmes qui voulaient tellement monter les échelons. Elles voulaient tellement être vice-présidentes ou directrices qu’elles dépensaient tous leurs profits pour acheter elles-mêmes leurs produits. Leur garage était plein.»

On récolte ce que l’on sème

Au Canada, les conseillers de ventes indépendants rapportent ensemble 1,21 milliard $ par année.

Certains ont aussi la chance de gagner des prix, comme des voyages ou des voitures, en fonction de ventes.

C’est le cas de Jillian Friolet, de Bathurst, qui a récemment mérité le «bonus auto», un paiement mensuel accordé par la compagnie qu’elle représente et qui peut aider à financer des paiements de voiture.

Cette récompense n’est toutefois pas donnée.

La jeune étudiante, qui vend des produits de beauté de la marque Younique, a dû travailler à temps partiel pendant deux ans pour le remporter.

«Au début, j’accordais environ cinq heures par semaine à mon entreprise, mais maintenant, au niveau où je suis rendue, je mets de deux à trois heures par jour», a-t-elle témoigné.

La plupart de ce temps est surtout dédié à répondre aux questions des clients, des consultantes qu’elle accompagne et à faire la promotion de produits.

Elle affirme toutefois qu’elle ne voit pas le temps passer puisque ce travail lui plait beaucoup.

En cette période de pandémie, la conseillère constate en effet que le web regorge de Néo-Brunswickoises qui démontrent un nouvel intérêt pour la vente.

«Depuis le début du confinement, j’ai atteint mes meilleurs mois en termes de ventes et de recrutement. Je pense que c’est parce que les gens étaient à la maison et n’avaient plus de motivation.»

Les nouvelles consultantes auraient confié à Mme Friolet que la création de leur nouvelle entreprise leur ont apportée, non seulement une sécurité financière, mais aussi un sentiment d’appartenance et «une raison de se lever le matin» et d’être productive.

Aujourd’hui, l’étudiante en design intérieur compte une douzaine de femmes dans son équipe.

Ceci signifie qu’en échange pour la motivation et les conseils qu’elle leur lègue, elle tire un pourcentage de leurs ventes.

Mme Friolet a récemment atteint le quatrième niveau, de huit, et elle témoigne qu’elle compte continuer jusqu’au bout, peu importe le temps que ça prendra.