Baleines noires: un «véritable casse-tête» pour les crabiers

Encore une fois, la présence de baleines noires dans les eaux du sud du golfe du Saint-Laurent pousse Pêches et Océans Canada à fermer de nouveaux secteurs de pêche au crabe des neiges. Cette énième fermeture préoccupe les crabiers acadiens qui tentent de tirer leur épingle du jeu lors d’une année assez particulière.

En date de jeudi, la quasi-totalité des lieux fréquentés par les crabiers acadiens entre la Péninsule acadienne et les Îles-de-la-Madeleine étaient fermés à la pêche. Certaines le sont seulement de façon temporaire. Elles pourraient rouvrir avant la fin de la saison, prévue le 30 juin. D’autres demeureront fermés à la pêche de différentes espèces jusqu’au 15 novembre.

Les crabiers acadiens fréquentent la zone 12. Même si elle est très vaste et couvre la majeure partie du sud du golfe, cela ne va pas dire qu’on y trouve les mêmes quantités de crabes des neiges partout.

«C’est devenu assez compliqué pour les pêcheurs. Il faut constamment déplacer les casiers. Quand ils ferment un quadrilatère, il faut retirer les casiers. Les pêcheurs vont ailleurs, mais les baleines sont déjà là. Les lieux où il y a du crabe sont de moins en moins nombreux et au final, les pêcheurs se trouvent tous au même endroit. C’est un véritable casse-tête pour les pêcheurs», dit Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels, basé à Shippagan.

Les baleines noires sont une espèce en voie de disparition. Il en reste environ 400 dans le monde, dont environ un tiers sont des femelles en âge de procréer. Le gouvernement fédéral a mis en place des mesures pour les protéger.

«Évidemment, on comprend ça, mais c’est difficile pour les pêcheurs. Ils sont stressés, inquiets et nerveux.»

Pour permettre aux pêcheurs de prendre la mer plus tôt et de devancer l’arrivée des baleines noires, Ottawa a multiplié les efforts cet hiver pour accélérer les travaux de déglaçage des eaux et des ports. Mais en raison de la pandémie, des voix se sont élevées pour reporter l’ouverture de la saison pour permettre aux usines de transformation de s’adapter aux nouvelles mesures de la Santé publique pour empêcher une éventuelle éclosion de COVID-19.

La saison s’est ouverte le 24 avril, quelques semaines plus tard que prévu.

Lents débuts

Pour les crabiers, les premières sorties sont cruciales, sauf que les choses ne se sont pas passés comme prévu cette année.

«Quand ça commence, normalement, les pêcheurs aiment revenir avec des bonnes prises. C’est peut-être plus difficile pour les usines, mais pour les pêcheurs, c’est rassurant, parce que ça leur donne un bon coup de départ. Si un pêcheur a un contingent de 300 000 livres, s’il peut revenir avec 75 000 livres lors de ses premières sorties, il peut envisager le reste de la saison avec une certaine aise. Mais cette année, ça n’a pas marché de même. Personne vraiment n’a fait de voyage mirobolant.»

Pour des raisons encore mystérieuses, le crabe des neiges était peu présent dans les eaux de la baie des Chaleurs à la fin avril.

«Quand on a commencé la pêche dans la baie, le taux de capture était très mauvais. Ça ne valait pas vraiment la peine. On nous dit là qu’il y a un certain retour et que les rendements sont meilleurs dans la baie. C’est une nouvelle positive. Pourquoi le taux de capture n’était pas bon au départ? On aura sans doute une explication plus tard de la part des scientifiques.»

Depuis ce temps, la situation s’est stabilisée. Les pêcheurs ont capturé environ 65% du contingent. Cette année, le total admissible des captures (TAC) dans la zone 12 s’élève à 27 203 tonnes pour l’ensemble du golfe, soit une baisse par rapport à 2019. L’an dernier, il a été fixé à 32 480 tonnes.

Un autre facteur est cependant en train de bouleverser les sorties de certains pêcheurs, soit la présence accrue de crabe blanc, du crabe avec une carapace molle.

«Les usines n’en veulent pas, les pêcheurs non plus. Ça ne vaut rien. Donc encore, les pêcheurs doivent déménager leurs casiers.»

Un peu de positif

Si les pêcheurs persistent, c’est possiblement en raison du fait que certaines craintes exprimées au début de la saison liées aux marchés ne se sont pas entièrement matérialisées.

La Chine, le Japon et les États-Unis figurent parmi les principales destinations d’exportation du crabe des neiges.

«On entend moins d’inquiétudes de ce côté, révèle Jean Lanteigne, directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels. Je pense que les producteurs vont écouler leurs prises au cours des prochaines semaines. Il ne semble pas avoir d’indications que les marchés sont saturés. S’il y a bien un élément de positif dans cette année de pandémie, c’est bien celui-là.»

Quant au prix offert aux pêcheurs pour leurs prises, il tournerait autour de 3$ la livre, soit moins que l’an passé.

Les préparations pour limiter une propagation potentielle de la COVID-19 se sont également avérées efficaces jusqu’à maintenant. Pour le moment, aucun cas n’a été signalé dans le milieu des pêches au Nouveau-Brunswick.