Énergie NB abandonne Maritime Iron

Énergie Nouveau-Brunswick ne collaborera pas avec Maritime Iron en vue de construire une usine de transformation de fer sur les rives de la baie des Chaleurs.

Selon une source proche du dossier, la société de la Couronne a annoncé sa décision aux promoteurs cette semaine en soulignant l’ampleur des risques financiers associés au projet.

L’Acadie Nouvelle a accepté de ne pas nommer cette source puisqu’elle n’était pas autorisée à parler publiquement du dossier.

Maritime Iron a confirmé la nouvelle dans un communiqué de presse, vendredi après-midi.

L’entreprise s’est dite «surprise» et «déçue» par la décision d’Énergie NB de «cesser les négociations sur un accord» qui aurait permis la réalisation du projet évalué à 1,5 milliard $ près du port de Belledune.

«Bien que plusieurs scénarios puissent être examinés plus en détail, la décision d’Énergie NB de suspendre les négociations signifie que nous serons privés d’une occasion de développement économique important pour la province», avancent les promoteurs de Toronto.

Le maire du Village de Belledune, Joe Noel, a confié avoir reçu un appel du président-directeur général d’Énergie NB, Keith Cronkhite, mercredi, pour lui expliquer sa décision.

«C’est à cause de la quantité d’investissements qu’ils devraient faire. Leur mandat est de garder les tarifs d’électricité bas», a indiqué M. Noel.

Le maire n’était pas en mesure de dire si le projet était toujours viable sur le plan économique sans la participation d’Énergie NB. Maritime Iron semble toutefois penser que oui.

«Nous demeurons convaincus qu’il existe de multiples façons de faire avancer ce projet au Nouveau-Brunswick. Nous sommes impatients de poursuivre ce travail.»

L’entreprise promet notamment de continuer à chercher «un engagement direct» de la part de la province du Nouveau-Brunswick, sans préciser la nature de cet engagement.

Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs n’a pas souhaité commenter la décision d’Énergie NB, vendredi.

Maritime Iron souhaitait que la société de la Couronne remplace la moitié du charbon utilisé à sa centrale thermique de Belledune par un sous-produit gazeux généré par la transformation du fer.

Sans la collaboration d’Énergie NB, Maritime Iron devra construire sa propre centrale électrique près de son usine pour brûler ce sous-produit gazeux.

Cette centrale pourrait répondre aux besoins en électricité de l’usine de transformation de fer en plus de produire 45 mégawatts d’électricité supplémentaire qui pourrait être vendue à Énergie NB.

Maritime Iron comptait aussi sur cette collaboration avec la société de la Couronne pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

Selon les documents soumis par l’entreprise au ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux, les activités de transformation de fer et de production d’électricité de Maritime Iron généreraient 3,8 millions de tonnes de GES par année.

L’intégration des activités de Maritime Iron et d’Énergie NB à Belledune permettrait à l’entreprise de réduire ces émissions d’environ un million de tonnes.

La société de la Couronne a cependant d’autres plans pour sa centrale au charbon.

Énergie NB souhaite négocier une entente d’équivalence avec le gouvernement fédéral afin de pouvoir opérer la centrale au-delà de l’échéancier fédéral fixé à 2030 pour éliminer la production  d’électricité au charbon.

En vertu de cette entente, Énergie NB réduirait dès maintenant sa consommation de charbon même si rien ne l’y oblige afin de pouvoir recourir à ce charbon inutilisé après 2030.

Le projet de Maritime Iron est sévèrement critiqué depuis ses débuts en raison de son bilan carbone.

Même en intégrant ses activités à celle de la centrale de Belledune, l’usine de transformation de fer deviendrait l’un des plus grands pollueurs de la province.

Le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr, a répété cette semaine que le projet empêcherait la province d’atteindre ses objectifs en matière de réduction des GES.

«Je pense que c’est risqué d’ajouter de nouvelles émissions. Nous serions alors loin d’atteindre nos objectifs», a constaté Jeff Carr, mercredi.

«Si nous ajoutons Maritime Iron, nous devrons réduire nos émissions ailleurs et en ce moment ça serait très difficile.»

Le projet a franchi récemment une étape préliminaire de l’étude d’impact sur l’environnement mené par le ministère de l’Environnement.

Le comité de révision technique chargé d’étudier la demande de Maritime Iron a terminé son examen initial et a renvoyé aux promoteurs un document de 43 pages contenant des demandes de renseignements supplémentaires pour mener à bien l’étude d’impact sur l’environnement.

Le ministre Carr s’est engagé à rendre bientôt public les questions du comité de révision technique.