Le projet de Maritime Iron trop onéreux pour Énergie NB

Le projet Maritime Iron aurait coûté des centaines de millions de dollars aux clients d’Énergie NB, selon le président-directeur général de la société de la Couronne.

Keith Cronkhite a expliqué, lundi, les raisons qui ont motivé la décision de la société de ne pas participer au projet de construction d’une usine de transformation de fer près du port de Belledune.

«Nous avons déterminé qu’il n’était tout simplement pas dans l’intérêt de nos clients de leur faire payer ces coûts», a-t-il indiqué au téléphone, lundi.

«C’est pourquoi nous avons fini par envoyer une notification à Maritime Iron pour les informer que nous ne pouvions pas poursuivre les discussions.»

Maritime Iron souhaitait vendre à Énergie NB un sous-produit gazeux issu du processus de transformation du fer afin que la société l’utilise comme combustible de remplacement pour une partie du charbon utilisé à sa centrale thermique de Belledune.

Sans avancer de montant exact, M. Cronkhite affirme que ce partenariat aurait coûté des «centaines de millions de dollars» à la société de la Couronne sur la durée de vie du projet.

Énergie NB aurait notamment dû investir dans des travaux d’infrastructure en plus des coûts d’opération et d’achat du gaz.

«Nous avons travaillé côte à côte avec Maritime Iron sur ce projet. Au bout du compte, quand on regarde les coûts et les bénéfices, on s’aperçoit que cela entraînerait malheureusement des coûts importants pour la centrale électrique.»

Maritime Iron devrait changer «significativement» son offre pour que le projet devienne viable pour Énergie NB, précise M. Cronkhite.

Selon les promoteurs de Maritime Iron, le projet d’une valeur de 1,5 milliard $ pourrait générer 1300 emplois directs durant la phase de construction, puis 200 emplois permanents.

Sans la participation de la société de la Couronne, l’avenir du projet pourrait être sérieusement menacé.

Le PDG d’Énergie NB reconnaît que l’économie du nord du Nouveau-Brunswick aurait bien besoin d’une initiative comme celle-là après plusieurs grosses fermetures du côté industriel.

«J’ai eu la chance de travailler à Belledune et Dalhousie dans les années 1990. Je connais très bien la région et certaines des fermetures qui s’y sont produites depuis», indique Keith Cronkhite.

«Au final, ma décision doit être à l’avantage de tous nos clients néo-brunswickois.»

Énergie NB espère conclure une entente d’équivalence avec Ottawa qui lui permettrait d’exploiter la centrale de Belledune au-delà de 2030, date à laquelle le gouvernement veut mettre fin à la production d’électricité au charbon partout au pays.

La société de la Couronne devrait en échange consentir à réduire immédiatement sa consommation de charbon à Belledune afin de pouvoir recourir à ce charbon inutilisé après 2030.

Selon M. Cronkhite, le partenariat avec Maritime Iron aurait pu compliquer énormément les plans d’Énergie NB en ce qui concerne les négociations avec le fédéral sur l’avenir de la centrale de Belledune.

Le ministre des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, Mike Holland, qui supervise la société, appuie la décision de son PDG au sujet de Maritime Iron.

«Ils ont suivi un processus rigoureux, ils ont pondéré les opportunités par rapport aux obstacles et ils ont finalement déterminé que cette proposition n’était pas viable sur le plan financier», résume M. Holland.

«J’ai le sentiment que l’intérêt des clients et des Néo-Brunswickois a toujours été au centre de ce processus et, par conséquent, je suis convaincu que la bonne décision a été prise.»

Maritime Iron a ignoré nos quatre demandes d’entrevue envoyées au cours des six derniers jours. Le groupe de Toronto a cependant publié un communiqué, vendredi, pour exprimer sa «surprise» et sa «déception» à l’égard de la décision d’Énergie NB.

Maritime Iron affirme être à toujours à la recherche d’un «engagement direct auprès du gouvernement du Nouveau-Brunswick» pour faire avancer son projet.

Mike Holland soutient que son gouvernement est encore ouvert à la discussion, mais pas à n’importe quel prix.

«J’admire l’esprit d’une entreprise qui souhaite aller de l’avant. Nous sommes ouverts à toute discussion sur d’éventuels débouchés, mais si vous commencez à parler d’intervention gouvernementale, il faut aussi prendre en considération l’intérêt des contribuables.»

Le député libéral de Bathurst-Ouest-Beresford, Brian Kenny, espère que le gouvernement ne laissera pas tomber le projet.

«De nombreuses personnes de ma circonscription espèrent que ce projet se réalisera, créera des emplois et entraînera des retombées dont on a grandement besoin», souligne-t-il.

«Bien que chaque projet doit être évalué selon ses mérites, nous pensons que le gouvernement provincial devrait examiner toutes les options favorisant la réalisation de ce projet», indique M. Kenny.

Le chef du Parti vert, David Coon, estime quant à lui que le gouvernement devrait transformer la région de Belledune en centre d’excellence sur les énergies renouvelables au lieu de favoriser un projet aussi polluant que Maritime Iron.

«C’est nécessaire de s’engager avec les leaders communautaires pour mettre en oeuvre une stratégie de développement économique du Nord, une stratégie verte.»

Fredericton devrait notamment miser sur le potentiel éolien de la région, en mer et comme sur la terre, ainsi que sur la production de biocarburant à partir des déchets de la pêche et de l’agriculture, propose M. Coon.