Mort de Chantel Moore: un bureau d’enquête sur les policiers au N.-B. «peu réaliste»»

L’idée de créer une agence provinciale indépendante chargée d’enquêter sur la police dans la foulée de la mort d’une jeune autochtone abattue par un policier suscite peu d’enthousiasme de la part du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Le Bureau des enquêtes indépendantes du Québec a été appelé en renfort la semaine dernière pour faire la lumière dans l’intervention policière qui a coûté la vie à Chantel Moore le 4 juin à Edmundston.

En 2015, c’est la GRC de la Nouvelle-Écosse a mené l’enquête sur la mort de Michel Vienneau qui est tombée sous les balles d’un agent de la Force policière de Bathurst.

Les corps policiers du Nouveau-Brunswick font appel à des agences de l’extérieur lorsqu’il est nécessaire d’enquêter sur leurs propres conduites parce que la province ne possède pas d’organisation indépendante pour s’occuper de ce genre de situation.

L’idée de créer une agence de ce type a été soulevée par le Parti libéral et le Parti vert, mardi, durant la première période de questions à l’Assemblée législative depuis la mort de Mme Moore.

«L’année dernière, il a été signalé que la province envisageait d’avoir sa propre unité de ce type. Est-ce toujours à l’étude ou le gouvernement est-il d’accord avec la façon de fonctionner à l’heure actuelle?», a demandé le chef de l’opposition officielle, Denis Landry.

«Nous restons dépendants des équipes d’intervention en cas d’incident grave d’autres provinces et sans intervention directe du ministre de la Sécurité publique, il pourrait s’écouler six mois ou plus avant que la famille de Chantel Moore et le public obtiennent des réponses à leurs questions sur la fusillade», a déploré le chef du Parti vert, David Coon.

Le ministre de la Sécurité publique, Carl Urquhart, et le premier ministre Blaine Higgs ont répondu chacun leur tour que la création d’une agence pour l’ensemble des Maritimes ou l’ensemble des Provinces atlantiques est une idée plus réaliste que celle de créer une nouvelle organisation unique au Nouveau-Brunswick pour enquêter sur la police.

«Je ne suis pas sûr que l’idée que le Nouveau-Brunswick ait son propre système soit la bonne réponse», a indiqué M. Urquhart.

À son avis, les incidents sérieux impliquant la police sont trop rares dans la province pour permettre à une agence dédiée seulement au Nouveau-Brunswick de posséder suffisamment d’expertise.

«Mais si nous disposions d’une équipe que nous pourrions utiliser dans les trois provinces des Maritimes, je pense que nous serions mieux servis.»

Denis Landry a également demandé au premier ministre de s’engager à rendre publics les résultats du travail du Bureau des enquêtes indépendantes du Québec sur la mort de Chantel Moore.

«C’est important que le public connaisse les faits au sujet de cette affaire. C’est également important de voir comment cela aurait pu être évité, afin que cela ne se reproduise plus au Nouveau-Brunswick.»

Le premier ministre Higgs a partagé son désir d’aller au fonds de cette affaire tout en demeurant prudent au sujet de ce qui pourrait ou non être rendu public.

«Je veux connaître les détails. Dans quelle mesure ils peuvent être rendus publics, je ne peux pas le dire pour l’instant», a-t-il dit.

«Mais le but de cette évaluation indépendante est d’aller au fond des choses dans tous les aspects de la situation afin de comprendre ce qui s’est passé, quelles en étaient les raisons, ce qui pourrait être atténué à l’avenir et ce qui pourrait être changé. J’espère que des recommandations en ressortiront pour nous aider à prendre une nouvelle direction.»

Une enquête sur le système judiciaire

David Coon est allé plus loin que son homologue libéral en réclamant une enquête plus large sur le traitement des Premières Nations par le système judiciaire et la police.

«Le résultat du processus judiciaire dans le cas de la mort de Brady Francis a profondément choqué la communauté Mi’kmaq qui a le sentiment que la justice n’a pas été rendue», a-t-il confié.

«La famille de Chantel Moore mérite des réponses concrètes à savoir comment il est possible que Chantel soit morte aux mains d’un policier. Il faut prendre les mesures pour changer nos institutions et nos pratiques. Une enquête publique permettra d’identifier et de corriger les failles», selon M. Coon.

Le corps inanimé de Brandy Francis, un autochtone âgé de 22 ans, a été retrouvé sur le bord de la route à Saint-Charles-de-Kent en février 2018.

L’automobiliste qui avait été accusé dans cette affaire a été trouvé non coupable en avril.

Selon la juge au procès, la Couronne n’a pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable que Maurice Johnson a frappé Brady Francis avec son véhicule ou qu’il ne savait pas qu’il avait frappé un être humain et pas un animal.