Descendre la rivière en période trouble, le pari d’Arpin Canoe Restigouche

Comme c’est le cas pour la vaste majorité des entreprises touristiques, Arpin Canoe Restigouche de Kedgwick devra se contenter cette saison de la clientèle provinciale. Mais jusqu’à présent, elle semble être heureusement au rendez-vous.

Les premiers clients doivent arriver jeudi, jour de grande ouverture pour l’entreprise écotouristique du Restigouche-Ouest. Ouverture qui survient avec pratiquement un mois de retard au calendrier habituel. Bien évidemment, cette situation est liée directement à la pandémie de la COVID-19 et de toutes les conséquences qu’elle apporte.

«On a décidé de reporter notre ouverture de quelques semaines afin de voir comment ça allait se passer avec les différentes phases de déconfinement et pour faire certains ajustements. Là, on est fin prêt», affirme la propriétaire des lieux, Marie-Christine Arpin, impatiente de se jeter à l’eau, ou plutôt de jeter ses premiers canots à l’eau.

La propriétaire de Arpin Canoe Restigouche, Marie-Christine Arpin. – Archives

Mais la saison 2020 écopera, c’est assuré. Environ 50% de sa clientèle habituelle provient de l’extérieur de la province. Du Québec en grande partie, mais aussi du reste du Canada, des États-Unis ainsi que d’un bon nombre d’Europe. Cette fois, et à moins d’un revirement majeur, pratiquement 100% de sa clientèle sera néo-brunswickoise.

«On avait beaucoup de réservations de l’extérieur et il a malheureusement fallu appeler ces gens pour leur dire que ça ne fonctionnerait pas en raison de la situation aux frontières. C’est le genre d’appels qu’on déteste effectuer», avoue l’entrepreneure.

En raison de la COVID-19, l’entreprise Arpin Canoe Restigouche devra ramer cette saison avec une clientèle touristique uniquement provinciale. – Gracieuseté

En temps normal, l’entreprise restigouchoise envoie en canot ou en kayak de 250 à 300 personnes par semaine, que ce soit sur la rivière Restigouche ou l’une ou l’autre de ses tributaires. Cet été, en raison de la fermeture des frontières et des mesures de distanciations physiques, ce nombre va chuter de façon drastique.

«On parle davantage d’une quarantaine à une cinquantaine seulement», compare Mme Arpin.

– Archives

La raison de cette baisse de canoteurs n’est toutefois pas liée au manque d’intérêt des clients. Le carnet affiche pratiquement complet tous les week-ends jusqu’en août. C’est plutôt une question de logistique, le transport des touristes jusqu’aux différents cours d’eau. Se faisant par autobus, le nombre de places est désormais passablement limité en raison de la COVID-19. Dix personnes maximum par voyage.

«Il a fallu s’ajuster, modifier nos autobus pour assurer les deux mètres de distance. Ç’a chamboulé nos opérations, parce qu’on ne peut plus emporter autant de personnes à la fois. Et cela a un coût», dit-elle, ajoutant avoir dû couper certains services, mais aussi des dépenses comme le loyer, certains forfaits et les employés. Des décisions difficiles, mais qui s’imposaient, selon Mme Arpin.

«Nous ne sommes pas seuls dans cette situation. Pratiquement toutes les entreprises touristiques de la province sont dans le même bateau que nous. Même que pour certaines, la situation est pire que la nôtre. Ce n’est vraiment pas l’idéal, mais on devrait s’en sortir et arriver à la fin de l’année kif-kif, ce qui est déjà bien compte tenu des circonstances», estime-t-elle, notant au passage l’importance du tourisme local, particulièrement en ce moment où c’est encore plus difficile pour les opérateurs.

«C’est essentiel. Heureusement, les gens de la province sont au rendez-vous jusqu’ici chez nous. On reçoit beaucoup d’appels de familles n’ayant jamais tenté l’expérience et là, puisqu’ils ne peuvent quitter le Nouveau-Brunswick, elles cherchent des endroits à explorer dans leur coin de pays. C’est d’ailleurs le moment idéal pour découvrir ou redécouvrir notre province», croit Mme Arpin.