Éclosion du Restigouche: le Dr Ngola demande des excuses publiques à Blaine Higgs

Le Dr Jean Robert Ngola, qui est lié à l’éclosion du Restigouche selon les autorités, demande des excuses publiques à Blaine Higgs. Il estime qu’il a été traité injustement et qu’il est victime de racisme.

L’avocat du Dr Ngola, Me Joël Étienne, fait cette demande dans une lettre au premier ministre, datée du 9 juin et dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie. Il souhaite aussi que Blaine Higgs en appelle «personnellement et publiquement à la civilité et au respect».

Il demande que son client, qui est présentement suspendu par le Réseau de santé Vitalité, soit réintégré immédiatement dans ses fonctions «sous réserve bien entendu d’un bon état de santé» (puisqu’il a récemment contracté le nouveau coronavirus).

Dans la missive de 14 pages, cet avocat – qui est basé à Toronto mais qui est originaire du Nouveau-Brunswick – affirme qu’il n’y a «aucune preuve crédible pour démontrer» que son client est le «patient zéro» de l’éclosion qui s’est déclarée le mois dernier dans le Restigouche (voir l’encadré).

Il allègue que son cabinet a retenu les services d’un enquêteur privé et que ce dernier a mis la main sur des éléments de preuve qui «montrent plutôt que le Dr Ngola n’aurait pas pu» être le responsable de l’éclosion.

Me Étienne reconnaît que son client ne s’est pas auto-isolé à son retour d’un voyage au Québec.

Mais il explique que le déplacement, qui visait à aller chercher sa fille de 4 ans (dont la mère avait dû s’absenter en raison d’une tragédie familiale) a été fait rapidement et avec des contacts minimaux avec d’autres personnes.

De plus, il argumente que de nombreux autres professionnels de la santé ont fait des déplacements au Québec et qu’ils ne se sont pas isolés à leur retour.

Selon lui, «la seule conclusion qui soit disponible» est que le Dr Ngola a «été infecté au Nouveau-Brunswick par un patient ou un collègue.»

L’avocat du médecin affirme que le premier ministre a fait des «commentaires destructeurs» de «style Trumpien (sic)», lors de son point de presse du 27 mai, lorsqu’il a affirmé que son client avait été «irresponsable» et que son dossier avait été remis à la GRC.

«N’est-il pas juste de penser que vous avez agi en tant que juge, jury et bourreau? Vos partisans et le grand public ont été essentiellement invités à exécuter le Dr Ngola sur les réseaux sociaux et l’ont jugé coupable sans même avoir eu un procès officiel», affirme-t-il.

Il affirme qu’en tant que minorité visible (le Dr Ngola est Noir), son client «a été injustement ciblé» par Blaine Higgs «d’une manière que ses homologues non racialisés n’ont pas connue.»

L’Acadie Nouvelle a tenté de recueillir les commentaires de Blaine Higgs, mercredi en début de soirée. Nos démarches n’ont pas porté leurs fruits avant l’heure de tombée.

Voici la lettre en question:

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L’éclosion du Restigouche en bref 

Une éclosion de la COVID-19 s’est déclarée le mois dernier dans le Restigouche. Depuis, plusieurs nouveaux cas confirmés ont été répertoriés, la région est de retour dans la phase orange de déconfinement et une personne est décédée.

Quelques jours après l’éclosion, le gouvernement provincial a affirmé que les nouveaux cas étaient «liés» à un «professionnel de la santé» qui ne s’était pas auto-isolé à son retour d’un voyage au Québec. Le Réseau de santé Vitalité a ensuite indiqué qu’elle avait suspendu cette personne.

Très rapidement, le nom et la photo de la personne ont circulé dans les réseaux sociaux. Elle a été la cible de nombreux commentaires racistes et xénophobes.

Le Dr Jean Robert Ngola a confirmé être le professionnel de la santé en question, quelques jours plus tard, en entrevue avec Radio-Canada.