Le Restigouche est victime de discrimination, selon ses maires

Les maires du Restigouche dénoncent avec vigueur le traitement réservé à leur région depuis la récente éclosion de la COVID-19.

Des patients du Restigouche qui se voient refuser des services médicaux ou l’entrée de commerces à l’extérieur de leur zone… Le gouvernement maintient toute la région en phase orange alors que l’éclosion est contenue à un seul établissement…

Les maires du Restigouche en ont gros sur le cœur. Plutôt discrets jusqu’ici, ces récents événements ont eu raison de leur patience.

Les dernières semaines ont été très difficiles pour la région. Non seulement a-t-elle dû composer avec une éclosion de la COVID-19 – ainsi que le tout premier décès de la province lié à ce virus –, voilà que sa population est pratiquement victime de discrimination de la part des autres régions de la province. C’est dû moins le constat auquel en arrivent les maires à la suite des nombreux témoignages de citoyens qui se sont aventurés hors des frontières de la zone 5.

«Les messages que l’on reçoit d’ailleurs, ce ne sont pas des encouragements», exprime le président du Forum et maire de Balmoral, Charles Bernard.

Brandissant une liste de certains établissements des régions voisines qui ont refusé des clients restigouchois ou refusé de dispenser de services médicaux, M. Bernard s’interroge.

«Est-ce qu’on va laisser mourir le Restigouche simplement parce qu’on pense que tout le monde ici à la COVID-19? Le gouvernement doit entreprendre immédiatement des actions afin de rétablir la situation», lance-t-il.

Selon les élus restigouchois, le moment n’est pas à la stigmatisation des habitants de la Zone 5, les éclosions faisant partie de la nouvelle réalité mondiale.

«Cette folie provinciale doit cesser. Il n’y a aucune raison pour que le Restigouche soit considéré comme une zone sinistrée. Le virus est sous contrôle, on en connaît la source, et plus de 5000 personnes ont été testées et sont sorties négatives. Est-ce qu’on peut revenir sur la Terre un instant?», lance-t-il à l’endroit de ceux qui ferment la porte aux nez des gens de sa région.

Son confrère, le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, abonde dans le même sens.

«Je trouve ça terrible de voir comment le reste de la province nous traite en ce moment. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes aux prises avec une éclosion, demain ça pourrait être n’importe quelle autre région. On ne s’en sauvera pas comme ça, et pointer du doigt une région, discriminer sa population, ça ne sert absolument à rien sinon qu’à créer des tensions et des divisions», estime-t-il.

Le maire de Balmoral rappelle que la médecin hygiéniste en chef, la Dre Jennifer Russell, n’a jamais interdit aux gens du Restigouche de se déplacer ailleurs en province.

Le maire de Balmoral et président du Forum des maires du Restigouche, Charles Bernard – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

«Elle m’a personnellement confirmé que l’on peut se déplacer à moins d’avoir été formellement mis en isolement préventif. On a donc les mêmes droits que tous les autres citoyens, pourvu que nous respections les règles établies. Et ces règles sont d’ailleurs valables pour tous les citoyens, peu importe leur région», souligne M. Bernard.

Selon lui, cette situation est d’autant plus déplorable que le Restigouche a toujours fait preuve d’une solidarité sans retenue envers les autres régions de la province lorsque celles-ci ont traversé des épreuves.

«On est là pour les autres, mais quand ça vient à notre tour, on est vite oublié. C’est très frustrant», clame-t-il.

Déconfinement et frontières

Sans revendiquer la remise immédiate du Restigouche dans la phase jaune, ses élus invitent le gouvernement provincial à étudier sérieusement cette avenue.

«À mes yeux, oui, nous devrions être dans la même phase de déconfinement que le reste de la province. Il n’y a aucune raison qui justifie de nous garder en arrière. Comme partout ailleurs, nous suivons les consignes et protocoles. On a le droit aussi au déconfinement», estime le président du DSL de Glen Levit, Brad Mann.

Il a par ailleurs eu des mots plutôt durs à l’endroit des députés provinciaux locaux qui, selon lui, brillent par leur absence jusqu’ici.

«On ne les entend pas défendre les intérêts de notre région. Ce sont des fantômes. Il est grandement temps qu’ils se lèvent et qu’ils se battent pour leurs citoyens», dit-il.

Les maires vont même plus loin. Jusqu’ici divisés sur la question de l’ouverture de la frontière avec la Gaspésie, ceux-ci affirment maintenant être plus ouverts que jamais à la création d’une bulle avec la communauté voisine d’Avignon-Ouest (Pointe-à-la-Croix, Listuguj et Matapédia).

«Si on accepte que des gens traversent la province pour se rendre à l’Île-du-Prince-Édouard, je ne vois pas pourquoi on empêcherait nos voisins de l’autre côté de la rivière (en Gaspésie) de venir ici. Ce serait très facile à contrôler. Au lieu de ça, on bloque tout et on tue notre économie à petit feu», déplore M. Bernard.

«Il faut réaliser que le virus est ici pour rester. Au départ j’étais craintif, car je suis moi-même asthmatique. Mais, rendu à ce point-ci, je dis ouvrons nos frontières et apprenons à vivre avec le virus», renchérit pour sa part son collègue de Dalhousie, Normand Pelletier.