Racisme systémique: le ministre des Affaires autochtones veut une enquête

Le ministre des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick soutient la demande des chefs autochtones pour une enquête sur le racisme systémique au sein de la police et du système judiciaire.

Jake Stewart a promis mercredi qu’il tenterait de convaincre ses collègues du cabinet de l’importance de mener cette enquête parallèlement au travail du Bureau des enquêtes indépendantes du Québec (BEI) sur la mort de Chantel Moore qui a été tuée par un policier la semaine dernière à Edmundston.

«Je dis cela avec un peu de honte et un peu de choc, mais j’ai parfois été confronté au racisme systémique qui existe dans notre province à l’égard des personnes autochtones», a confié M. Stewart.

«C’est sous-entendu. C’est très subtil ici. C’est différent du racisme apparent que nous voyons de l’autre côté de la frontière.»

Les chefs wolastoqey du Nouveau-Brunswick ont lancé un appel au gouvernement provincial la semaine dernière pour la création d’un comité indépendant chargé d’examiner les «préjugés systémiques» à l’encontre des populations autochtones dans les systèmes de police et de justice pénale au Nouveau-Brunswick.

Ils ont fait cette demande au lendemain de la mort de Mme Moore, une autochtone de 26 ans.

L’enquête indépendante sur les agissements de la police dans cette affaire n’est pas suffisante, affirment les leaders autochtones.

«Les circonstances de la mort de Chantel Moore sont tragiques, mais ces problèmes systémiques sont plus profonds que cela. Seul un processus véritablement indépendant donnera à la population l’assurance que l’enquête a été menée de manière complète et équitable», ont indiqué les chefs dans un communiqué de presse, mercredi.

Ils demandent au gouvernement de nommer à la fois des experts autochtones et des experts juridiques pour superviser cette enquête.

«Les non autochtones n’ont tout simplement pas l’expérience nécessaire pour mener une enquête impartiale sur de telles questions», disent-ils.

Le ministre Stewart soutient qu’une enquête sur le racisme systémique peut avoir lieu en même temps que l’investigation du BEI sur la mort de Chantel Moore.

«Je soutiens l’enquête sur le racisme systémique, absolument. J’ai une voix à la table du cabinet et je ferai en sorte que cette voix soit (entendue) très clairement.»

Jake Stewart devra notamment convaincre le chef de son parti, le premier ministre Blaine Higgs, de la nécessité de tenir une enquête sur le racisme systémique.

Durant la période de questions, M. Higgs n’a pas écarté complètement cette possibilité tout en insistant fortement sur l’importance de laisser d’abord le BEI faire son travail.

«Comme pour toute perte de vie, c’est extrêmement regrettable, mais cela ne signifie pas que tout le système est brisé. Cela signifie que quelque chose a très sérieusement mal tourné cette nuit-là. C’est pourquoi l’enquête indépendante (du BEI) est en cours», a-t-il répondu à une question de la députée libérale Lisa Harris.

«Si cela conduit à d’autres questions et préoccupations, alors il faudra absolument aller jusqu’au bout et comprendre exactement ce qu’il faut faire, car trop de situations se produisent qui ne peuvent être rationalisées ou justifiées. Mais est-ce que c’est le cas ici? J’espère que nous le saurons dans les mois à venir.»

Lorsqu’un journaliste lui a posé directement la question sur l’existence du racisme systémique au Nouveau-Brunswick en point de presse un peu plus tard, Blaine Higgs n’est pas allé jusqu’à répéter ces mots. «Avons-nous un problème au Nouveau-Brunswick? Probablement», a-t-il répondu.

«Je pense qu’il est vraiment important que nous mettions tous les faits sur la table pour comprendre très clairement comment nous pouvons commencer à traiter les problèmes qui conduisent ou encouragent la discrimination et les préjugés sous quelque forme que ce soit, car c’est totalement inacceptable de nos jours.»