La Ville de Caraquet fait la promotion sur Facebook d’une conférence anti-5G

Que sait-on exactement de la technologie de télécommunication 5G? Est-ce sécuritaire? Est-ce plutôt dangereux pour la santé? Quel est son impact sur l’environnement? Vient-elle bousculer la protection de la vie privée?

Un groupe de citoyens préoccupés par la possibilité de voir apparaître ces tours de communication dans le paysage de la Péninsule acadienne s’est mobilisé et prévoit organiser certaines activités d’information, la première étant une conférence virtuelle présentée au Centre plein air de Caraquet, dimanche, à 14h.

Pour l’occasion, deux spécialistes de cette question échangeront par l’entremise des réseaux sociaux avec les participants, limités à 50 en raison des restrictions de la Santé publique par rapport à la pandémie de la COVID-19.

Ce sont Dr Paul Héroux, chercheur à l’Université McGill de Montréal spécialisé sur les effets des ondes électromagnétiques sur la santé, et Jean Hudon, cofondateur de la Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique et initiateur de la campagne Stoppons la 5g vivons sans danG.

Ces deux intervenants sont dans le camp anti-5G, tout comme le groupe citoyen qui organise cette discussion. Les propos risquent donc de s’orienter dans un seul sens. La porte-parole Anne Doiron invite quelqu’un en faveur de cette technologie à se présenter sur les lieux afin que les gens puissent se faire une idée la plus neutre possible de ce dossier.

«Nous considérons que c’est un enjeu critique», estime celle qui a également invité des organisations et des politiciens de la région à cette rencontre.

La Ville de Caraquet a donné un coup de main à la promotion de l’événement, en l’affichant sur sa page Facebook. Cette contribution en a surpris plus d’un et a laissé entendre que la municipalité avait déjà un parti pris dans cette histoire. Mais pour l’instant, il s’agit du seul engagement pris par la municipalité et il ne faut pas voir plus loin, tient à préciser le maire Kevin Haché, qui sera sur place pour entendre ce qu’auront à dire les conférenciers et les participants.

«C’est un dossier trop embryonnaire pour nous. Nous ne savons pas la position du Nouveau-Brunswick et ça demeure un dossier fédéral. Et même si Caraquet déciderait qu’elle ne veut pas de ces tours, peut-être que le village de Bertrand en voudra. On va attendre et je vais aller écouter. On ne connaît pas grand-chose du 5G. C’est comme si on me parlait d’une opération à coeur ouvert. On a passé du 3G au 4G et personne n’a vu la différence. Est-ce que serait pareil avec le 5G? Personne ne le sait», a commenté le maire.

Pour Anne Doiron et son groupe, leur position est déjà déterminée de s’opposer à cette technologie, notamment parce que les personnes en faveur n’ont pas une argumentation assez solide pour contrebalancer les études et les recherches.

Pourtant, certaines études d’organisations telles Santé Canada affirment que c’est sans danger. Quatre villes du pays – Vancouver, Toronto, Ottawa et Montréal – ont accepté de recevoir cette technologie de la compagnie Rogers, qui a déjà confirmé que son réseau sera étendu à plus de 20 autres marchés en 2020. Elle prévoit la sortie d’appareils compatibles avant la fin de l’année.

L’entreprise nationale prétend que le 5G dispose d’une vitesse de connexion capable de télécharger un film sur un smartphone en quelques secondes. Elle offre également la possibilité aux entreprises de gérer des usines dites «intelligentes» en utilisant des robots ainsi que des appareils et des capteurs connectés.

«Ces gens se basent sur le doute scientifique et que peut-être que le 5G est sans danger, réfléchit-elle. Mais ça manque de preuves. De notre côté, il nous manque peut-être aussi des preuves concluantes malgré toutes les études qui parlent de risques importants. Mais d’ici à ce que d’autres recherches soient publiées, nous adoptons un principe de précaution.»

Comme le dossier des télécommunications est de compétences fédérales, rien n’empêcherait une compagnie d’installer ces tours sur des territoires ou des bâtiments non couverts par les municipalités.

«C’est un dossier controversé et chaud, mais encore peu connu et peu discuté sur la place publique, reconnaît Mme Doiron. On commence par cette conférence. C’est un point de départ. Nous établirons ensuite notre stratégie pour nos prochaines interventions. Notre but est de créer un mouvement péninsulaire, parce que l’union fait la force. Mais on sait que ça va prendre une énorme mobilisation si on veut faire reculer le gouvernement canadien là-dessus.»

La porte-parole mentionne notamment ses préoccupations en matière de santé et d’environnement, sans oublier le droit à la vie privée. Elle prévient les amateurs de la théorie du complot – dont celui qui veut que le 5G ait apporté la COVID-19 – n’ont pas leur place à cette période d’échanges.