La récession américaine menace le N.-B.

Le président du Groupe Savoie, Alain Bossé s’inquiète au plus haut point. Les États-Unis se débattent avec la pandémie de COVID-19, entrent en récession et pourraient choisir des mesures de relance protectionnistes. Or, le cadre rappelle que son entreprise forestière dépend de l’économie américaine.

«Les Américains sont dix fois plus nombreux que nous et sont nos voisins. Ils forment un marché naturel pour les Canadiens. Nous avons toujours la possibilité d’exporter ailleurs, mais c’est moins facile», s’alarme-t-il.

M. Bossé indique que le Groupe Savoie effectue environ 25% de ses ventes aux États-Unis. L’entreprise y exporte des éléments d’armoires, du bois de palettes de manutention et des combustibles de chauffage sous forme de granules.

Les exportateurs néo-brunswickois ont effectué dans l’ensemble plus de 90% de leur chiffre d’affaires à l’export chez leurs voisins du sud en janvier (75% pour ceux de l’ensemble du pays), selon Statistique Canada.

Les exportations vers les États-Unis baissent

«Des relations commerciales plus diversifiées seront essentielles pour assurer la résilience des Canadiens», ont souligné dans The Conversation deux universitaires, Philippe Lagassé et Srdjan Vucetic.

Ils ont remarqué que les États-Unis rencontraient des difficultés à gérer la pandémie de COVID-19.

Le pays est en outre entré en récession en février, mettant 43 millions de ses citoyens au chômage en deux mois et demi, selon l’AFP.

Résultat, la valeur des exportations néo-brunswickoises vers les États-Unis a diminué de 40% en avril, selon Statistique Canada.

M. Lagassé et M. Srdjan ont de plus évoqué la possibilité que le président Donald Trump fasse des choix protectionnistes dans sa potentielle politique de relance économique. Ils ont par exemple rappelé les tarifs douaniers de plus de 20% que Washington a imposé sur les prix du bois d’œuvre canadien en 2017.

Depuis 2012 au moins, le gouvernement du Nouveau-Brunswick est conscient de la nécessité de diversifier ses marchés d’exportation à l’étranger, selon un plan d’action économique publié cette année-là.

Les exportateurs diversifient leurs marchés

«Les événements récents ont démontré que la chute soudaine d’une devise, une crise économique prolongée ou un changement de politique commerciale internationale peuvent présenter des défis importants aux entreprises de la province», ont écrit ses auteurs à propos des conséquences du krach boursier de 2008.

L’économiste David Campbell a remarqué depuis quelques années une augmentation des exportations de pâte à papier vers l’Inde, de fruits de mer vers la Chine et de métal recyclé vers la Turquie, par exemple.

L’une des entreprises néo-brunswickoises qui ont le mieux réussi à diversifier leurs marchés est la compagnie Prelam, à Moncton.

Elle génère 30% de revenus en vendant ses désodorisants au Chili, en Indonésie, en Irlande, au Mexique, etc.

«Nous ne dépendons ni de nos exportations, ni de nos ventes intérieures», se félicite son cofondateur, Luc Jalbert.

L’entrepreneur raconte avoir participé à de nombreuses foires commerciales dans le monde entier avant de profiter de cette situation.

«Le problème pour une PME, c’est que ça coûte très cher, prévient-il. Mais les clients potentiels achètent beaucoup. C’est un risque calculé.»

Opportunités NB soutient les entreprises

Pour aider les autres entrepreneurs de la province à suivre cette voie, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, a annoncé en janvier l’ouverture de bureaux de développement économique en Europe et en Inde.

La crise sanitaire a ralenti leur établissement, selon l’agente des communications d’Opportunités NB, Autumn Lawrence. Elle fait toutefois valoir le soutien qu’a procuré la société d’État provinciale à 37 exportateurs qui participeront à des missions et à des salons professionnels virtuels. Opportunités NB a aussi organisé une série de téléconférences à propos des occasions d’affaires en Europe.

«Les États-Unis attirent une grande majorité de nos exportations et c’est un problème pour le gouvernement, observe M. Campbell. Toutefois, ce qu’il ne dit pas, c’est que nous exportons autant vers les autres provinces du Canada qu’à l’international.»

Des entrepreneurs qui s’inquiètent du protectionnisme

Tout en encourageant le gouvernement du Nouveau-Brunswick à continuer de diversifier ses marchés d’exportation à l’étranger, l’économiste lui conseille donc de se rappeler l’importance du marché canadien.

M. Bossé souligne néanmoins la faible importance de ce débouché pour le bois d’œuvre, par exemple. Le président du Groupe Savoie ajoute par ailleurs que les coûts de transports posent problème pour les produits à faible valeur ajoutée (comme le bois de palette de manutention). Il en conclut qu’une partie de l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick est dépendante de l’économie américaine.

«Le protectionnisme, il y en a toujours eu et il y en aura toujours, philosophe-t-il. Mais ça nous inquiète énormément. Je crois qu’il est important de maintenir des relations diplomatiques avec nos voisins et de trouver des terrains d’entente avec eux.»