Péninsule acadienne: le projet de taxe sur l’hébergement mis en veilleuse

Nouvelle victime collatérale de la COVID-19, le projet d’instaurer une taxe sur l’hébergement dans la Péninsule acadienne est mis en veilleuse.

La question d’un ajout d’un frais de 3,5% par nuit aux visiteurs ne faisait pas nécessairement l’unanimité en temps normal dans la région. Cependant, plusieurs municipalités avaient accepté de collaborer en adoptant un arrêté permettant ce prélèvement. L’objectif était de débuter le 1er avril.

L’argent ainsi recueilli – une estimation de plus de 200 000$ par année selon un taux d’occupation estimé à 43% – aurait été placé dans un fonds de promotion et de marketing, en remplacement des subventions désormais retirées par le gouvernement provincial dans ses efforts de compressions budgétaires.

Sauf qu’en raison de la pandémie, l’implantation de cette taxe ne figure plus dans les priorités de l’Office du tourisme de la Péninsule acadienne. Elle bien d’autres chats à fouetter en ce moment devant une saison qui s’annonce particulièrement difficile.

Lundi, les élus de la Municipalité régionale de Tracadie ont décidé qu’il «n’était pas approprié» d’appuyer une telle mesure «dans un contexte où ce sera difficile de vivre, voire de survivre», pour leurs opérateurs locaux. Plus tôt cette année, ils avaient même proposé une contribution volontaire à cette initiative.

La Ville de Caraquet avait également attendu avant d’adopter cet arrêté. Elle voulait donner la chance à ses entrepreneurs locaux en hébergement, dont plusieurs s’opposaient à cette taxe, de s’expliquer. La COVID-19 est venue freiner le processus.

Des opérateurs de la municipalité ont récemment réclamé l’aide de la municipalité et du gouvernement Higgs en cette période de crise. Ils exigent des congés et des assouplissements de leurs taxes foncières et de services d’eau et d’égout.

Ils affirment également que l’aide fédérale – une subvention de 75% pour couvrir les salaires des employés et des prêts sans intérêt pouvant atteindre 40 000$ pour les petites et moyennes entreprises – ne suffira pas à traverser cette pandémie.

Les annulations de réservation venant des clients québécois s’empilent à la tonne, au point où certains commerçants de Caraquet prévoient ne pas ouvrir leurs portes cet été.

La Ville de Lamèque entend quand même aller de l’avant avec le principe de la taxe, alors que Shippagan a déjà voté en faveur. Même le village de Paquetville, qui ne compte pourtant aucun centre d’hébergement, a appuyé l’idée.

54 lieux d’hébergement

La Péninsule acadienne compte 54 lieux d’hébergement totalisant 2020 unités (dont 1600 dans les terrains de camping). De ce nombre, Caraquet en compte le plus, avec 11, contre sept à Tracadie, cinq à Bertrand et trois à Maisonnette. Lamèque et Shippagan en ont un chacun.

Il y en a 20 dans les DSL, à qui on demandera une contribution volontaire. Les quelque 240 aires AirBnB de la région ne sont pas incluses.

«Nous ne mettrons pas cette taxe en place tant que nous n’aurons pas une entente péninsulaire, a exprimé le directeur de l’OTPA, Yannick Mainville. Pour l’instant, nous n’avons pas cette discussion, parce que notre priorité est d’aider nos opérateurs à passer à travers cette crise. C’est pourquoi on va prendre une pause dans le dossier de la taxe d’hébergement.»

Les pourparlers ne reprendront pas avant l’automne au plus tôt, et peut-être pas avant 2021, poursuit le porte-parole.

M. Mainville souhaite que le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture réponde sous peu aux doléances de l’industrie de l’hébergement. Il donne l’exemple du Québec, qui a remboursé la taxe des trois premiers mois de l’année aux hôteliers afin de leur venir en aide financièrement.

«Nous travaillons le plus fort possible afin d’amener des gens dans la Péninsule acadienne et faire augmenter le nombre de réservations d’hébergement», assure Yannick Mainville.