Higgs a refusé de s’engager à une enquête publique, selon les chefs autochtones

Le gouvernement provincial promet de l’action aux chefs autochtones sur le plan de la discrimination systémique, mais sans aller jusqu’à s’engager à déclencher une enquête publique sur la question.

Le premier ministre Blaine Higgs et quatre de ses ministres ont participé à une vidéoconférence d’un peu moins de deux heures, mercredi matin, avec les chefs des Premières Nations du Nouveau-Brunswick.

La réunion qui était déjà prévue a pris une nouvelle importance à la suite de la mort de Chantel Moore et Rodney Levi, deux autochtones abattus par la police dans la province à huit jours d’écart.

Les représentants du gouvernement se sont réjouis du déroulement de la rencontre virtuelle malgré la déception de certains chefs.

Ils ont partagé avec les élus des Premières Nations leur volonté de créer un groupe de travail pour étudier toutes les recommandations qui ont déjà été faites et qui n’ont jamais été mises en oeuvre en matière de racisme systémique contre les autochtones.

Selon Fredericton, environ 800 recommandations pour améliorer le sort des autochtones ont été émises au pays par différentes commissions au cours des 25 dernières années et moins de 15% ont été suivies.

«Je comprends qu’elles ne s’appliqueront pas toutes, mais il doit certainement y en avoir que l’on pourrait mettre en oeuvre», a expliqué Blaine Higgs, après la rencontre.

«Pourquoi ne pas examiner toutes les choses qui ont été faites dans le passé et combien nous pouvons en mettre en œuvre pour apporter un véritable changement et améliorer les choses?»

«Pourquoi dupliquer ce qui a peut-être déjà été étudié?»

M. Higgs souhaite que ce groupe de travail arrive rapidement avec une dizaine de recommandations qui pourraient être mises en oeuvre immédiatement afin d’améliorer la vie des autochtones et leur donner confiance dans la police et le système de justice pénale.

«Je veux traiter de vraies questions et le faire en temps opportun. Mon engagement était très clair. Faisons quelque chose de positif pour la communauté autochtone.»

Ce groupe de travail pourrait être coprésidé par un autochtone et un blanc, a suggéré le premier ministre.

Les chefs mécontents

Certains chefs autochtones sont sortis très mécontents de leur réunion avec Blaine Higgs et ses ministres.

Les six chefs de la nation Wolastoqey se sont dits «très déçus» de la réponse du

premier ministre au sujet de leur demande de tenir immédiatement une enquête publique sur le racisme systémique contre les autochtones dans le système de justice pénale et la police.

«Nous avons réitéré notre appel en faveur d’une enquête indépendante sur ces problèmes, qui serait dirigée par des autochtones et dont les délais seraient courts pour garantir une action rapide», ont-ils indiqué dans un communiqué de presse.

«Notre peuple a participé à des enquêtes nationales et nous avons entendu les paroles prononcées par les gouvernements, et nous en revenons toujours au même point que ces dernières semaines. Il faut passer à l’action dès maintenant.»

Les neuf chefs de la nation Mi’gmaq espèrent quant à eux que le Nouveau-Brunswick acceptera d’agir dès maintenant dans certains domaines tout en allant de l’avant avec une enquête publique.

«Nos priorités comprennent notamment la nécessité de trouver des alternatives autochtones à la police dans nos communautés et l’amélioration de l’aide à ceux qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de violence générationnelle.»

Les Mi’gmaqs ont aussi l’intention de présenter au gouvernement une liste de changements qui pourraient être effectués immédiatement dans le système judiciaire.

Leurs propositions ne devraient toutefois pas servir de remplacement à une enquête comme celle réclamée par leurs confrères Wolastoquey, ont-ils affirmé par voie de communiqué.

«Il existe des problèmes systémiques spécifiques au Nouveau-Brunswick qui ne pourront être résolus tant qu’une partie indépendante n’aura pas examiné le système dans cette province. Sinon, nous risquons que les ministères, les gouvernements et les citoyens nient cette discrimination.»

Blaine Higgs a assuré qu’il ne fermait pas la porte à une enquête indépendante «si nous constatons qu’il y a encore des lacunes» après l’examen du groupe de travail qu’il entend créer pour étudier les recommandations précédentes sur le sujet.

Le gouvernement et les chefs autochtones ont rendez-vous à nouveau dans deux semaines.

Chantel Moore, âgée de 26 ans, de la première nation de Tla-o-qui-aht, en Colombie-Britannique, est tombée sous les balles d’un officier de la Force policière d’Edmundston, le 4 juin. Rodney Levi, âgé de 48 ans, de la première nation Mi’kmaq de Metepenagiag, près de Miramichi, a été tué par un membre de la GRC, le 12 juin.