Vitalité défend sa décision de suspendre le service d’urgence à l’Hôpital régional de Campbellton

«Fermer l’urgence, c’est une mesure extrême que l’on déplore. C’est une décision qui a été très difficile à prendre, mais c’est dans l’intérêt de la population et des communautés.»

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, a été appelé à justifier les mesures particulières prises à l’Hôpital régional de Campbellton (HRC) depuis que des employés ont été trouvés porteurs du virus de la COVID-19.

C’est qu’au cours des derniers jours, la grogne commence à se faire sentir dans la région. Des élus, des professionnels de la santé et même certaines organisations provinciales ont notamment dénoncé cette décision, craignant qu’elle ne cause plus de tort que de bien à la population du Restigouche. C’est notamment le cas du député libéral de Restigouche-Ouest, Gilles LePage. À l’Assemblée législative mercredi, il a exhorté le gouvernement Higgs à consacrer les ressources nécessaires afin de rétablir immédiatement le service d’urgence.

«Les citoyens du Restigouche ont besoin de leur hôpital et de tous ses services», a déclaré le député.

Dans un point de presse virtuel qui s’est déroulé mercredi, le PDG a indiqué que la fermeture de l’urgence et la suspension de certains autres services à l’HRC étaient un luxe que le réseau pouvait encore se permettre afin de contrer la propagation du virus dans cet établissement et dans la communauté.

«On a pesé le pour et le contre, et c’est la mesure qui s’imposait pour l’intérêt du public. Avec 41 employés renvoyés à la maison, on a jugé qu’il valait mieux être prudent», indique M. Lanteigne

Aux dires de celui-ci, l’HRC était prêt face à la possibilité d’une éclosion à l’interne et l’est tout autant aujourd’hui. Il assure d’ailleurs que l’établissement a le matériel nécessaire en sa possession afin de passer au travers cette crise.

La réponse du réseau Vitalité à cette éclosion (fermeture de l’urgence) demeure néanmoins perçue comme étant disproportionnée par plusieurs. Ce n’est pas la première fois au Canada où un hôpital est aux prises avec un certain nombre d’employés infectés, et ceux-ci n’ont pas pour autant opté pour une mesure aussi stricte que la fermeture de services d’urgences.

Selon M. Lanteigne, ce n’est pas parce que ça ne s’est pas fait ailleurs qu’il s’agit pour autant d’une mauvaise pratique.

«Les gens peuvent questionner et critiquer certaines de nos méthodes, mais jusqu’à présent, les résultats démontrent que nous avons du succès», a-t-il souligné.

À ses côtés, la Dre France Desrosiers abonde dans la même direction.

«L’éclosion est à l’interne, on peut donc encore la contenir, éviter que ça sorte et que ça contamine la population», indique-t-elle.

Mais qu’adviendrait-il si plusieurs hôpitaux de la province se retrouvaient soudainement dans la même situation que celui de Campbellton? Appliquerait-on le même protocole, soit fermer des urgences et certains services? Selon la Dre Desrosiers, chaque situation sera évaluée au cas par cas.

«Tout est une question de gestion et de comparaison de risques. Et les solutions pourraient être potentiellement uniques chaque fois», ajoute-t-elle.

En date de mercredi, dix employés ont reçu un diagnostic positif et 31 ont été retournés à la maison par mesure préventive. On a également appris en cours de route qu’un employé supplémentaire ayant travaillé dans l’établissement, mais demeurant à Fredericton a également été testé positif. En somme, 41 employés sont actuellement à la maison dans la zone 5.

Dépistage

En réponse à cette éclosion, Vitalité a orchestré une vaste campagne de dépistage auprès de ses employés. Depuis samedi, 930 tests ont été effectués à l’hôpital régional ainsi qu’au Centre Hospitalier Restigouche.

Pour ce qui est de la cause de cette éclosion, M. Lanteigne estime qu’elle pourrait avoir été causée par une multitude de facteurs, y compris une certaine négligence de la part d’employés. Quoi qu’il en soit, le PDG ne cherche pas implicitement un coupable.

«Nous avons des employés exceptionnels. Ce sont des professionnels qui ont à la base une volonté de ne pas causer de torts à personne. Mais parfois, on baisse notre garde un instant et ça arrive. On a tout simplement besoin de se faire rappeler les bonnes mesures de sécurité», indique-t-il, confiant que les mesures mises en place depuis l’éclosion sauront la résorber.

Réouverture?

Selon M. Lanteigne, la situation à ce centre hospitalier sera réévaluée au cours des prochains jours. Mais déjà, il semble que c’est la disponibilité de la main-d’œuvre qui aura le dernier mot ainsi que le degré de propagation au sein du personnel. Des 41 employés en isolement préventif, le tiers d’entre eux devrait pouvoir retourner en poste à compter de lundi, la moitié d’ici le vendredi prochain. D’anciens employés auraient également été approchés afin de regarnir momentanément la flotte au sein de l’HRC et, qui sait, assurer une reprise plus rapide des services.

M. Lanteigne et Mme Desrosiers ont par ailleurs tenu à souligner les efforts du personnel de cet hôpital qui travaille dans un climat tendu, stressant et très difficile, mais également celui de l’hôpital voisin de Bathurst qui a mis les bouchées doubles pour accueillir ce surplus de patients en provenance de la zone 5.

«Tout le monde met l’épaule à la roue», dit-il, invitant la population à ne pas hésiter à le remercier à son tour…et à leurs façons.