Rodney Levi voulait «vivre, aimer, rire»

Les funérailles de Rodney Levi, un Autochtone tué par un policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) la semaine dernière, ont été célébrées vendredi au Nouveau-Brunswick.

La célébration s’est tenue en privée entre les proches de l’homme âgé de 48 ans, limitant à 50 le nombre de personnes invitées à l’intérieur de l’église St. Thomas the Apostle, sur le territoire de la Première Nation micmaque de Metepenagiag, afin de respecter les consignes liées à la crise sanitaire de la COVID-19.

La communauté a également tenu une marche de la guérison rassemblant une centaine de personnes. Certaines ont brandi des affiches avec la photo de Rodney Levi et des messages réclamant que justice soit faite.

– La Presse canadienne: Stephen MacGillivray

Bien connu dans sa communauté sous le surnom de Buckanee, M. Levi a été décrit dans son avis de décès comme un ambassadeur de la maxime «Vivre, aimer et rire».

Quiconque connaissait Rodney sait qu’il était passionné de baseball et de pêche, peut-on lire dans la notice nécrologique dans laquelle on apprend qu’il avait six soeurs et trois frères.

«Quand il pêchait, il n’y avait pas un coin de la rivière qu’il ne connaissait pas», ajoute-t-on.

Ce père de trois enfants était également apprécié pour son altruisme, venant régulièrement en aide aux gens de manière générale.

«Souvent, il allait pelleter ou tondre le gazon chez des gens qui en avaient besoin, souligne-t-on dans encore dans son avis de décès. Son rire et son sourire étaient contagieux, et il adorait sa communauté comme si tout le monde faisait partie de sa famille.»

Selon la version de la GRC, les policiers ont été appelés dans une résidence à proximité du territoire de la Première Nation, le 12 juin, à la suite d’une plainte concernant la présence d’un «individu non désiré» sur les lieux.

Le chef de la Première Nation micmaque de Metepenagiag, Bill Ward, a affirmé que M. Levi était un homme perturbé qui souffrait de certains problèmes de santé mentale, mais qu’il n’était pas connu comme quelqu’un de violent. Il se serait rendu à un barbecue sur le chemin Boom Road dans l’espoir d’obtenir des conseils d’un ministre du culte.

Ce ministre du culte en question a plus tard indiqué que Rodney Levi était un invité bienvenu au rassemblement qui a viré au drame.

Il s’agissait d’une deuxième fusillade meurtrière impliquant une victime autochtone en ce même mois de juin au Nouveau-Brunswick. Ces deux incidents ont entraîné de nouvelles manifestations et des appels à la tenue d’une enquête publique.

Le 4 juin, Chantel Moore a été abattue chez elle par un agent de la Force policière d’Edmundston. La police avait été appelée à intervenir pour « s’assurer de son bien-être ». Selon la version des autorités, les patrouilleurs auraient été accueillis par une femme menaçante armée d’un couteau.

Les deux décès font l’objet d’enquêtes menées par le Bureau des enquêtes indépendantes du Québec puisque le Nouveau-Brunswick ne dispose pas d’un tel service.

Plus tôt cette semaine, 15 chefs de Premières Nations de partout dans la province ont réclamé au premier ministre Blaine Higgs la création d’une commission d’enquête indépendante présidée par des Autochtones afin de faire la lumière sur les deux morts aux mains de policiers.

Le premier ministre s’est dit d’accord avec le fait qu’un processus de révision dirigé par des Autochtones devrait être organisé, mais il affirme qu’une commission d’enquête publique prendrait trop de temps et que son rapport risquerait d’être oublié sur une tablette.

Blaine Higgs maintient tout de même que son gouvernement est ouvert à la tenue d’une enquête indépendante.