Excursions près de chez vous: sur la côte des boucanières

NDLR: Le tourisme sera local cet été. Notre journaliste Simon Delattre vous propose donc d’embarquer dans un périple à travers la province. Il amène avec lui sa curiosité, son goût pour les rencontres et une envie de découvrir les trésors méconnus du Nouveau-Brunswick.

Je vous invite aujourd’hui à me suivre dans une escapade sur le littoral du Sud-Est, de Pointe-du-Chêne à Shemogue. C’est le début d’une aventure d’une semaine qui commence… En voiture!

Depuis Moncton, me voilà au bord du détroit de Northumberland en à peine vingt minutes. Constat immédiat: les côtes acadiennes sont décidément très privatisées, les chemins d’accès à l’eau publics sont trop rares.

La silhouette de la Vieille Église de Saint-Henri-de-Barachois se dessine bientôt. La plus ancienne église acadienne en bois des Maritimes mériterait certainement le titre du plus bel édifice du coin. Depuis sa restauration en 2018, le monument construit en 1824 a fière allure!

Bien que sa programmation artistique, culturelle et patrimoniale ait été suspendue cette année, je vous suggère grandement de vous y arrêter quelques instants lors de votre prochaine visite à Beaubassin-Est.

Quelques kilomètres plus loin, une façade bariolée attire mon attention: des centaines de bouées de pêcheurs sont accrochées aux murs du 1740 route 133, à Robichaud. Je décide de couper le moteur à nouveau. Les propriétaires de lieux, Paul Gallant et Noëlla Landry, sont alors interrompus dans leur travail par un journaliste indiscret.

L’impressionnante collection de la Boulerie Galandry. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Les pieds enfouis sous une montagne de sciure, Paul tourne le bois de cèdre pour lui donner la forme d’une bouée avant de le poncer. Pendant ce temps, Noëlla applique une couche de peinture blanche à l’objet. Son mari peindra ensuite les couleurs à la main, un morceau à la fois.

«Nous avons entre 400 et 500 bouées dans notre collection», clame fièrement le fils de pêcheur, après avoir relevé sa visière.

«Chaque couleur représente un pêcheur du coin. Celles-là, elles ne sont pas faites en Chine, tu ne les trouveras pas au Walmart!»

Voilà maintenant plus de 20 ans que le couple exerce ce passe-temps et perpétue la tradition.

«Je ne crois pas que quelqu’un en fera après nous! C’est de l’ouvrage, mais on ne compte pas notre temps», s’amuse Noella Landry.

«On les vend ici à la maison, mais si on compte toutes les dépenses, il ne reste plus beaucoup d’argent en fin de compte.»

Le village des boucaneux

Satisfait de cette première découverte, je reprends la route. Direction: Cap-Pelé. Les traînées de fumée des usines de transformation se détachent dans le ciel, me voilà déjà dans le village des boucaneux. L’endroit est vide de touristes en ce moment.

C’est au bord de l’eau que je retrouve Julie Cormier, directrice de l’organisme environnemental Vision H2O. Derrière elle, deux étudiants, Mathias Girouard et Gabrielle Richard, s’affairent à installer une barrière de sapins le long de la plage de l’Aboiteau à l’aide de cordage et de piquets de bois.

Les sapins sont collectés après les Fêtes auprès de la population de Cap-Pelé. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

D’ici quelques semaines, le sable se prendra dans les branches jusqu’à recouvrir les arbres, ce qui permettra de consolider la dune. L’équipe de Vision H2O mène cette opération chaque printemps depuis 2005 afin de préserver l’équilibre fragile de cet écosystème en se servant de matériaux biodégradables.

«Une partie de la dune était érodée, il y avait une brèche et on cherchait une technique écologique qui pourrait la ramener comme elle était», explique Julie Cormier.

En parallèle, l’organisme entreprend la revégétalisation de la dune via la plantation d’ammophile, cultivée par la Ferme Vienneau de St-André-Leblanc. Avec ses propriétés stabilisatrices, cette plante surnommée «herbe de dune» retient le sable grâce à ses racines pouvant mesurer jusqu’à trois mètres de long.

«Elle est capable de vivre dans un environnement difficile mais a tendance à mourir lorsqu’on la piétine. C’est pourquoi on demande aux gens d’utiliser les passerelles plutôt que de marcher sur les dunes», souligne Julie Cormier.

Les jeunes viennent de terminer leur ouvrage, il est temps pour moi de mettre le cap vers l’est.

L’eau salé dans le sang

Après avoir dépassé Trois Ruisseaux, je tente un détour par le camping familial Silver Sands. Les lieux sont complètement déserts, et mes appels restent sans réponse.

Les campings de la côte n’ont jamais été aussi paisibles. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Je contemple quelques instants le rivage, puis pars flâner sur le quai de Petit-Cap où de jeunes pêcheurs acceptent de poser avec leur prise du jour.

Ma première étape se termine finalement sur la vue des immenses marais de Shemogue.

Mais qu’est-ce qui attire autant de personnes à venir terminer leur vie dans la région? Posons donc la question à Jean-Claude Thériault, résident de Shediac. Le retraité originaire de Caraquet parcourt la côte à vélo depuis bientôt quarante ans.

«Lorsque tu aimes voyager, tu es idéalement situé, lance-t-il. Et puis au fond, j’ai toujours recherché les couchers de soleil, l’air de la mer… Quand t’es un Acadien de la côte, tu as l’eau salée dans le sang!»

Au bout du chemin de Lile, du côté de Petit-Cap. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre