Bouger malgré la quadriplégie

Yannick Anglehart souffre d’une paralysie de ses jambes et de ses bras. L’habitant de Moncton lance un appel aux dons pour s’acheter une chaise électrique qui puisse lui permettre de circuler dehors pendant l’hiver.

Quand on aime, on a toujours vingt ans dit la chanson. C’est peut-être pour ça que Yannick Anglehart parle de cet âge comme s’il l’avait eu hier.

«J’aime la vie, assure de sa voix douce, nasale et traînante, l’homme de 37 ans souffrant de quadriplégie. On doit la vivre, même avec des limites. J’essaie de regarder toujours le bon côté des choses.»

La vie, ce Québécois raconte toutefois qu’il l’aimait aussi pendant l’adolescence qu’il a vécue, valide, à Beresford dans le nord du Nouveau-Brunswick.

«J’avais beaucoup d’amis. Je fêtais fort et je pratiquais des sports extrêmes: la planche à neige et à roulettes ainsi que la motocross, qui est devenue une passion à mes 11 ans», se souvient-il.

Il confie que c’est également parce qu’il continue à refuser sa chute violente, survenue cinq jours après ses 20 ans, qu’il en parle comme s’il venait de la vivre.

Le refus

«Ça feel toujours comme si c’était hier, lâche-t-il. Je n’ai pas accepté mon accident, mais j’apprends à vivre avec.»

Le jeune homme étudiait alors le travail social à l’Université de Moncton et faisait partie de la réserve d’infanterie de l’armée canadienne. Il jouait à la guitare les chansons des Red Hot Chili Peppers et les riffs lourds de Linkin Park. Il continuait par ailleurs à faire la fête et séduisait les femmes.

«J’aimais faire le fou avec ma crotch rocket, se souvient-il en outre dans un sourire à propos de sa moto sport. Je faisais de la vitesse, j’allais sur une roue…»

À l’occasion des vacances, il a rendu visite à ses parents. Ceux-ci ont lui ont proposé de monter dans leur voiture pour prendre un café chez Tim Hortons.

«J’ai préféré les devancer en moto, raconte M. Anglehart. J’ai fait un détour par le bord de la plage, un chemin bien droit. Moi qui aimais peser sur le gaz, j’ai accéléré à environ 70, 80 km/h. Sauf qu’il y avait un pont, et après le pont, un trou. Quand je l’ai heurté, j’ai perdu le contrôle de mon guidon. Le speed wobble a cassé mon bras puis m’a projeté vers l’avant. L’impact de la chute a brisé mon cou.»

L’accident

Le trentenaire se souvient des hurlements de sa mère arrivée sur les lieux du drame. Il se souvient de son réveil et de l’enfer des souffrances physiques. Il se souvient de l’horreur de voir sa vie basculer complètement.

«J’ai été hospitalisé une cinquantaine de fois depuis, pour des infections qui ont toujours entraîné des complications, indique-t-il. J’ai frôlé la mort à plusieurs reprises.»

Celui dans le bureau duquel trône une grande bible, avoue par quelques euphémismes avoir pensé, devant toutes ses difficultés, au suicide.

«Ma foi en Dieu m’a beaucoup aidé, explique-t-il. Avant, j’étais plutôt athée… La religion m’a donné de la joie et l’espoir de ne pas souffrir tout le temps après la mort.»

Le soutien

À côté de sa divinité s’assoient aussi des êtres d’ici-bas. Sa préposée aux soins, Sarah Arseneault l’accompagne presque chaque heure du jour et de la nuit depuis dix ans.

«C’est une femme extraordinaire, s’exclame M. Anglehart. Elle a acheté une camionnette adaptée pour moi et elle a emménagé au-dessus de mon appartement.»

La personne à mobilité réduite a aussi reçu gratuitement un chien de la Fondation Mira il y a un an, un labernois nommé Scott. Il souligne avoir hésité pendant dix ans à en faire la demande à cause des menaces d’expulsion de la propriétaire de son logement.

«C’est mon amour, il représente tout pour moi, déclame le maître à propos de l’animal, qui ouvre grand ses yeux et flagelle le mur de sa queue à l’arrivée d’un visiteur. Il a changé ma vie. Il me donne de la joie et améliore ma santé. Je le sors constamment alors que je restais souvent enfermé. Je rencontre des gens tous les jours alors que je ne me suis pas socialisé pendant plusieurs années.»

M. Anglehart doit seulement expliquer aux passants charmés par son chien qu’ils doivent se retenir de le caresser pour éviter de le déconcentrer dans ses tâches: ramasser des objets, retirer un coton ouaté en tirant sur ses manches et appuyer sur des boutons.

«Ça m’a fait très mal quand deux belles femmes m’ont demandé la permission de toucher Scott, sourit l’homme en penchant sa tête de côté. Je ne voulais pas leur dire non!»

La paralysie

Il fait aussi valoir l’importance de sa famille, qui l’aide depuis son accident. Sa sœur a notamment lancé une collecte de fonds sur internet, pour lui acheter un fauteuil à 15 000$ monté sur chenilles.

«Le problème, depuis que je suis plus mobile avec mon chien, c’est que ma chaise n’a aucune traction, estime M. Anglehart. Je ne peux pas monter de buttes pendant l’hiver et mes roues se sont embourbées il y a quelques semaines à cause de la pluie. Je rêve aussi d’aller dans le bois et sur le sable.»

Après avoir réussi à obtenir son baccalauréat en travail social et à faire deux ans de droit à l’U de M, le trentenaire souhaite apprendre à faire de la photo. Mais surtout, bouger malgré sa quadriplégie.