Attouchements sur une mineure: la présumée victime a filmé l’accusé

Selon une femme âgée de moins de 16 ans, Pierre Dubois l’aurait agressée sexuellement alors qu’elle passait la nuit au sous-sol de sa maison. Elle dit avoir utilisé son téléphone pour filmer ces actes afin d’en avoir la preuve.

En février, Pierre Dubois, de la région du Grand Moncton, a plaidé non coupable à une accusation d’attouchements sexuels sur une personne de moins de 16 ans.

Lors de son témoignage lundi matin, la présumée victime a affirmé que Pierre Dubois lui aurait touché les seins, les fesses et la vulve un matin, en septembre 2019. Elle venait de passer la nuit chez lui avec sa soeur plus jeune, chose qui n’était pas inhabituelle.

Elle a dit qu’elle considère toujours l’homme comme son oncle même s’ils ne sont pas reliés par le sang.

Elle a témoigné qu’elle n’avait pas le droit d’avoir son téléphone avec elle pendant la nuit, mais qu’elle l’a gardé avec elle en cachette pour pouvoir filmer M. Dubois en installant le téléphone sur une étagère située derrière le lit. Un de ses amis d’école lui avait conseillé de le faire.

La présumée victime était accompagnée d’un chien thérapeutique pour lui permettre de témoigner.

Malgré cela, son témoignage a été laborieux. Elle a pris plusieurs pauses.

Lorsque la procureure lui a demandé de décrire où Pierre Dubois l’aurait touchée, elle a répondu que «c’est un peu malaisant. Surtout parce qu’il est ici.»

L’accusé Pierre Dubois était assis dans les bancs pendant son témoignage.

La jeune femme a dit que Pierre Dubois l’aurait touchée après que sa soeur est allée dans une autre pièce.

«Il était censé me réveiller, mais il a commencé à me flatter le dos, et après ça avait changé, c’était pas pareil, c’est devenu plus intime.»

C’est alors que l’homme lui aurait touché les seins, puis les fesses et les parties génitales, sous ses vêtements.

La présumée victime a témoigné avoir eu une enfance difficile et qu’elle souffre d’anxiété. Elle a ressenti le besoin d’enregistrer les actes pour qu’on ne l’accuse pas de mentir.

«Je savais que si je le disais juste, personne n’allait me croire.»

Le juge a visionné la vidéo. Les premières minutes de la vidéo sont complètement sombres. Quel­qu’un allume la lumière, puis on peut voir un homme entrer dans la pièce.

Une personne se lève du lit, probablement la soeur de la présumée victime, puis quitte la pièce.

L’homme a l’air de s’asseoir au milieu du lit, et il y demeure pendant quelques minutes. Son corps bouge légèrement, mais on ne voit pas le lit ni le corps de la jeune femme.

Après un moment, la vidéo coupe. La jeune femme a affirmé que son téléphone cesse parfois d’enregistrer des vidéos par lui-même.

La défense croit plutôt que la présumée victime a coupé la vidéo avant de la remettre à la police.

«Seulement la portion que la plaignante voulait qui soit vue figure dans la vidéo», a dit Richard Philipps, avocat chargé de la défense de Pierre Dubois.

L’autre avocat de la défense, Bruce Phillips, a aussi questionné la victime sur l’emplacement de son téléphone. Il lui fait remarquer qu’elle aurait pu avoir un meilleur point de vue en installant son téléphone ailleurs dans la pièce.

«J’ai pas vraiment réfléchi à la meilleure façon, je l’ai juste fait de la façon que je pensais qui serait le plus facile, et j’ai suivi mon instinct», a-t-elle répondu.

Pierre Dubois a dit avoir remarqué que le téléphone était sur l’étagère, mais il n’en a pas fait grand cas.

L’homme figure dans la vidéo à contre-jour, de sorte qu’il est difficile de voir son visage. Cela dit, l’identité de Pierre Dubois dans la vidéo n’est pas remise en question par la défense.

La défense estime que la vidéo est un élément de preuve inadmissible puisqu’il est impossible de prouver qu’elle n’a pas été modifiée et qu’elle ne montre pas les actes allégués.

La procureure Annie St-Jacques croit le contraire. «On ne peut pas voir les mains de l’accusé, mais on peut voir ses mouvements, qui corroborent ce qui s’est passé ce matin-là», a-t-elle dit au juge.

Le juge Troy Sweet a convenu d’examiner la jurisprudence sur la question et de rendre une décision sur l’admissibilité de la vidéo mardi matin.

S’il est reconnu coupable, Pierre Dubois s’expose à une peine maximale de 14 ans d’emprisonnement. Toute information pouvant permettre d’identifier la victime est frappée d’un interdit de publication.