Air Canada: la déception est grande dans la région Chaleur

La déception est palpable dans la région Chaleur dans la foulée de l’annonce de compressions majeures par Air Canada. Bien plus qu’un «autre coup dur», certains considèrent la fermeture de l’escale de Bathurst comme la goutte qui fait déborder le vase.

Des centaines de personnes se sont tournées vers les réseaux sociaux, au cours des derniers jours, afin d’exprimer leur mécontentement au sujet des décisions annoncées par le transporteur aérien.

«Triste», «terrible», «décevant», ont-ils déploré.

Victor Roy, un résident de Nigadoo, était l’un d’eux. «C’est vraiment frustrant de la part d’Air Canada», a-t-il écrit sur son compte Facebook.

«Je dois voyager régulièrement à Montréal. J’espère qu’une solution sera trouvée rapidement ou qu’une autre compagnie voudra prendre le relais.»

Sans l’escale à Bathurst, les gens de la région Chaleur, du Restigouche et de la Péninsule acadienne devront désormais se rendre à Moncton pour s’envoler vers le Québec ou bien emprunter un autre moyen de transport.

«J’ai un horaire chargé, car je travaille sur la route à travers la province et à l’est du Québec. Mon bureau chef est à Montréal, donc je dois m’y rendre une à deux fois par mois. La proximité de l’aéroport de Bathurst m’aidait beaucoup à me libérer afin de passer du temps avec ma famille», a poursuivi M. Roy.

Air Canada était la seule compagnie aérienne qui desservait l’infrastructure du Nord. Celle-ci devrait perdre 90% de son chiffre d’affaires pour une période indéterminée.

Décision «irréfléchie»

Le député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, estime que la décision est «irresponsable» et «irréfléchie.»

Selon lui, la compagnie aurait plutôt dû envisager d’autres options telles que réduire le nombre de vols entre Bathurst et Montréal ou la fréquence entre Montréal et les autres aéroports du N.-B.

«La décision d’Air Canada entraînera de lourdes conséquences dans la capacité de nos collectivités à se rendre en toute sécurité dans d’autres régions du pays, car de nombreuses personnes devront maintenant conduire pendant plusieurs heures jusqu’au prochain aéroport. De plus, cela engendrera des pertes économiques importantes puisque de nombreuses personnes voyageaient à destination et en provenance de notre région pour des raisons professionnelles et des opportunités d’affaires», a-t-il souligné.

M. Cormier, qui était lui-même un client régulier de l’aéroport de Bathurst, s’est dit déçu de la situation, mais a promis de faire «tout en son pouvoir» pour faire reculer Air Canada.

De leur côté, les députés libéraux provinciaux Brian Kenny et Daniel Guitard ne baissent pas non plus les bras.

Bien que la décision de la compagnie aérienne soit privée, ceux-ci considèrent que le gouvernement Higgs devrait tout de même essayer de faire pression.

«L’aéroport est un outil clé pour le développement économique du nord du N.-B.», a souligné M. Kenny.

«Je pense qu’il est très important que les élus, les députés et les maires des régions avoisinantes travaillent ensemble et qu’ils écrivent et appellent Air Canada.»

Les autorités aéroportuaires auraient déjà amorcé des discussions, selon M. Guitard.

«Elles sont en train d’évaluer la situation, c’est-à-dire déterminer quels sont les dommages, ce que ça implique, qu’est-ce qui se fait ailleurs…»

Une fois ces informations en main, le député indique que le gouvernement sera plus apte à peaufiner une stratégie.

Il tente de demeurer optimiste.

«Air Canada n’a pas dit qu’il se retirait de la région Chaleur, il a dit qu’il mettait fin indéfiniment à son escale. Je présume que, soit Air Canada ou un autre transporteur, sera de retour une fois que le marché s’améliorera. Si les vols à Bathurst n’étaient pas profitables, Air Canada ne serait pas restée pendant une vingtaine d’années.»

Une perte pour le secteur du tourisme

Le secteur du tourisme a lui aussi pris en pleine figure la nouvelle d’une suspension de la liaison Montréal-Bathurst.

Bien que plusieurs voyageurs sur ces vols étaient des travailleurs, Janine Daigle, la directrice de Tourisme Chaleur, affirme que les compressions auront des répercussions assez importantes sur la région.

«Nous avions la chance, ici à Bathurst, d’avoir un vol direct. On en tirait avantage dans nos restaurants, nos hôtels, etc.»

«Un abandon»

Plusieurs citoyens du nord de la province perçoivent la foulée de fermetures qui frappe leur région comme un abandon de la part de leur gouvernement.

La semaine dernière, une ministre du gouvernement Higgs a confirmé que les fonds de développement économique du Nord et de la Miramichi – qui arrivent à échéance le 31 mars 2021 – seront bientôt remplacés par d’autres fonds, dont un qui ciblera les régions rurales de toute la province.

L’urgence de l’Hôpital régional de Campbellton a aussi temporairement fermé ses portes en raison de la COVID-19 jusqu’à la semaine dernière.

«Après avoir communiqué avec plusieurs de nos membres sur le terrain, je perçois chez les gens un palpable sentiment d’abandon de la part du gouvernement provincial quant à sa volonté de voir épanouir nos régions rurales francophones, notamment dans le Nord», a affirmé Alexandre Cédric Doucet, président de la Société de l’Acadie du N.-B.