Bulle atlantique: des files d’attente à perte de vue aux frontières

Les automobilistes de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse ont pris les frontières du Nouveau-Brunswick d’assaut au premier jour de la bulle atlantique.

Armés de patience et d’un enthousiasme débordant après 100 jours de déplacements limités en raison de la COVID-19, les résidents de l’Atlantique ont pris la route en très grand nombre, vendredi.

«C’est merveilleux. J’en avais besoin depuis longtemps», confie Nason Scribner de l’Île-du-Prince-Édouard quelques minutes à peine après avoir franchi le contrôle routier de Cape Jourimain.

«J’étais incroyablement excité (lors de l’annonce de la bulle atlantique). Je vis sur l’Île et j’ai des enfants là-bas, mais ma famille est en Nouvelle-Écosse. La chance d’aller voir des gens que je n’ai pas vus depuis très longtemps est vraiment bien, surtout avec l’été qui commence.»

M. Scribner a attendu moins de 30 minutes au pied du pont de la Confédération avant de pouvoir entrer officiellement au Nouveau-Brunswick.

Depuis minuit vendredi, les citoyens de l’Atlantique peuvent circuler à peu près librement dans les quatre provinces, sans avoir à s’isoler pendant quatorze jours.

Ils doivent cependant présenter une pièce d’identité et une preuve de résidence aux agents de la paix postés aux frontières. L’Île-du-Prince-Édouard demande aussi aux visiteurs de remplir un formulaire en ligne un à deux jours avant leur arrivée.

Sharon Simmons, une insulaire elle aussi, a fait la file pendant environ 40 minutes avant de pouvoir mettre les pieds au Nouveau-Brunswick.

Cette attente n’a cependant pas du tout atteint le moral de celle qui s’en allait visiter des amis en Nouvelle-Écosse.

«Ç’a pris plus de temps que ce à quoi je m’attendais. Je m’attendais à devoir attendre, mais pas 40 minutes, mais c’est correct», dit-elle.

«On m’a demandé si j’étais sortie du pays et si j’avais des symptômes (de la COVID-19) comme de la fièvre ou le nez qui coule.»

À Aulac, du côté néo-brunswickois de la frontière avec la Nouvelle-Écosse, des files à perte de vue dans les deux directions attendaient les conducteurs en début d’avant-midi.

Peter Edwards a patienté plus de deux heures au volant de sa voiture avant de pouvoir entrer au Nouveau-Brunswick.

«C’était beaucoup plus long que ce à quoi je m’attendais. Je pensais que ça prendrait une demi-heure. Si j’avais su, je me serais levé deux heures plus tôt», raconte-t-il tout en gardant le sourire.

«Nous avons attendu longtemps (pour la bulle atlantique) alors nous sommes très excités.»

Malgré l’attente, M. Edwards et sa passagère n’ont pas eu à s’arrêter au contrôle routier pour montrer quoi que ce soit aux agents de la paix.

«Ils ne nous ont rien demandé. Ils nous ont fait signe de passer. Nous n’avons pas eu à leur montrer nos pièces d’identité.»

Les agents en poste à Aulac ont en effet laissé passer certains automobilistes sans faire de vérification, confirme le directeur exécutif de l’inspection et de l’application de la loi au ministère de la Sécurité publique.

«Selon le niveau de circulation, parfois on pose moins de questions. Si l’on voit que la file d’attente est trop longue, on ouvre les frontières et on laisse le monde passer. On a fait ça quelques fois (vendredi) matin», a expliqué Jacques Babin.

Il était sur place à Aulac dès 6h30.

«Il y a beaucoup de circulation aujourd’hui comparé aux jours précédents. De 7h à 9h, j’assume qu’on a contrôlé entre 450 et 500 véhicules. C’est très occupé depuis de bonne heure ce matin.»

«À partir de 1h30 (dans la nuit), c’était beaucoup occupé pour quelques heures. Ç’a ralenti jusqu’à 7h quand les véhicules ont recommencé à venir en plus grand nombre.»

Avant vendredi, seuls les camionneurs et les travailleurs essentiels pouvaient traverser facilement la frontière au Nouveau-Brunswick depuis le début de la pandémie.

Des exceptions permettaient aussi à certains individus d’entrer dans la province à condition de se mettre en quarantaine dès leur arrivée.

Les visiteurs de l’extérieur des provinces de l’Atlantique doivent d’ailleurs toujours s’isoler avant de pouvoir circuler dans la région afin d’éviter de propager le virus.

Jacques Babin n’avait aucun incident à signaler lors de son entretien avec le journal vers midi.

«La grande majorité des gens sont contents. Ils reconnaissent que les agents font un travail difficile. Les personnes qui voyagent sont de bonne humeur. Il y en a toujours quelques-uns qui ne sont pas contents, mais on s’attend à ça.»

Les règles d’hygiène de base en temps de pandémie comme le lavage régulier des mains, la distanciation physique et le port du masque dans les endroits étroits s’appliquent dans les quatre provinces atlantiques.

Les directives de santé publique peuvent toutefois varier d’une province à l’autre et les visiteurs doivent s’informer avant leur visite.

Circulation pas totalement libre

La bulle atlantique est en vigueur depuis minuit, dans la nuit de jeudi à vendredi. Les gens de la région peuvent aller d’une province à l’autre sans être contraints de s’isoler.

La circulation n’est pas totalement libre dans la région malgré le relâchement de certaines mesures. Les automobilistes doivent toujours se soumettre à des contrôles routiers à l’entrée des différentes provinces.

À l’Île-du-Prince-Édouard, le gouvernement demande aux visiteurs de remplir un formulaire sur le web un ou deux jours avant de se présenter au pont de la Confédération.

Charlottetown veut notamment connaître à l’avance l’identité de tous les passagers d’un même véhicule ainsi que la date du début et de la fin de leur séjour.

Une fois sur place, les voyageurs devront notamment présenter aux autorités insulaires une pièce d’identité et une copie imprimée du formulaire.

Les gouvernements du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador exigent seulement une pièce d’identité et une preuve de résidence afin de pouvoir franchir leur frontière.