Ouverture des cinémas: grand vide devant le grand écran

Les salles de cinéma ont pu rouvrir le 3 juillet. L’un des premiers films à l’affiche ce jour-là au Cineplex de Dieppe était Sonic The Hedgehog. Après 14h40, c’est-à-dire à la fin du long-métrage, personne n’est toutefois sorti du complexe cinématographique.

L’immobilité était totale devant le temple du septième art, à l’extérieur duquel triomphait l’été, pendant qu’aux frontières des provinces de l’Atlantique, tous les Néo-Brunswickois semblaient attendre dans les bouchons. Seuls déambulaient parfois au soleil les employés désœuvrés de l’accueil. Et à trois reprises en 45 minutes, trois spectateurs potentiels.

«Je pense que c’est un peu tôt pour ouvrir les salles de cinéma, juge l’un d’eux, Inder, avant d’éternuer. Pas trop tôt pour moi! Pour la société en général. Personnellement, je ne me préoccupe pas trop de ce genre de choses…»

Le Cineplex en tout cas s’en préoccupe. Devant l’entrée, un réceptionniste coiffé d’une visière en plexiglas demande aux visiteurs leur nom et leur numéro de téléphone.

Dans le hall, un autre employé, masqué et encadré de consignes de sécurité, leur montre le chemin qu’ils doivent suivre pour accéder à l’unique comptoir où demander du maïs soufflé et de la liqueur, la direction ayant fermé les autres.

Au sol, des marquages indiquent aux clients où patienter. Un salarié supplémentaire du Cineplex est là pour le leur rappeler au besoin à travers le tissu bleu qui couvre sa bouche. Ils se réjouissent d’ailleurs peut-être du service, les cinq membres du personnel présents étant plus nombreux qu’eux à cette heure de l’après-midi.

Quand les spectateurs arrivent dans leur salle obscure, l’absence de foule ne leur laisse toutefois pas l’embarras du choix pour leur place: ils ont dû sélectionner le numéro de leur siège en effectuant leur réservation sur internet, une application de téléphone intelligent ou une borne automatique, la billetterie étant fermée.

Les couples ont le droit de s’asseoir côte à côte. Ils disposent même d’intimité. Les personnes au sein d’une même bulle peuvent en effet s’asseoir par paire au maximum, séparés des autres par trois fauteuils à gauche et à droite ainsi que par une rangée de places devant et derrière.

«Normalement, je vais au cinéma avec deux ou trois amis, raconte Inder. Je n’aime pas regarder des films seul. Mais peut-être que je vais devoir faire ça, maintenant…»

Le jeune homme témoigne néanmoins de sa joie de pouvoir retourner au cinéma et d’ajouter ainsi une activité supplémentaire à faire hors de chez lui. Les cinéphiles verront-ils cependant tous l’intérêt des grands écrans devant de grandes salles vides?