Un député québécois propose de couper les vivres à l’hôpital de Campbellton

«Un moment donné faire rire de nous, ça suffit !»

Le député provincial de la région de Bonaventure en Gaspésie, le péquiste Sylvain Roy, n’y est pas allé de main morte dans ses propos envers le gouvernement du Nouveau-Brunswick et du Réseau de santé Vitalité.

Dans une vidéo publiée jeudi, il déplore les récentes ruptures de services survenues à l’Hôpital régional de Campbellton, notamment la suspension du service d’urgence.

L’élu québécois se dit choqué de la décision des autorités néo-brunswickoises de procéder de la sorte puisque cette décision compromet la sécurité de la population d’Avignon-Ouest, population dont l’hôpital de référence en cas d’urgence est celui du Restigouche.

«Nous vivons actuellement une problématique dans cette région où les services hospitaliers que nous livre l’Hôpital régional de Campbellton sont de moins en moins sécuritaires. Nous avons une entente avec le Nouveau-Brunswick qui nous coûte 10 millions $ par année pour que notre population puisse avoir accès à l’urgence et autres soins de santé. Et de manière sporadique, on ferme cette urgence, ce qui fait en sorte que nos citoyens doivent désormais se rendre à Maria ou à Amqui», estime le député.

Dans un tel contexte, M. Roy estime que le gouvernement du Québec devrait tout simplement couper les vivres au Nouveau-Brunswick. Il propose de mettre fin à cette entente et de réaffecter les fonds à la création d’un service d’urgence au CLSC de Matapédia.

«Tant qu’à donner 10 millions $ au Nouveau-Brunswick et de ne pas avoir les services en retour, aussi bien utiliser ces sommes pour implanter un service d’urgence, similaire à celui qui existe à Paspébiac. Ce serait tout à fait cohérent et logique», estime-t-il.

Le député poursuit en indiquant que cette option serait encore plus d’actualité alors que les rumeurs qui lui sont parvenues récemment font état d’amoindrissement des services à l’urgence de l’Hôpital régional de Campbellton au profit de celui de la région Chaleur.

«Dans un contexte où l’on entend parler de détérioration de services et de fermeture d’urgence – ce qui insécurise et pénalise notre population –, et que tout cela nous coûte 10 millions $ par année, je crois que c’est le temps que l’on implante notre propre urgence à Matapédia avec des services dignes de ce nom», croit le député, notant qu’il en fera officiellement la demande à l’Assemblée nationale du Québec.

On se souviendra que le Réseau de santé Vitalité a fermé l’urgence de l’Hôpital régional de Campbellton à deux reprises au cours des derniers mois en raison d’éclosions de COVID-19 au sein de son personnel hospitalier. Les urgences avaient alors été redirigées vers Bathurst et Maria (pour les citoyens québécois). Les accouchements sont également en pause depuis plusieurs mois dans la région, un service également utilisé par les citoyens d’Avignon-Ouest.

Cette situation survient de surcroît au moment où le gouvernement Higgs s’entête à garder la frontière fermée à la libre circulation au Restigouche pour les résidents d’Avignon-Ouest (Matapédia-et-les-Plateaux à Carleton).

De nombreux intervenants de ces deux régions demandent pourtant la création d’une bulle communautaire similaire à celle que le Nouveau-Brunswick a négociée avec les trois autres provinces de l’Atlantique.

Intéressant, mais…

L’idée soumise par le député Roy de mettre sur pied une urgence dans la région d’Avignon-Ouest peut sembler attrayante pour les Gaspésiens de la MRC d’Avignon-Ouest.

Cela dit, elle est accueillie avec un certain bémol par le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold. C’est que l’Hôpital régional de Campbellton constitue le principal employeur de sa municipalité.

«Si on ouvre une urgence 24h sur notre territoire, ça pourrait affaiblir l’Hôpital régional de Campbellton et signifier des pertes de services au profit de celui de Bathurst, donc des pertes d’emplois pour nos communautés en Gaspésie. Car jamais nous n’aurons autant de services et de spécialités dans une urgence que ce que l’on retrouve en ce moment à l’hôpital voisin. On doit donc être prudent, car si on perd des services, des emplois et de la population dans notre grande région, on ne gagne rien», indique-t-il.

N’empêche, celui-ci ne cache pas sa déception quant à la façon dont sa population a été traitée dernièrement par le Réseau de santé Vitalité et par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. La confiance en a pris pour son rhume et a fait place à une plus grande méfiance.

«L’an dernier, nous avons eu plusieurs codes oranges avec nos services ambulanciers, ce qui signifie que nos ambulances ne pouvaient plus se rendre à Campbellton en cas d’urgence et ce fut une grande source d’inquiétude ici. Récemment, on a suspendu l’urgence et plusieurs autres services, notamment l’obstétrique qui n’est pas disponible depuis plusieurs mois. Tout ça est inacceptable. Il y a définitivement un sentiment d’être mis de côté, de ne pas en avoir pour notre argent», dit le maire, clamant que la population d’Avignon-Ouest doit être considérée avec plus de respect par Vitalité et le gouvernement Higgs.

Pascal Bujold concède que la proposition du député Roy est loin d’être farfelue. Mais il préconise néanmoins une approche régionale englobant l’offre de services hospitaliers de Campbellton plutôt qu’un dédoublement coûteux qui pourrait avoir des répercussions économiques négatives à plus long terme sur le territoire.

«C’est préférable de travailler ensemble afin de donner ce qu’il y a de mieux à nos populations. C’est vrai en santé, mais aussi au niveau social, économique et touristique. Nous avons une réalité régionale commune, des affinités et un positionnement géographique particulier qui font en sorte qu’il est préférable de se parler et de travailler à des solutions plutôt que de faire cavalier seul chacun de notre côté», estime l’élu municipal.