Diplômé de l’Université de Moncton à 64 ans!

Il n’est jamais trop tard pour apprendre et découvrir de nouvelles choses. Frédéric Gayer vient de le prouver en décrochant son premier diplôme universitaire au moment de souffler ses 64 bougies.

En débarquant à Moncton en 2012, Frédéric Gayer a laissé derrière lui la France et sa carrière de graphiste. Faute de pouvoir trouver du boulot dans son domaine, l’immigrant a choisi de poursuivre sa vocation d’artiste multidisciplinaire en intégrant le département d’arts visuels de l’Université de Moncton.

Après s’être fait connaître dans la région pour son travail de photographe, il souhaitait avant tout revenir à ses premiers amours: la peinture et l’estampe.

«J’ai réalisé que l’université offrait des études gratuites à partir de 60 ans. On m’a dit que je devais forcément suivre tout le programme universitaire, alors j’ai décidé d’obtenir le baccalauréat», raconte-t-il.

Quatre ans plus tard, ce pari fou est une réussite. Quand d’autres auraient pensé à la retraite, Frédéric Gayer a préféré s’aventurer dans les avenues du savoir et terminer des études postsecondaires qu’il n’avait jamais menées à terme à l’École Supérieure des Arts graphiques à Paris.

«Je trouve ça important ne pas rentrer dans les acquis, la facilité, les habitudes. Je crois qu’il faut toujours continuer à s’ouvrir à de nouvelles choses, à rester en alerte. Ça oblige à se remettre en question, ça fait travailler le cerveau!»

Se remettre à écrire et mémoriser la matière s’est avéré laborieux après 42 années passées loin des bancs d’école. La formation lui a permis de perfectionner sa technique et lui a ouvert des portes dans le milieu artistique acadien. Grâce à ses nouveaux contacts, il a notamment pu obtenir une place au sein de la galerie Murmur à Moncton.

Fait amusant, le finissant aura fréquenté le campus côtoyant trois de ses six enfants – Augustin, Brune et Mahaut. Il s’est même retrouvé dans la même salle de classe que deux d’entre eux. Comment a-t-il vécu cette grande différence d’âge?

«En France, on ne mélange pas les jeunes et les gens de mon âge. Ici, j’ai toujours été pris comme un étudiant comme un autre par les professeurs, confie-t-il. Au début, je me pétais un peu les bretelles. Puis, j’ai compris l’importance d’être modeste, de ne pas me mettre en avant et de me servir de mon expérience artistique pour être un exemple simple et bienveillant. Je pouvais être le père ou le grand-père des autres étudiants, alors j’avais très peu de rapports avec eux. J’ai trouvé ça un peu difficile.»

La pandémie l’a finalement privé d’une cérémonie digne de ce nom. Le diplômé ne cache pas sa déception.

«Comme tous les autres, je trouve ça triste. J’aurais aimé avoir une célébration après quatre ans d’efforts, quatre ans de sacrifices», souffle-t-il.

«C’est une fierté personnelle d’être arrivé au bout, je voulais être un modèle pour mes enfants.»

En l’obligeant à suivre des cours en dehors de son champ d’expertise, son passage à l’université aura aussi renouvelé son intérêt pour la philosophie, l’histoire et la littérature. «Rien ne dit que j’y ne retourne pas dans un an ou deux pour faire une maîtrise. Pourquoi pas?»