McGraw Seafood investit 20 millions $ pour grandir à Tracadie

Un projet de construction majeur est en cours à l’usine de transformation de fruits de mer, McGraw Seafood, à Tracadie. L’entreprise, qui appartient à 100% à la Première nation d’Elsipogtog, dans le comté de Kent, élargit ses installations afin d’améliorer son rendement, tout en participant activement à l’économie de la Péninsule acadienne et en améliorant le tissu social d’Elsipogtog.

Pour résumer, l’entreprise a récemment entamé la construction d’une nouvelle usine de transformation à l’arrière de l’usine actuelle. La fondation a été coulée il y a environ trois semaines.

Un congélateur de 20 000 pieds carrés pouvant stocker jusqu’à 5 millions de livres de produits a déjà été construit. L’usine originale date de 1973.

«Ça fait des années qu’on sait qu’on doit se moderniser. Depuis que je suis ici, on a toujours été obligé de planifier notre production autour de ce qui existe déjà. Ce n’est pas vraiment l’idéal. L’idéal serait de pouvoir créer une ligne de production et ensuite construire un édifice autour», explique Jake Augustine, directeur général de McGraw Seafood.

L’entreprise souhaite avoir des installations qui lui permettraient d’obtenir la certification du British Retail Consortium pour avoir accès aux marchés européens. Cette certification permettrait aussi de poursuivre ses activités aux États-Unis si le pays devait un jour commencer à exiger cette certification internationale (pour le moment, ce n’est pas le cas).

«Avec l’usine existante, on ne pourrait pas y arriver.»

Lorsque la nouvelle usine et le congélateur seront mis en service au printemps 2021, l’objectif sera de transformer les installations originales. À l’intérieur, on envisage d’y transformer du poisson de fond, mais aussi de fabriquer de la «bouette» (appât) à partir des déchets de poisson.

«Pour nous, c’est un projet innovateur. On veut se servir des déchets de poisson pour fabriquer de la bouette pour le crabe et le homard. En ce moment, il y a une sorte de tabou associée au fait que les pêcheurs utilisent du hareng et du maquereau, alors que ce sont des poissons qui pourraient être destinés à la consommation humaine.»

Si ces projets vont de l’avant, la saison de certains travailleurs pourrait passer de 12 à 16 semaines à 12 mois par année.

Le coût du projet s’élève à environ 20 millions $. Il a profité de certains projets fédéraux pour couvrir une partie des investissements.

Collaboration mi’kmaq et acadienne

Fondé en 1973, McGraw Seafood appartient à la Première nation d’Elsipogtog depuis 2008. L’entreprise a pour mission d’être un projet modèle soulignant la collaboration entre les Acadiens et les Mi’kmaqs.

Jake Augustine, originaire d’Elsipogtog, en est devenu le directeur général en 2019 après avoir été nommé assistant-gérant en 2012. Le jeune trentenaire a pris la relève du directeur Gilles Thériault dans le cadre d’un plan de formation de cinq ans. L’une des conditions consistait à apprendre le français, une langue qu’il maîtrise aujourd’hui avec le mi’kmaq et l’anglais.

«McGraw Seafood est une entreprise qui crée beaucoup d’emplois pour les Acadiens d’ici, mais elle génère aussi beaucoup de bénéfices pour les Autochtones.»

Lors de la saison de pêche, près de 200 personnes travaillent chez McGraw Seafood. La majorité est de la Péninsule acadienne. Une partie des revenus sont réinvestis à Elsipogtog où on y finance de nombreux projets sociaux, comme la construction de 16 maisons dans la communauté, des programmes de sport et de loisir, des camps pour jeunes et un programme de repas pour les jeunes autochtones d’Elsipogtog dans les écoles pour en nommer quelques-uns. Les crabiers autochtones d’Elsipogtog ont aussi un acheteur garanti pour leurs prises.

«Leur crabe est transformé ici. On leur paie le prix courant, donc ce sont des gens de la communauté qui touchent à un revenu.»

Jake Augustine loue les liens qui nouent ces deux peuples au cours des dernières années.

«Il y a beaucoup de liens entre les Mi’kmaqs et les Acadiens. Je n’étais pas très au courant de ces liens avant d’arriver à Tracadie. Ma première langue est le mi’kmaq et il y a beaucoup de mots qui ont été empruntés du français. J’aime donner l’exemple de la vache. Avant l’arrivée des Acadiens, il n’y avait pas de vaches, donc les Mi’kmaqs ont inventé un mot qui se traduit: orignal français.»