Une étude tente d’expliquer le lien entre le THC et le manque de sociabilité

Un chercheur de l’Université de Moncton et ses collègues de l’extérieur du pays expliquent dans une célèbre revue scientifique le mécanisme qui relie une composante du cannabis à la perte de sociabilité, du moins chez la souris.

Une étude publiée dans la revue Nature explique le mécanisme qui cause une perte de sociabilité chez les souris après une injection de THC (tétrahydrocannabinol), le principal ingrédient psychoactif du cannabis.

Étienne Hébert Chatelain, professeur au département de biologie du campus de Moncton, est l’un des chercheurs ayant mené l’étude.

Il explique que la consommation de cannabis peut mener à des changements de comportement et à une baisse des interactions sociales chez certains individus.

Pour mieux comprendre le fonctionnement de ce phénomène, les chercheurs ont injecté du THC pur à des souris avant de comparer leurs interactions avec d’autres souris.

Ils ont trouvé que ces changements de comportement surviennent après que le THC active des récepteurs de cannabinoïdes spécifiques situés sur les mitochondries de cellules du système nerveux central.

Ces cellules – appelées astrocytes à cause de leur forme qui ressemble à une étoile – captent le glucose présent dans le sang et le transforment en lactate, une substance qui alimente les neurones en énergie.

Les neurones sont les cellules responsables du transfert d’informations dans notre système nerveux.

L’activation des récepteurs de THC présents sur les astrocytes mène à un dysfonctionnement du processus de transformation de glucose en lactate.

Cela mène à une déficience du fonctionnement des neurones chez les animaux jusqu’à 24h après la consommation du THC, selon les chercheurs.

Étienne Hébert Chatelain explique que le fait d’avoir trouvé le mécanisme qui entraîne cette dysfonction pourrait éventuellement permettre d’isoler certains effets du cannabis, par exemple en développant une substance qui n’active pas certains récepteurs.

«Ça ouvre la porte à l’industrie pharmaceutique. Ça veut dire qu’on pourrait produire des molécules qui vont cibler (certains) récepteurs de façon à garder les effets bénéfiques tout en éliminant les effets secondaires indésirables.»

Bémol, par contre: l’expérience n’a été réalisée que chez des souris et pas chez des humains, précise le professeur.

«Il reste à voir si le même mécanisme s’applique chez les humains dont le cerveau est différent que celui qu’on retrouve chez les souris, mais on sait que les comportements modulés par le cannabis, on les retrouve chez les deux espèces.»

Il est encore difficile de déterminer les impacts du cannabis chez les humains, puisque chaque individu peut réagir de façon différente aux cannabinoïdes.

De plus, le cannabis contient une panoplie de cannabinoïdes autres que le THC dont les effets ne sont pas très bien connus.

Le chercheur rappelle aussi que les effets du THC sont temporaires et qu’il n’a généralement pas d’effets permanents.