Agressions sexuelles et harcèlement: la vague de dénonciations atteint le N.-B. 

La vague de dénonciations des violences sexuelles qui ébranle plusieurs milieux au Québec depuis une semaine atteint le Nouveau-Brunswick.

De nombreux comptes ont été créés récemment sur le réseau social Instagram afin de relayer des allégations visant des personnalités québécoises. Elles ciblent notamment des artistes très connus et eu des conséquences majeures.

Au moins deux comptes du genre ont été créés chez nous ces derniers jours. L’un vise l’ensemble du Nouveau-Brunswick et l’autre publie des allégations émanant de la Péninsule acadienne.

Quelques témoignages ont déjà été publiés, tous en français. La plupart d’entre eux ne nomment pas les personnes qui auraient commis les agressions ou le harcèlement, mais pas tous.

L’Université de Moncton publie un communiqué

Certaines allégations relayées dimanche par ces comptes font référence au comportement d’un employé de l’Université de Moncton.

Lundi après-midi, l’institution a réagi en publiant un communiqué de presse à ce sujet. Elle ne nomme ni la personne en question ni le poste qu’elle occupe.

«L’Université a pris connaissance d’allégations d’inconduite sur les réseaux sociaux à l’égard d’un membre de son personnel enseignant et fait actuellement les suivis nécessaires», peut-on y lire.

L’U de M indique qu’elle a récemment adopté deux politiques, l’une sur la violence à caractère sexuel et l’autre pour un milieu de travail et d’étude respectueux.

«Ces politiques prévoient des mécanismes pour les membres de la communauté universitaire qui se disent victimes de toute forme de harcèlement ou d’agression», dit-elle.

«Nous ne tolérons aucune forme de violence dans nos campus et nous mettons en œuvre les mesures nécessaires pour prévenir et contrer les gestes qui y sont liés et l’éradiquer », affirme dans ce communiqué le recteur de l’Université de Moncton, Denis Prud’homme.

Une démarche qui vise à donner des tribunes aux victimes 

Les personnes derrière l’un des comptes de dénonciation néo-brunswickois  – dont on ne connaît ni le nombre ni l’identité – ont publié une déclaration, dimanche, afin d’expliquer leur démarche.

Elles expliquent qu’elles sont des «survivantes de plusieurs formes de violences (psychologique, raciste et physique)», qu’elles garderont l’anonymat et qu’elles ne donneront aucune entrevue.

«La raison de ce compte est simple: nous voulons donner un espace sécuritaire à tout le monde qui s’est senti en danger, qui a senti de la honte et qui a gardé le silence face à leur traumatisme», disent-elles.

En plus de partager des dénonciations, les responsables du compte publient aussi des «Stories» (des publications éphémères) dans lesquelles elles expliquent les avantages et désavantages de faire des dénonciations dans les réseaux sociaux.

Elles partagent aussi des informations sur les ressources qui sont disponibles afin d’accompagner les victimes d’agressions et de harcèlement.

Une vague qui déferle sur plusieurs milieux au Québec

Après les mouvements #AgressionNonDénoncée et #MeToo, voilà que la mobilisation contre les violences sexuelles se poursuit. Cette fois, c’est sur Instagram que ça se passe.

Plusieurs comptes utilisant le slogan «Taking Out The Trash» ont été créés un peu partout au Québec ces derniers jours afin d’amplifier la voix des victimes.

Ce slogan, qui se se traduit à peu près par «sortir les poubelles» fait référence au ménage que leurs responsables veulent faire dans leurs milieux respectifs.

Le show-business, l’industrie du tatouage et du perçage, le monde de la musique et la communauté de la planche à roulettes sont du nombre. Les personnes visées sont presque exclusivement des hommes.

Ces dénonciations anonymes n’ont pas tardé à avoir des impacts concrets.

Kevin Parent a été renvoyé par l’agence qui le représentait. Yann Perreau et Bernard Adamus ont été largués par leur maison de disques respective. Le patron et cofondateur du label de ce dernier a démissionné.

L’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin a pour sa part choisi de faire une dénonciation à visage découvert sur son compte Instagram. Elle a allégué que l’actrice et animatrice Maripier Morin a tenu des propos racistes en sa présence et qu’elle l’a harcelée sexuellement. Maripier Morin a ensuite annoncé qu’elle mettait sa carrière sur pause.

Quant à l’auteur-compositeur-interprète québécois Alex Nevsky, qui a été coach à l’émission La Voix, il a lui aussi été éclaboussé. L’une de ses ex-blondes lui a écrit en privé pour lui parler de ses comportements abusifs.

Il a décidé de révéler les grandes lignes du courriel et s’est longuement excusé. L’ex-blonde en question, Stéphanie Boulay (du duo Les soeurs Boulay) a décidé de sortir de l’ombre pour faire connaître le fond de sa pensée.

«C’est quoi, finalement, le point final, la cerise ultime sur le dessus du sundae d’une relation toxique? Quand la personne qui t’a abusée prend ton témoignage privé, le out sans ton consentement et en retire des félicitations et des applaudissements nourris», a-t-elle écrit sur Instagram.

Une pente glissante, selon certains 

Si cette vague de dénonciations est applaudie par de nombreuses personnalités dans les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, elle est aussi vivement critiquée par d’autres observateurs.

Certains estiment que la publication d’allégations anonymes est un exercice très risqué et qui peut avoir de fâcheuses conséquences, puisqu’il fait complètement fi de la présomption d’innocence.

C’est le cas de l’avocat québécois François-David Bernier, qui s’est prononcé là-dessus vendredi dernier dans un billet publié par le Journal de Québec.

Il explique qu’il a souvent aidé des victimes dans sa carrière et qu’il est contre les violences sexuelles. Cela dit, il croit que l’on assiste présentement à une «dérive totale».

«Il y a quelques siècles, on brûlait vives des personnes sur le bûcher public sans procès. Maintenant, on brûle la dignité d’une personne sur le bûcher des médias sociaux. La dignité d’une personne est fondamentale dans sa vie. On ne parle pas de gestes de violence physique contre une personne, mais le geste est d’autant plus violent considérant les conséquences et le dommage démesurés que la personne visée vivra», peut-on lire dans son commentaire.