Tourisme: la bulle atlantique a peu d’effet

La création d’une «bulle atlantique» n’aura pas suffi à soulager les hôteliers indépendants. Ceux avec lesquels nous avons discuté, lundi, enregistrent toujours des pertes sans précédent.

Les motels et les hôtels du Nouveau-Brunswick n’auront jamais été si vides.

Si le lancement d’une bulle avec les provinces de Terre-Neuve, de l’île du Prince Édouard et de la Nouvelle-Écosse a rapporté quelques réservations, son impact demeurerait négligeable.

À travers la province, les hôteliers attendent toujours avec impatience l’ouverture des frontières québécoise et ontarienne.

Toujours en mode survie

Le 22 juin, le journal avait discuté avec quatre hôteliers indépendants qui, en vue d’une saison catastrophique, se disaient en mode survie.

Lundi, nous les avons recontactés à savoir si les touristes de l’Atlantique furent nombreux à visiter la province au cours des dernières semaines.

«Pas du tout!», s’est exclamé Dollard Poirier, le propriétaire du John’s Motel à Beresford. «Nous n’avons vu aucune amélioration.»

À l’exception de deux ou trois visiteurs, venus dans la région Chaleur pour visiter de la famille et des amis, ce dernier indique que ses chambres sont restées presque vides.

«J’avais quatre réservations de gens du Québec et de l’Ontario qui venaient visiter leurs parents, mais avec ce qui s’est passé à Beresford, il y a quelques semaines, ils ont tous annulés», a-t-il poursuivi.

M. Poirier fait référence à l’incident qui s’est produit à la plage de Beresford, le 27 juin, où un homme aurait crié à une résidente du Québec qui visitait sa mère de «retourner d’où elle venait.»

Ce dernier s’est dit révolté par la situation, qui aurait davantage dissuadé les touristes à visiter la région, selon lui.

«Je vais vous dire une chose, je n’ai jamais vu une année comme ça dans nos 51 ans d’activités», a-t-il enchaîné.

L’hôtelier dépend toujours de ses économies afin de garder la tête hors de l’eau.

Du côté de Moncton, le nouveau propriétaire de l’auberge Restwell Inn, Roman Bohodist, dresse un constat semblable.

«Il n’y a eu aucun progrès (…) Nous avions reçu quelques appels de gens qui voulaient aller au Car Show à la fin juillet, mais depuis qu’il a été annulé, rien.»

Plus tôt en juin, l’hôtelier nous avait confié que presque 90% de son chiffre d’affaires provient normalement des touristes de l’Ontario et du Québec.

S’il espère que les restrictions frontalières soient relâchées, le propriétaire demeure toutefois réaliste pour la saison 2020.

«Oui, j’espère que les frontières ouvriront. Mais les Canadiens aiment beaucoup planifier à l’avance. C’est difficile à dire si tout le monde aura déjà des projets.»

M. Bohodist est propriétaire de l’auberge depuis l’hiver dernier.

À défaut de pouvoir bénéficier de certains prêts gouvernementaux, il se retrouve aujourd’hui dans une position vulnérable.

Enfin, à Edmundston, Sandra Marcoux, propriétaire du Roma Motel, persiste à se croiser les doigts pour ouvrir la frontière avec le Québec et les autres provinces canadiennes.

Il s’agit de son «dernier espoir» pour atténuer les pertes de la saison.

«Je mise sur ce que qui va se passer le 17 juillet», a-t-elle témoigné.

Au début du mois, Dwight Ball, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, aurait évoqué la possibilité de s’ouvrir à tout le Canada deux semaines après la création de la bulle atlantique, c’est-à-dire le 17 juillet.

L’hôtelière espère que le premier ministre Blaine Higgs suivra le pas.

«S’ils ouvrent toutes les frontières, on pourrait aller chercher plus de clients. On ne remplira pas le motel, c’est sûr, parce que les gens ont déjà fait leurs plans ailleurs (…), mais on pourrait au moins accueillir des visiteurs de dernière minute, des gens qui visitent leur famille ou même ceux qui sont de passage pour aller plus loin dans les maritimes.»