Pas de chevaux à Val-Comeau: les opposants sont la cible de critiques

Jamais trois chevaux n’auront probablement causé autant d’émoi…

Près d’une trentaine de résidents de l’ancien DSL de Val-Comeau ont manifesté pacifiquement devant l’hôtel de ville de la Municipalité régionale de Tracadie, lundi soir, en opposition à un projet d’aménagement agricole sur leur territoire.

Le promoteur Claude Benoît, un homme d’affaires local, désirait obtenir de la Ville une modification de zonage. Il voulait construire près de chez lui, à environ un kilomètre de la dune, une grange pour y installer trois chevaux en plus d’un chalet pour des touristes. Il désirait offrir une nouvelle expérience pour ses clients du Camping Val-Comeau.

Le comité d’urbanisme de la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne avait donné son approbation à ce changement selon certaines conditions. Malgré cet appui, les élus de la MRT ont préféré mettre fin au processus dans un vote partagé.

Les citoyens présents de la communauté située au sud de la Ville ont alors célébré leur victoire en faisant sonner les klaxons de leurs automobiles, puisqu’ils ne pouvaient pas assister en personne à la réunion en raison des restrictions imposées par la COVID-19.

Mais cette victoire a eu un prix…

Depuis l’annonce de cette décision municipale, les réseaux sociaux se sont déchaînés contre les auteurs de cette manifestation. Les commentaires ont parfois été si désobligeants à leur endroit que leur porte-parole, Linus Robichaud, a senti le besoin de calmer le jeu, mardi.

«Nous ne sommes pas contre le développement agricole ni la présence de chevaux. Nous voulions seulement que la Ville mette ce projet en veilleuse pendant la pandémie», a-t-il précisé.

Soulignant que ce n’est pas du tout une affaire du syndrome «pas dans ma cour», il a reproché aux maires et aux conseillers de la MRT de ne pas avoir pris le temps d’écouter de vive voix les objections de la communauté dans deux rencontres précédentes avant le vote de lundi soir.

Les opposants ont remis une pétition contenant 86 signatures et plus d’une dizaine de lettres pendant la période obligatoire d’objections et de commentaires ce printemps.

Montrant à l’Acadie Nouvelle la copie de deux correspondances envoyées à la Ville, M. Robichaud poursuit que les citoyens cherchaient avant tout à obtenir des réponses à des questions qu’ils jugeaient légitimes, dont comment le fumier sera entreposé, quel entretien ces bêtes nécessiteront et quels trajets ils emprunteront lors de leur balade.

L’ex-président de l’ancien DSL déplore maintenant que cette histoire divise inutilement une communauté paisible.

Le maire de la Municipalité régionale de Tracadie, Denis Losier, croit que toutes les procédures en temps de pandémie ont été respectées dans ce dossier. Il affirme que la population a pu être consultée d’une autre manière, même si elle aurait probablement préféré s’exprimer en face des élus.

Avec le recul, le maire estime que le projet a peut-être été mal présenté. Au départ, l’idée de petite ferme a été perçue différemment parce qu’elle implique peut-être des vaches, des cochons et des poules, alors que l’idée du promoteur ne concernait que la présence de trois chevaux, soumet-il.

«On a entendu les klaxons, a reconnu M. Losier, mardi. Il y a eu des objections, le conseil municipal a pris position et le promoteur sera avisé par lettre sous peu. Nous avons suivi la proclamation d’urgence imposée par la province. Ce sont les formalités à suivre. M. Benoît savait que le conseil était divisé sur son projet et qu’il y avait de fortes chances que ça ne passe pas. Les objections exprimées ont certainement influencé le vote, mais ces opposants sont-ils simplement contre ce projet ou ils sont contre parce qu’ils disent qu’ils n’ont pas eu la chance de se prononcer?»

Vicky Kenny, de Six Roads, et son conjoint ont géré pendant plusieurs années les Écuries Kenny. Les étables servaient de pension pour les bêtes et il y était possible d’y faire des promenades équestres en plein air.

«Nous n’avons jamais eu de plaintes des voisins, soutient-elle. On n’a jamais eu des problèmes d’odeur. Un cheval sent moins qu’une vache.»

Joint par l’Acadie Nouvelle, Claude Benoît n’a pas voulu commenter la situation.