Un Canadien sur trois croit que l’anglais devrait être la seule langue officielle

«Il y a un fort appui pour le bilinguisme, mais tout le monde n’est pas convaincu», a constaté la présidente de la Société nationale de l’Acadie (SNA), Louise Imbeault, quand elle a pris connaissance d’un sondage Léger effectué en mars sur la perception du bilinguisme au Canada.

Les Canadiens se sont déclarés à 66% en faveur du bilinguisme de leur État. Ils sont aussi une majorité à être d’accord à propos des bienfaits de cette politique sur l’image de leur pays (73%) et sur son unité (54%). Ils reconnaissent également le rôle de peuple fondateur des francophones au Canada (66%) ainsi que la nécessité d’un premier ministre bilingue (65%).

«Le bilinguisme est une valeur fondamentale du Canada, commente Mme Imbeault. Le pays se distingue sur la scène internationale en étant bilingue et devient un modèle pour d’autres, car il est capable de respecter ses citoyens dans leur langue.»

À l’inverse, les Canadiens sont 31% à penser que l’anglais devrait être la seule langue officielle de leur pays. La même part de citoyens pense que le bilinguisme est nuisible. Ces proportions sont peut-être encore plus élevées dans les provinces de l’Atlantique (le groupe interrogé dans cette zone géographique est toutefois composé de 106 personnes seulement).

«J’ai l’impression que l’appui au bilinguisme a diminué au pays, avance le directeur de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Éric Forgues. C’est à se demander si l’antibilinguisme gagne du terrain en dehors du Québec.»

Le chercheur ajoute avoir l’impression que la reconnaissance des droits linguistiques est moins perçue comme un facteur d’unité nationale. Il s’inquiète d’une possible polarisation croissante entre les tenants des valeurs progressistes et ceux des valeurs conservatrices.

«Il faut mettre en avant que le fait français peut bénéficier aux anglophones, estime le PDG du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE), Jean-Guy Bigeau. Il y a un manque de compréhension du levier économique que représente la maîtrise de deux langues et la présence de deux cultures, grâce auxquelles nous pouvons faire affaire avec plus de pays.»

Mme Imbeault affirme que l’organisme Canadian Parents For French fait déjà un bon travail de promotion de l’apprentissage du français auprès des jeunes anglophones.

«Sur le plan de la séduction, c’est sûr qu’on peut faire davantage, mais les efforts doivent venir des deux côtés, affirme-t-elle. Les organismes représentant les francophones sont occupés à faire reconnaître leurs droits et à s’assurer qu’ils ont des écoles et des institutions. La séduction n’est pas nécessairement notre travail prioritaire.»

La majorité des Canadiens pensent pourtant que le Canada en fait trop (25%) ou juste assez (41%) pour protéger le droit de ses francophones. En outre, seule une minorité des citoyens sait que le poids démographique des francophones diminue depuis 25 ans (35%).

Le sondage a été réalisé sur internet du 6 au 9 mars 2020 auprès de 1 514 Canadiens. La marge d’erreur maximale est de ± 2,5%, et ce, 19 fois sur 20.

Craintes pour les PME francophones

Le Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) fait valoir que 76% des francophones canadiens en situation minoritaire considèrent que les gouvernements doivent en faire davantage pour le développement économique de leurs communautés.

«Nous voulons que le gouvernement fédéral prenne en considération les francophones dans sa stratégie de relance, déclare le PDG du groupe de pression, Jean-Guy Bigeau à propos de la crise provoquée par la COVID-19. Il faut nous consulter et travailler avec nous.»

Le RDÉE expose à l’appui de ses revendications que 92% des francophones considèrent que les commerces et les services en français sont importants pour la survie de leur langue. Ses statistiques proviennent d’un sondage réalisé sur internet auprès de 547 répondants, du 26 mai au 1er juin.

M. Bigeau se félicite des 4,5 millions $ que la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly a attribué à des entreprises et des organisations franco-ontariennes le 9 juillet.

«C’est un très beau geste de départ, mais il faut faire de même dans les autres provinces, plaide-t-il. Les PME dans l’ensemble ont beaucoup souffert, mais nous étions déjà fragilisés en contexte minoritaire.»