«Nous sommes des veuves blanches et nous avons été oubliées par le système»

Alors que le déconfinement se poursuit au Nouveau-Brunswick, des femmes de la Péninsule acadienne aimeraient pouvoir poser l’un des gestes les plus humains qui soient: prendre la main de leurs maris qu’elles ont aimés pendant plusieurs années pour tisser un dernier lien émotionnel.

Ces femmes ont raconté leur histoire à l’Acadie Nouvelle. Elles ne veulent pas être identifiées. Elles sont de la Péninsule acadienne. Leurs maris habitent dans un petit foyer de niveau 3 et 4 de la région. Ils sont atteints d’un stade avancé de la maladie Alzheimer.

«On parle de personnes presque en fin de vie. Il y a sept étapes de la maladie Alzheimer. Nos maris sont à la dernière. Ils ne marchent plus. Ils sont incontinents. Ils ne nous reconnaissent plus. Beaucoup ont perdu près de 60 livres. Ils ont du mal à voir. Ils entendent mal. Quelle sorte de contact émotionnel peut-on avoir avec notre conjoint? La seule chose qui nous reste c’est de leur prendre la main», résume Thelma (nom fictif).

Depuis le début de la phase jaune, ces femmes ont le droit de visiter leurs maris une fois par semaine pendant une heure. Durant cette visite, elles doivent se tenir à 6 pieds de leur conjoint et suivre d’autres consignes, comme le port d’un masque.

Selon le gouvernement provincial, les visiteurs sont permis à l’intérieur des établissements de soins à longue durée, mais ils doivent respecter les lignes directrices de la Santé publique et du plan opérationnel mis en place par l’établissement.

Chaque établissement doit avoir un plan de gestion des visites afin de garantir le respect des mesures de contrôle. Tous les visiteurs doivent subir un contrôle des symptômes avant d’entrer dans l’établissement.

«Nous sommes des veuves blanches et nous avons été oubliées par le système. Je ne veux pas que ce soit toute la province qui vient lui prendre la main. Ils ont ouvert les frontières en Atlantique, mais au foyer, ça reste pareil. C’est une torture d’y aller les voir comme ça», ajoute-t-elle.

«Nos hommes n’ont pas des années devant eux. Les quatre mois et demi que nous avons perdus, nous ne les retrouverons jamais.»

«Chaque fois que je vois mon mari, je retourne chez moi et je me sens mal à l’intérieur. Je pleure. Je n’ai plus d’énergie. C’est comme vivre dans un vide», témoigne une autre femme.

Ces femmes tiennent à indiquer qu’elles n’en veulent pas nécessairement aux employés du foyer. Elles savent qu’elles ne font suivre les indications demandées par leurs supérieurs, qui à leur tour, tentent de s’adapter à une situation inédite.

Elles reprochent au gouvernement provincial de permettre une incohérence dans l’application des règlements d’un endroit à un autre.

Elles veulent cependant agir, car elles craignent une deuxième vague de la COVID-19 et un retour éventuel à la phase orange avec des mesures encore plus restrictives.

Avant le début de la pandémie, ces femmes se rendaient au foyer de soins plusieurs fois par semaine.

«Il a tellement été là pour moi mon homme dans ma vie et celle de mes enfants. Ce n’est pas vrai que je vais l’abandonner», dit Thelma.

Ultimement, ce qu’elles souhaitent, c’est l’adoption d’une mesure permettant aux proches aidants de rendre visite à un bien-aimé demeurant dans un établissement de longue durée afin de lui prodiguer certains soins de base.