Bourses en médecine: les étudiants francophones désavantagés

Très peu d’étudiants francophones en médecine au Nouveau-Brunswick ont bénéficié des bourses de la Fondation d’éducation médicale du Nouveau-Brunswick jusqu’à présent. Faut-il y voir une injustice ou la conséquence du faible nombre de candidatures?

Depuis 2010, la Fondation d’éducation médicale du Nouveau-Brunswick a distribué 6,2 millions $ sous forme de bourses pour encourager les futurs médecins à venir exercer dans la province. Basée à Rothesay, elle est la seule fondation privée à but non lucratif au pays dédiée au recrutement d’étudiants en médecine.

L’an dernier, l’organisation a distribué 41 bourses allant de 5 000$ à 12 000$ pour un total de 303 000 $. De ce nombre, on ne compte que quatre récipiendaires francophones.

Une étudiante en médecine, qui a souhaité conserver l’anonymat, se dit frustrée par cet écart.

«Si le but de cet organisme provincial est d’encourager le plus de professionnels de la santé à revenir ici, il devrait y avoir plus d’efforts faits auprès des francophones. Je ne crois pas que ce soit correct, souffle-t-elle. Pour moi, c’est une forme d’injustice.»

Darren McLeod, directeur général de la fondation, attribue cette différence au faible nombre de candidats francophones.

Cette année, ils étaient 19 à avoir présenté une demande, pour 100 étudiants inscrits dans des institutions de langue anglaise. En 2020, cinq bourses iront à des étudiants francophones et 36 profiteront à des étudiants anglophones.

Le fonds de bourse a d’abord été créé autour du campus de Saint-Jean de la Faculté de médecine de l’Université Dalhousie et les principaux donataires sont originaires du sud de la province, rappelle M. McLeod.

Certaines de ces bourses sont donc destinées aux étudiants admis au programme de médecine offert à Saint-Jean, d’autres sont décernées en priorité aux résidents de certaines zones: grande région de Fredericton, grande région de Saint-Jean, comté de Charlotte, Upper St John Valley… Seules deux bourses, l’une financée par le gouvernement du Nouveau-Brunswick et l’autre par la Société médicale du N.-B., sont destinées à des candidats francophones.

«Ces critères dépendent de la volonté du donateur», souligne le directeur entré en poste il y a quelques mois.

M. McLeod dit vouloir oeuvrer «pour davantage de représentation francophone» au sein du conseil d’administration.

«Nous devons faire mieux et travailler plus étroitement avec la communauté francophone pour trouver davantage de candidats et de donateurs. Nous voudrions trouver des moyens d’offrir des bourses désignées pour les étudiants de l’Université de Sherbrooke à Moncton», mentionne-t-il.

La question n’est pas nouvelle. En 2013 déjà, l’ancien directeur du programme de médecine de Moncton, le Dr Aurel Schofield, dénonçait «l’iniquité» entourant l’attribution des bourses.

Cette année-là, les étudiants francophones avaient reçu 8000$ des 158 000$ distribués.

«À l’époque, les critères n’étaient pas clairs et j’étais déçu de la méthode d’attribution des bourses qui défavorisait nos étudiants», se souvient ce pionnier de la médecine en Acadie.

Darren McLeod note que des progrès ont été accomplis depuis. Pendant plusieurs années, la date limite pour présenter une demande de bourse a été fixée au 30 avril. Or, les étudiants du Centre de formation médicale situé sur le campus de l’Université de Moncton reçoivent habituellement une réponse à leur demande d’admission au cours du mois de mai, et ne pouvaient non pas solliciter un appui financier. Leurs plaintes ont été entendues et la date a été récemment repoussée au 31 mai.