Les salles d’urgence menacées de fermeture la nuit ont sauvé près de 200 vies en six ans

Les salles d’urgence en milieu rural que le gouvernement provincial voulait fermer de 22 h à 8 h sauvent de nombreuses vies pendant la nuit, selon le porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé.

Le député libéral Jean-Claude D’Amours a récemment obtenu des données détaillées sur le nombre de visites aux urgences de chaque hôpital de la province depuis six ans.

M. D’Amours voulait mieux comprendre l’impact des fermetures partielles des urgences de six hôpitaux ruraux proposées plus tôt cette année par le gouvernement de Blaine Higgs avant qu’il ne fasse volte-face.

Les progressistes-conservateurs voulaient fermer les urgences des hôpitaux de Caraquet, de Sainte-Anne-de-Kent, de Sackville, de Sussex, de Perth-Andover et de Grand-Sault de minuit à 8 h.

Les urgences auraient cependant cessé d’accueillir des patients dès 22 h.

Selon les données obtenues par le député grâce à la Loi sur le droit à l’information, ces hôpitaux ont accueilli un total de 28 cas de niveau 1 durant la nuit en 2018-2019, l’année la plus récente pour laquelle des données complètes sont disponibles

D’après l’Échelle canadienne de triage et de gravité, un cas de niveau 1 (aussi appelé «réanimation») signifie que la vie d’un patient ou l’intégrité de l’un de ses membres est menacée. Les arrêts cardiaques ou respiratoires sont des cas de niveau 1, tout comme les traumas, les détresses respiratoires sévères et les pertes de conscience.

«Au gouvernement, on est en train de dire que la vie d’un citoyen à un dollar d’attaché sur la tête. Ce n’est pas acceptable», a commenté Jean-Claude D’Amours lors d’un point de presse, mercredi.

«Je ne pense pas qu’aucun membre du cabinet n’apprécierait qu’un membre de sa famille ne puisse pas avoir la chance d’avoir des services et de conserver sa vie.»

En 2018-2019, l’Hôpital général de Grand-Sault a traité 8 cas de niveau 1 entre minuit et 8h, suivi par l’Hôtel-Dieu-Saint-Joseph de Perth-Andover avec 7 cas et le Centre de santé de Sussex avec 6 cas.

L’Hôpital Stella-Maris-de-Kent a reçu 4 cas de niveau 1 durant la nuit cette année-là alors que l’Hôpital Memorial de Sackville en a accueilli 3. L’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Caraquet n’a traité aucun cas de niveau 1 durant la nuit en 2018-2019.

Au total, ces six hôpitaux ont accueilli 181 cas de niveau 1 entre minuit et 8 h de 2014 jusqu’au troisième trimestre de 2019.

Jean-Claude D’Amours a été surpris d’apprendre que ni le ministère de la Santé ni le réseau de santé Vitalité ne possèdent de données sur le nombre de visites aux urgences entre 22h et minuit.

«Imaginez combien de personnes de plus ont été ramenées à la vie durant ces deux heures.»

Il accuse le gouvernement d’avoir décidé de fermer ses urgences la nuit sans avoir un portrait complet de la situation.

Le réseau de santé Horizon a refusé de répondre à la demande d’accès à l’information de M. D’Amours.  L’affaire est dorénavant devant l’ombud.

Le premier ministre a répété plusieurs fois récemment que la réforme avortée des hôpitaux ruraux était chose du passé et qu’il n’essayerait pas à nouveau de fermer ces urgences la nuit.

Le député libéral doute cependant de la sincérité de Blaine Higgs.

«Vous vous souviendrez qu’avant les élections de 2018, personne n’a parlé de fermeture d’urgences. Vous comprendrez que j’ai peu confiance dans le premier ministre Higgs par rapport à ça.»

Personne n’était disponible au ministère de la Santé et au réseau de santé Vitalité, mercredi, pour répondre aux propos du porte-parole de l’opposition officielle.

Le directeur des communications du ministère de la Santé a cependant réitéré par courriel que le gouvernement n’avait plus l’intention de fermer des urgences la nuit.

«Le premier ministre a clairement indiqué que le gouvernement n’ira pas de l’avant avec la réduction des heures d’ouverture des salles d’urgence», a indiqué Bruce MacFarlane.

La pandémie de COVID-19 a permis au gouvernement de fournir des soins de santé autrement, notamment grâce à la technologie et à une meilleure utilisation des lits dans les hôpitaux et les foyers de soins, a-t-il souligné.

«Les leçons tirées de cette pandémie nous aideront à améliorer notre système de soins de santé à mesure que nous progresserons.»

Blaine Higgs avait annoncé le 10 février qu’il mettait la réforme sur pause après une semaine de protestation de la part des populations touchées par les changements annoncés par son ministre de la Santé une semaine auparavant.

La réforme devait permettre de redistribuer dans les communautés des ressources médicales sous-utilisées pendant la nuit dans les urgences.

Selon les réseaux de la santé, les six urgences visées accueillent environ cinq patients par nuit dont seulement deux en moyenne sont véritablement urgents.

Les changements devaient aussi permettre de réduire les nombreuses interruptions de services causées par la pénurie de personnel en santé.

Le gouvernement souhaitait également transformer les 120 lits de courtes durées de ces six établissements en lits de soins chroniques de longues durées pour les personnes âgées.