La seule clinique d’avortement du N.-B. sur le point de fermer ses portes

La Clinique 554 de Fredericton est sur ses derniers miles. Son directeur médical, le Dr Adrian Edgar, affirme qu’il qu’il mettra la clé sous la porte à la fin septembre à moins d’un important revirement de situation.

Sa sent de plus en plus la fin pour la Clinique 554, le seul établissement du Nouveau-Brunswick où il est possible d’obtenir un avortement chirurgical dans un contexte non hospitalier.

Le gouvernement provincial refuse depuis toujours de couvrir les avortements qui y sont effectués. Pendant ce temps, seulement trois hôpitaux de la province offrent ce soin de santé: le CHU Dumont, l’Hôpital de Moncton et l’Hôpital régional Chaleur.

Exaspéré par cette situation et épuisé par les années passées à tenir le projet à bout de bras avec son équipe, le Dr Edgar est en train de préparer la fermeture de sa clinique privée.

«On va fermer. On va fermer à la fin de septembre. J’ai déjà déchargé des centaines de patients de ma pratique familiale», dit-il jeudi en entrevue téléphonique avec l’Acadie Nouvelle.

C’est que la Clinique 554 – qui se trouve dans l’édifice de l’ancienne clinique Morgentaler  – n’offre pas que des avortements chirurgicaux. Le Dr Adrian Edgar y pratique la médecine familiale et compte environ 3000 patients.

«Les gens nous appellent tous les jours en larmes. J’ai des patients aînés et des familles avec de jeunes enfants qui ne savent pas quoi faire», dit-il.

La fermeture ne fera qu’empirer la situation dans la capitale, qui est déjà critique. Comme le rapportait le quotidien Daily Gleaner la semaine dernière, quatre autres médecins de famille ont récemment cessé ou vont bientôt cesser de pratiquer dans la région.

Tout ça alors que plus de 15 000 personnes sont présentement en attente d’un médecin de famille dans la zone 3, qui comprend Fredericton et une partie du centre de la province.

«Certains de mes patients ont attendu des années pour avoir un médecin de famille. Et ils sont vraiment dévastés de retourner sur la liste d’attente», affirme le Dr Edgar.

Est-ce vraiment la fin?

Ce n’est pas d’hier que le Dr Adrian Edgar évoque la fermeture éventuelle de la Clinique 554. En octobre 2019, il avait annoncé qu’il mettait en vente l’édifice et qu’il jetterait l’éponge à moins d’un revirement de situation. La nouvelle avait retenu l’attention à l’échelle nationale.

Depuis, le temps file et le Dr Edgar continue de financer les avortements des patientes les plus pauvres avec l’argent généré par sa pratique de médecine familiale. Il ne s’agit pas d’un modèle viable pour l’équipe, dont les membres doivent régulièrement travailler sans être payés.

«Ce n’est pas durable d’opérer avec un budget minuscule et de siphonner l’argent généré par une partie des patients afin de financer les soins fournis à un autre groupe de patients. Ce n’est pas comme ça que ça marche, les soins de santé.»

Il arrive au bout de son rouleau. Il abandonnera la lutte à moins que le Nouveau-Brunswick fasse comme la plupart des autres provinces – dont le Québec, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique – et finance les avortements effectués en clinique privée.

Le Dr Edgar affirme que des acheteurs potentiels ont démontré de l’intérêt pour acheter l’édifice de la rue Brunswick. Il espère avoir une offre avant la fin de l’été.

Quant aux avortements, il pense avoir trouvé une personne qui est intéressée à reprendre le flambeau à Fredericton – mais qui ne souhaite pas reprendre sa pratique de médecine familiale.

Pas de changement pour l’instant à Fredericton 

L’Acadie Nouvelle a contacté le ministère de la Santé, jeudi en fin après-midi, pour savoir si le gouvernement Higgs a l’intention de couvrir les avortements effectués en clinique.

Le directeur des communications du ministère, Bruce Macfarlane, nous a répondu avant l’heure de tombée. Il n’a cependant pas apporté d’élément nouveau.

Il a simplement noté qu’il est possible d’obtenir un avortement chirurgical dans les hôpitaux publics du Nouveau-Brunswick et que la pilule abortive est disponible gratuitement dans la province depuis 2017.

Il fait remarquer que la demande pour les avortements chirurgicaux est à la baisse depuis que les avortements médicamenteux sont offerts au Nouveau-Brunswick.