Perdue pendant 13 jours: Jenny McLaughlin raconte son cauchemar

Il y a deux semaines, Jenny McLaughlin, de Saint-Isidore, est partie se promener dans le bois, près de Bathurst. Elle avait grandement besoin d’un changement d’air. Elle pensait y être pendant quelques heures seulement. Au total, elle y a été perdue pendant 13 jours. Son histoire en est une exceptionnelle de survie et de détermination.

Plus tôt cette semaine, la femme âgée de 34 ans a été retrouvée saine et sauve par des employés d’East Coast Powerline, un sous-traitant d’Énergie NB, dans un secteur densément boisé entre Pabineau Falls et Allardville.

Sa disparition avait été signalée à la GRC le vendredi 17 juillet. Elle avait été vue pour la dernière fois deux jours auparavant. Elle a survécu principalement en mangeant des baies sauvages et en buvant, principalement, de l’eau de pluie.

Le 18 juillet, vers 15h, des agents du Détachement de Bathurst de la GRC ont été informés que la voiture abandonnée de la femme bloquait un sentier de véhicule tout-terrain situé près de l’abri Red Brook, à Rough Water, près de Bathurst.

La GRC et l’équipe de recherche et de sauvetage au sol de la région Chaleur avaient déjà mené plusieurs recherches dans le secteur, mais sans succès.

La GRC planifiait minutieusement sa prochaine mission de sauvetage, en espérant que celle-là soit la bonne, mais finalement, Jenny McLaughlin a été retrouvée vivante le mardi 28 juillet par des monteurs de lignes électriques.

Les travailleurs s’y sont rendus dans le secteur en hélicoptère pour des travaux de maintenance. Lors de sa sortie de l’hélicoptère, un employé d’East Coast Powerline a agi après avoir entendu un cri au loin. D’autres travailleurs se sont rapidement mobilisés pour porter secours à la jeune femme. Malgré quelques blessures, elle avait un bon moral, dit Ashley Walker, une employée de l’entreprise basée en Nouvelle-Écosse.

«Ils m’ont sauvé la vie. Je leur dois tout», a dit Jenny McLaughlin, lors d’un entretien avec l’Acadie Nouvelle.

«Les derniers quatre ou cinq jours, j’entendais souvent des hélicoptères dans ce coin, mais les deux derniers jours, je ne pouvais plus marcher en raison de coupures derrière mes chevilles. À la fin de la dernière journée, j’ai entendu un genre de bruit d’un morceau de métal. J’ai crié ‘Allô!’. Quelqu’un m’a répondu. Il m’a demandé si je faisais des blagues et je lui ai répondu que ça faisait plusieurs jours que j’étais perdue. C’était un coin avec beaucoup de trous d’eau, des marécages. Je n’avais même plus mes souliers.»

La GRC et d’autres premiers répondants ont été appelés en renfort. En raison des conditions sur le terrain, les secouristes ont dû transporter la jeune femme sur une civière, dans le bois, jusqu’à l’ambulance la plus proche à 1,3 kilomètre, qui attendait sur un chemin d’accès.

Survivre dans le bois

À la mi-juillet, Jenny McLaughlin avait grandement besoin d’un changement d’air. Une sortie en nature lui semblait comme un bon moyen pour se ressourcer et retrouver un peu de paix intérieure.

Avec son sac à dos, des vêtements de rechange et quelques autres objets, elle est partie en randonnée dans la forêt.

«Je suis partie dans une direction, sans me rendre compte que je suis allée trop loin dans la forêt. C’est le soir même que je suis rendu compte de la chose.»

Mais après quelques jours, la chaleur et l’humidité sont devenues très difficiles à supporter. Elle a commencé à se départir d’objets pour alléger son fardeau.

«Il me restait seulement le linge sur le dos et mes souliers.»

Survivre tout seul dans le bois pendant 13 jours a été une expérience épouvantable. Un peu comme les animaux sauvages qui l’entouraient, Jenny McLaughlin a été obligée de miser sur ses instincts de survie pour s’en sortir.

«Les ours, les coyotes, tu les entends. Tu vois les marques des griffes laissées sur les arbres. Ce n’est pas le temps de niaiser. On ne peut pas savoir ce qu’il y a tout près de nous.»

Ce sont les souvenirs des promenades de jeunesse dans le bois avec son père qui lui ont sauvé la vie.

«Beaucoup de gens pensent que c’est poison, mais mon père m’avait montré que les quatre-temps (une plante) sont comestibles. Vers la troisième ou quatrième journée, j’en trouvais beaucoup. Je me suis nourri là-dessus. Pour l’eau, j’en ramassais un peu sur les arbres s’il pleuvait ou je me creusais un petit trou et j’en prenais dans les mains pour en boire comme je pouvais. Ce sont des méthodes de survie extrême. Tu ne penses vraiment pas que t’es capable de faire quelque chose jusqu’à ce que ce soit vraiment le temps de le faire.»

Durant son temps dans le bois, elle a passé beaucoup de temps à essayer de retrouver un chemin lui permettant de trouver de l’aide, mais épuisée, elle revenait souvent sur ses pas, sans même s’en apercevoir.

«Je dealais avec ce que chaque jour m’envoyait. Quand il mouillait, je me faisais un abri. Quand il y avait des éclairs, j’essayais de me tenir loin des gros arbres. Lors des grosses chaleurs, je me mettais à l’ombre. J’ai beaucoup brûlé. Je voulais vraiment me cacher du soleil pour éviter de faire un coup de chaleur.»

Remarquable

Selon le caporal Kevin Plourde de la GRC, le fait que Jenny McLaughlin ait survécu pendant plusieurs jours dans le bois est assez remarquable.

«Considérant qu’elle a passé 13 jours dans le bois, elle se trouvait dans un état assez exceptionnel. Étant un ancien militaire, c’est assez remarquable qu’elle soit arrivée à survivre en se nourrissant de petits fruits et en buvant de l’eau, parfois marécageuse. C’est inhabituel de pouvoir survivre pendant autant de temps sans vraiment avoir de la nourriture ou de l’eau.»

Pour le moment, Jenny McLaughlin se repose à la maison. Elle est simplement heureuse d’être de retour parmi sa famille et ses proches.

«Quand tu penses vraiment que tu ne vas plus jamais revoir personne et que tu les vois, c’est une joie qui ne s’explique pas. J’étais tellement contente de revoir tout le monde et revenir à la vie normale. Dans le bois, on a beaucoup de temps pour penser et on se rend compte de l’importance de toutes les petites choses.»

Jenny McLaughlin affirme d’ailleurs qu’elle a survécu grâce à sa détermination de vouloir revoir ses proches.