Le retour du Parti acadien?

Le Parti acadien a-t-il été reformé, 38 ans après sa dissolution? L’initiative reste mystérieuse, alors que son instigateur refuse de dévoiler l’identité des personnes impliquées.

«Un groupe de citoyens acadiens annonce officiellement leur intention de faire renaître le Parti acadien de ses cendres en vues des prochaines élections provinciales», proclame un communiqué de presse publié jeudi soir.

Nelson Cyr, natif d’Edmundston, conseiller municipal de Rogersville de 2012 à 2016, se présente comme étant le porte-parole de cette nouvelle formation politique.

Cette renaissance a été décidée lors d’une première rencontre tenue le 14 février, indique-t-il. M. Cyr affirme parle au nom d’un groupe, sans vouloir dévoiler l’identité des membres, ni le nombre de collaborateurs. «L’information sera disponible sous peu», promet-il en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

«L’idée vient du fait qu’on constate qu’aucun des partis politiques provinciaux ne parle pour les francophones. On s’est dit qu’il est temps pour parle pour nous autres et qu’on représente nos propres intérêts.»

Nelson Cyr se présente comme étant le porte-parole d’un groupe oeuvrant à la réincarnation du Parti acadien. – Archives

Selon le site d’Élections N.B., le Parti acadien ne fait pas partie des partis politiques enregistrés au Nouveau-Brunswick.

Un site internet a été lancé, mais il demeure presque vide pour l’instant. Il comprend principalement des citations de membres du Parti acadien des années 1970. Fait intéressant, le nom de domaine du site a été enregistré pour la première fois le 26 septembre 2018, deux jours après les élections provinciales.

Alors que la rumeur d’élections provinciales à venir court ces derniers jours, la formation politique entend se mettre en ordre de bataille et espère présenter un maximum de candidats dans les circonscriptions francophones.

Le parti n’a pas encore élu de chef. «Nous voulons organiser des rassemblements, nous voulons recruter des membres et voir le soutien qu’on peut avoir. On espère trouver des candidats. Notre objectif c’est que les régions francophones soient bien représentées», expose Nelson Cyr.

Actif de 1972 à 1982, le premier Parti acadien a été fondé dans le but de défendre les intérêts des régions francophones du Nouveau-Brunswick. La formation politique, qui n’a jamais pu faire élire un député, avait théorisé l’idée d’une province acadienne indépendante.

Dans les années 1970, le parti fut l’incarnation du nationalisme acadien. – Archives

Nelson Cyr affirme que le parti acadien de 2020 sera différent de celui des années 1970. «Je ne crois pas qu’une séparation qui couperait la province en deux serait une option. Il s’agit là de mon opinion, je crois qu’il y a une manière pour les Acadiens d’exister dans le Nouveau-Brunswick en défendant leurs intérêts et en faisant respecter les lois», ajoute-t-il.

Il précise que la question d’un modèle d’autonomie politique fera toutefois l’objet de discussions internes.

Le retour du Parti acadien est notamment une réaction à la montée en puissance de la People’s Alliance lors des dernières élections provinciales, mentionne son porte-parole. «Tout de suite, on dirait que les opposants au bilinguisme se font beaucoup plus entendre», dit-il. «Le bilinguisme fait la force de la province. L’idée c’est de raviver la fierté acadienne. On veut que les Acadiens se sentent libres de parler leur langue et puissent recevoir des services dans leur langue.»

Le bilan du gouvernement progressiste-conservateur a également a aussi contribué à la relance de ce projet politique, note Nelson Cyr. Il cite notamment la tentative de fermer les urgences en milieu rural, le manque de réaction à Fredericton après que Bathurst ait perdu son escale Air Canada, ou le fait que le français malmené lors des conférences de presse pandémie.

«On pourrait en nommer jusqu’à demain matin. Il est temps d’implanter réellement le bilinguisme au Nouveau-Brunswick», lance-t-il.

Où se situe donc ce nouveau parti sur l’échelle sur l’échiquier politique? «Je dirais que nous sommes au centre gauche, mais il s’agit de mon opinion personnelle», répond Nelson Cyr.

Le parti ne dispose pas encore de plateforme électorale et devra définir ses orientations.

Nelson Cyr reconnaît qu’il s’agit d’un projet politique en construction ou «un mouvement à rebâtir», comme l’indique le site du parti.

Le militant lance dès aujourd’hui un appel aux suggestions. «Nous sommes ouverts aux idées», souligne M. Cyr. «On ne veut pas juste s’opposer, on aimerait proposer des choses et on souhaite une bonne cohabitation entre francophones et anglophones.»

Bernard Richard, qui fut membre du premier Parti acadien, se demande qui compose le mouvement. «Faire élire des députés, ça prend des gens sur le terrain, ça prend certains ressources. Ça dépend du niveau de sérieux et d’organisation. Pour l’instant, tout ça est un peu mystérieux. C’est nom, mais n’importe qui peut créer un site web et publier un communiqué de presse.»

La première réaction politique est venue du député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau. «Si tout ce que ça fait c’est alimenter les réflexions sur les enjeux des Acadiens et la place de l’Acadie au Nouveau-Brunswick, chapeau, écrit-il sur Twitter. On ne peut blâmer les acadien.ne.s de se sentir abandonnés par le gouvernement en place. Je souhaite par contre que ça soit fait avec sérieux…»

Selon la Loi électorale du Nouveau-Brunswick, l’enregistrement d’un nouveau parti politique nécessite l’existence d’associations de circonscription dans au moins dix circonscriptions électorales et l’élection d’un chef du parti au cours d’un congrès. Le parti doit aussi s’engager à présenter dix candidats lors des prochaines élections générales.

Louise Blanchard, qui fut la dernière cheffe du Parti acadien, croit toujours dans la pertinence d’une telle formation politique. Elle prévient que parvenir à trouver dix candidats risque de s’avérer difficile. «Rien n’est impossible, mais c’est un travail ardu. Il faudra beaucoup d’efforts et de travail bénévole», anticipe-t-elle.